DU FONDEMENT DES DOGMES RELIGIEUX 1C
propres traditions et s'introduisent dans leurs habitudes séculaires. Enfin, elles les rattachent tous ensemble aux puissances extérieures, dont elles déterminent des rapports avec eux. Il arrive de là qu'un révélateur et un législateur primitif ne parlent guère en leur propre nom. Les peuples ne les croiraient pas; el eux-mêmes se croiraientils? Ils pensent tous ce qu'écrivait spirituellement Platon, en essayant d'une sorte de révélation philosophique : Ceci est vraisemblable, nous le déclarerons vrai quand un oracle se sera fait entendre.
Toutes ces raisons nous font comprendre comment les religions, tantôt seules, tantôt concurremment avec la raison philosophique, ont dû faire l'éducation du genre humain dans la recherche du vrai et du juste. Et nous comprenons aussi que des révélations aient eu exclusivement, dans certains cas, la puissance de sauver des peuples engagés dans des voies de perdition. Nous pouvons maintenant revenir à l'origine du sentiment religieux et chercher quel fut l'esprit, quelle fut la morale des doctrines qui se firent jour ou se succédèrent sur les différents points du globe où l'homme forma des établissements. Mais auparavant, et pour ne pas laisser de trop graves lacunes dans un chapitre destiné à poser les lois générales delà critique appliquée aux religions, j'indiquerai quelques autres points d'une haute importance, dont les développements se retrouveront partout dans la suite et ne sauraient se donner par anticipation en dehors des faits et des exemples qui les appuient.
J'ai parlé des prophètes ou révélateurs. Mais ces hommes appartiennent à certains moments de la culture religieuse et à certaines nations, et se distinguent profondément des prêtres des temps primitifs et des donneurs d'oracles, en un mot de tous ceux qui ne tranchent sur la foule que par une aptitude plus prononcée, héréditaire ou spontanée, à présenter les phénomènes spirituels communs. Les vrais révélateurs eux-mêmes, quand ils ont pu croire qu'ils laissaient leur œuvre accomplie, œuvre d'inspiration personnelle, par conséquent de scission à quelques égards, n'ont jamais fait que la livrer aux mains d'un peuple ardent à la transformer pour se l'expliquer et se la rendre accessible. En quoi consiste essentiellement ce travail populaire qui, dans la haute antiquité;, puis à quelques époques caractéristiques, construit des dogmes religieux destinés à se transmettre comme sacrés et, s'il se pouvait, immuables, de génération en génération, telle est la question que la critique se pose, après avoir écarté les deux hypothèses extra-scientifiques; celle de l'intervention de causes extérieures à la nature et à l'humanité; celle de la composition réfléchie et de l'imposture systématique de quelques hommes, jointes à la crédulité des masses.