DU SYMBOLE, DU MYTHE ET DE LA LÉGENDE
de l'autre, il n'existe aucun motif pour ne pas compter la déification de l'homme au nombre des idées qui ont pu tenter l'esprit religieux non loin de l'origine. De ce que la mythologie a mis incontestablement la nature en œuvre par des symboles dont la personnification des phénomènes est Taccompagnement ordinaire, il n'est pas moins possible^ il est, au contraire, croyable que la personne réelle a été quelquefois élevée à ce rang de Dieu que tant d'autres objets obtenaient en usurpant sa forme. Les cultes des esprits, des héros, des ancêtres ont un point commun qui est cette divinisation de la personne. Par là un personnage réel peut devenir,, aussi bien qu'un événement de l'histoire ou qu'un fait physique, astronomique, météorique, le sujet d'une composition légendaire. Ces choses que nous distinguons si bien peuvent même se mêler dans une seule et même légende. Le réel et le symbolique, le physique et l'humain en ressorient alors k volonté selon les dispositions intellectuelles de celui qui la reçoit ou qui la transmet, et la fable revêt plus de faces et de sens divers que plus tard on n'en désirerait pour la commodité de l'exégèse. La conscience réfléchie a naturellement de la peine à se rendre compte de ce que la conscience spontanée a produit dans cet état où elle-même ne se rendait pas compte de ses opérations.
Ce produit de l'enfance de l'àme a pour caractère essentiel le symbolisme. C'est dire qu'il renferme, comme tout ce qui tient à la catégorie du semblable ou de l'analogue, dans une imagination libre, beaucoup d'éléments vagues, indéterminés, dont dispose la ftmtaisie. Le symbole, car il faut enfin le définir, est la chose prise pour signe d'une autre chose, sur la foi d'une ressemblance quelconque, souvent partielle, fugitive, rebelle à l'analyse, d'autres fois assez naturelle pour se reproduire et se retrouver en tout temps. L'objet physique ou moral signifié par le symbole obtient par ce moyen une sorte de généralisation, quoique toute sensible ou Imaginative, qui remplace l'abstraction des temps postérieurs et tient lieu de presque tous les procédés de la connaissance. On connaît le rôle du symbolisme pour l'établissement du langage. Ce rôle n'est pas moindre dans les religions. Ici l'objet signifié est l'un de ces grands phénomènes naturels qui impriment fortement la pensée humaine à l'origine, ou l'un de ces concepts, importants dans leur simplicité, qui se rapportent à la vie de l'homme ou à quelque grande loi de la nature. Quanta l'objet qui sert de signe, il ne manque pas, on le conçoit, de variété. Toutefois sa détermination la plus commune, comme sa plus grande valeur religieuse, se rencontrent dans le choix de l'homme lui-même et de ses organes et de ses facultés, pour représenter symboliquement les phénomènes et les idées.