‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 70 sur 243 · DU RÔLE DES HÉVÉLATEUKS · texte numérisé non relu

DU RÔLE DES HÉVÉLATEUKS

et du jeu du «es pas^^ions. Et cependant un attrait naturel puissant le poussait à vouloir s'expliquer à fond des phénomènes dont il possédait à peine les premiers éléments de connaissance. La divinité, c'està-dire tout pouvoir externe par lequel il se sentait dominé, la nature et ses dillerentes forces, ce qu'on appela plus tard religion, et ce qu'on appela philosophie, et ce qu'on appela science, tout cela réuni et confus sollicitait à la fois sa curiosité et impliquait ses intérêts les plus chers. Dans un état voisin de l'innocence, il pouvait encore s'abandonner à de purs instincis et demeurer dans une certaine indistinction de croyance; mais, après le déchaînement du mal, les consciences troublées éprouvèrent un besoin plus vif de pénétrer le secret de la destinée humaine, ou du moins de fixer quelques rapports de l'homme avec les puissances extérieures. Alors s'engendrèrent, dans les âmes les plus disposées à l'émotion religieuse, des phénomènes d'inspiration et de révélation qui déterminèrent conta gieusement la foi générale et conduisirent à des pratiques de culte. L'état relatif de moralité de chaque groupe social où parut un produit de l'esprit en matière de religion exerça toujours une influence profonde sur l'espèce ou le développement de ce produit. Il n'a pu en être autrement; c'est une erreur manifeste d'attribuer à tel ou tel dogme une action d'ordre primitif sur la moralité, quand ce dogme lui-même témoigne des dispositions morales de ceux qui l'ont admis les premiers. Mais l'effet devient une cause à son tour, giàce à l'empire des traditions et des habitudes.

Plusieurs peuples ou tribus paraissent ne s'être jamais beaucoup élevés par leurs idées ou pratiques religieuses au-dessus du niveau de bassesse ou d'infamie des moeurs qu'ils s'étaient faites. Peureux, la religion s'est bornée à représenter la vie comme elle était et comme on l'entendait, en la liant à quelque supposition d'ordre mystérieux. Tel est surtout le cas des tribus les plus avilies. D'autres peuples ont été moins étrangers à l'idéal et ont su lirer du sentiment religieux un certain ennoblissement de leurs coutumes, même de celles que nous jugeons aujourd'hui dégradantes ou odieuses. Le mal à l'état d'institution avait chez eux une certaine grandeur et une certaine poésie, signes sérieux d'une élévation persislante au milieu des plus tristes égarements, et de la possibilité du progrès et des révolutions morales. Mais cette possibilité était d'autant plus faible qu'une organisation sociale puissante, une terrible solidarité corroboraient les passions et les mœurs par les institutions, et qu'une force insurmontable ou une prompte répression s'opposaient à toute réforme, à toute nouvelle initiative religieuse qui aurait germé dans quelques âmes choisies. En pareil cas, il n'y avait guère que des communications, et le plus ordinairement violentes, avec des peuples étrangers

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