REU6I0NS DES BAGES BORÉALES
La cause en est le petit nombre d'idées dont nous les voyons en possession ; sans doute aussi le vice peu aimable qui caractérise partout la vie laborieuse et bornée à la matière, je veux dire la dureté, l'avarice, un égoîsme prononcé.
Ces tribus ont à la vérité des sortes de fétiches que consacrent traditionnellement les ministres de leurs croyances. Il y en a de publics et de privés, tantôt des idoles de forme grossière, tantôt des pierres sacrées sur lesquelles on dépose des offrandes pacifiques. Mais leur culte paraît n'avoir qu'une faible importance, et il s'y joint quelquefois des notions d'une autre nature, par exemple celle de l'existence de deux génies, un bon et un mauvais, un auteur de la vie et un auteur de la mort, dont la lutte remplit le monde et gouverne les phénomènes naturels. On remarque aussi, sur certains points, des éléments sensibles de ce travail d'imagination qui chez d'autres peuples a donné naissance à de vastes mythologies. Par exemple, les Kamtschadales regardent la nuit, le ciel sombre, comme un voile de tristesse dont se couvre l'épouse d*un Dieu en l'absence de son époux ; l'aurore est la couleur dont cette femme divine embellit ses joues à l'approche de celui qu'elle aime. Chez les Lapons, l'arc-en-ciel est l'arc du Dieu qui lance des flèches contre les esprits malfaisants, etc. On trouve avec cela quelques faibles essais de cosmogonie, mais grossiers et peu réfléchis.
Une croyance qui parait générale est celle des âmes et de leur survivance. La conduite future qui leur est faite, les transmigrations qu'elles doivent accomplir, restent souvent très vagues, et d'autres fois se déterminent au gré d'une imagination libre et variable. Il y a deux séjours: l'un fortuné pour ceux qui ont succombé héroïquement dans les travaux du courage, à la chasse notamment ; l'autre plus dur, au service d'un maître exigeant, pour ceux qui ont attendu la mort dans leurs demeures. Ici, TÉlysée est souterrain ou sous-marin, placé dans des grottes profondes, où les âmes, elles-mêmes mortelles, ne parviennent qu'à travers beaucoup d'épreuves et de dangers. Là, on préfère se représenter le lieu de repos et d'abondance dans les r^ons au-dessus des nuages. Ailleurs, ce sont les âmes des méchants et des auteurs de mauvais .sortilèges que l'on condamne à errer et à maigrir dans l'air, ballottées sans trêve par les vents. Des idées morales se font manifestement jour au milieu de ces croyances. Et il n'est pas sans intérêt de retrouver, chez des peuples d'une si pauvre culture intellectuelle, une ébauche de la foi que des nations plus heureuses ont perfectionnée en fixant, par la force des institutions politiques ou sacerdotales, leurs traditions religieuses progressivement enrichies.
Ce commencement de spéculation n'aboutit pour les tribus boréales
ni à des dogmes fixes ni à des cultes r^liers. Toutes les pratiques religieuses qu'on a pu observer çà et là chez elles se réduisent à des offrandes, qui sont des sortes de sacrifices, mais demeurés à Tétat élémentaire ; puis à des cérémonies de purification, en faveur de ceux qui pour des raisons quelconques sont supposés avoir encouru la colère des puissances divines. Les ministres de la croyance publique donnent carrière à leur imagination et indiquent les procédés à suivre : ce sont des hommes ou des femmes disposés aux phénomènes extatiques et qui ont reçu dé la nature ou de l'hérédité le tempérament de leurs rôles. A certains moments, la contagion étend Tinfluence de ce tempérament et de là viennent des scènes de convulsions et de prophéties dans les assemblées. L'usage et les traditions déterminent et fixent plus ou moins exactement les formules de ce qui doit alora se passer ou se révéler. Une instruction spéciale se transmet des pères aux fils. Au reste, ces peuples connaissent très bien les moyens efficaces de produire Tétat d*extase religieuse. Les Groenlandais, par exemple, font usage du jeûne et des tortures volontaires pour se mettre en rapport avec les esprits. Ces moyens ont réussi partout, et des religions plus fières que celles dont nous parlons ne les ont pas méprisés. Nos convulsionnaires jansénistes, dans le siècle dernier^ n'en employaient pas d'autres pour se rendre capables de faire des miracles. Cependant le procédé le plus répandu dans les régions polaires est plus grossier : l'excitation due au son du tambour et aux mouvements du corps suffit ordinairement pour inspirer les sorciers ou les magiciennes (ainsi que les nomment les voyageurs). Une fois excités, ils prophétisent et révèlent les dispositions et la volonté des esprits. Quelquefois le tambour lui-même sert à la divination, à l'aide d'une chaîne qu'on y renferme et dont les anneaux forment différentes figures qu'interprète le devin. Il est inutile que je m'arrête à ce qui peut s'allier de superstitions à ces pratiques : sortilèges, incantations, interprétation des songes, etc. Tout cela est commun au même degré aux peuples dont je me suis occupé jusqu'ici et à plusieurs de ceux dont je traiterai encore. Remarquons seulement, chez quelques tribus du nord, le phénomène curieux d'un pouvoir attribué à l'homme sur la nature elle-même. Je veux parler de la puissance de lier et de délier les vents. L'enchanteur manie à cet effet certains nœuds qui peuvent être, dans sa pensée, ou des symboles ou les vrais moyens de l'acte merveilleux. On ignore sans doute lesquels^ et lui-même le sait-il bien?
Franchissons maintenant l'espace d'un quart de méridien. Nous allons retrouver les mêmes caractères généraux de religion, chez une race bien ditTérente, sous un climat différent, avec de tout autres
liabitudes, et dans lea douceurs de la vie fainéante, et dans Thorreur des guerres d'anthropophages (1). Les Polynésiens nous présentent en effet un fond de pratiques et d'idées tout semblable à celui des tribus africaines, australiennes, boréales, américaines. L'existence de ce fond commun ne prouve rien de plus que Tidentité des données mentales en des conditions physiques diverses ; aussi le développement varie-t-il, comme nous l'avons déjà vu, et comme nous le verrons mieux dans la suite, en même temps que varient Tintelligence et la moralité. Certaines parties de culte et de croyance se font jour ou s*étendent; d'autres demeurent obscures ou vont en s'afTaiblissant. Dans la Polynésie, le fétichisme proprement dit tient peu de place, quoique l'imagination superstitieuse se montre encore créatrice, au détriment des autres fonctions intellectuelles. Il y a tendance manifeste à la production des idées mythologiques et théologiques, parfois même morales ; et ces ébauches de dogmes varient d'archipel en archipel, etjes cultes ne sont point partout également ni constamment barbares, malgré l'analogie étroite de race, de langue et de concepts, ce qui prouve encore une fois combien les formes religieuses dépendent de la liberté et des habitudes de la vie morale. Quelques vices de moins, quelques facilités de plus pour former des sociétés d'une certaine étendue, et il est probable que les peuples de la Polynésie, livrés à eux-mêmes, auraient pu atteindre au même degré de développement religieux que telles tribus aryennes avec lesquelles ils ont des rapports sensibles.
Les Polynésiens ne sont peut-être qu'une race secondaire, où entrent en proportions variables des éléments malais antiques, des éléments australiens, d'autres encore, selon le gisement des îles. Il ne faudrait pourtant pas accorder une valeur décisive aux arguments que l'ethnologie et la linguistique fournissent en faveur de cette opinion, car on peut croire aussi que des éléments étrangers se sont introduits dans telle ancienne race qui, établie sur des points de la Malaisie, par exemple, s'est ensuite répandue à l'est et au sud. Dans tous les cas, la religion des lies, depuis les Carolines jusqu'aux Marquises et à la Nouvelle-Zélande, en contournant l'Australie et laissant de côté les races mélanésiennes, nous offre des caractères partout analogues avec une institution commune, vraiment originale et importante, qu'on appelle le tabou.
Ce nom représente à la fois la forme habituelle de la superstition
(1) Je m*exprimeral volontiers au présent, en rapportant lea croyances de la Polynésie. C'est que hier encore elles existaient; mais elles disparaissent de jour en jour et très rapidement, quelquefois avec les peuples eux-mêmes, comme dans la Nouvelle-Zélande.
2î6 POLYTHÉISME POLYNÉSIEN
dans cette partie du monde, et l'idée d obligation et de loi, et un moyen de gouvernement et de police entre les mains des prêtres et des chefs. Le tabou est tout ce qui est voué, consacré, inviolable ou interdit à un titre quelconque ; ce qu'il est défendu d'approcher, de voir, de toucher, de manger ; ce qu'il n'est pas permis de faire en tel temps et de telle manière. Les lieux, les choses,- les personnes et les actes se tabouent à volonté, et ces sortes de consécrations ou de prescriptions sacrées ont pour sanction la vengeance attendue des puissances latentes, et presque toujours la peine de mort infligée par leurs ministres. On comprend qu'elles servent à beaucoup d'usages différents : elles assurent l'observation des règlements en matière de consommation ou de travail ; elles garantissent les privilèges du sexe mâle et ceux de la caste supérieure, soit en protégeant les personnes, . Foit en leur réservant des aliments abondants et choisis ; elles expriment enfin l'idée de sainteté attachée aux offrandes, aux vœux, aux privations volontaires et à divers actes de culte introduits par l'imagination populaire et le caprice individuel.
La détermination du divin en Polynésie s'applique surtout aux forces naturelles, aux éléments et aux météores animés et personnalisés, mais avec une tendance anthropomorphique très marquée qui dépasse le fétichisme. On trouve çà et là des amulettes et de petites idoles assez semblables à des fétiches, mais que Ton peut prendre aussi pour des représentations de divinités. Quoi qu'il en soit, il est incontestable que la croyance publique envisage de véritables personnes divines et les charge de produire les phénomènes : les bruits de la nature sont des voix de dieux ; des dieux déchaînent les tempêtes et lancent le feu des volcans ; il y a un dieu du temps et des saisons, un dieu de la mer, des dieux de localités; un dieu forme la terre sous les eaux, la soulève peu à peu, la soutient et quelquefois la secoue (Tonga, Nouvelle-Zélande); ou bien un dieu, c'est celui des arts et des découvertes, la tire du fond de la mer avec une ligne de péche^ puis la couvre de plantes et d'animaux et la peuple de ses propres fils (Tonga) ; ou encore un Grand-Être qui vivait dans l'espace a formé de ses membres et de ses organes dispersés le ciel, la terre et les astres (Mariannes). Mais il est à remarquer que les phénomènes célestes ont peu touché ces insulaires, dont les regards s'abaissaient constamment sur la terre ou sur la mer.
Suivant cette direction d'esprit, si les personnes divines se lient aux phénomènes, elles s'en détachent aussi par une existence propre, et il devient possible d'affecter des dieux à des idées ou à des influences morales. Ensuite, les dieux n'étant que des êtres de forme humaine qui se recommandent par quelque pouvoir supérieur, on
est aisément conduit à prendre la, contre-partie de Tanthropomorpbisme, c est-à-dire à diviniser des hommes. C'est ce qui est arrivé dans la Polynésie. Ainsi le dieu de la mort, le dieu de la guerre, le dieu des arts sont de véritables personnifications morales. Les dieux qui ont émigré sur la terre ou qui Font peuplée de leurs nobles descendants (Touga, Tahiti), ceux qui ont donné à l'humanité les animaux utiles (Marquises), sont des espèces d'èlres anciens et puissants qui ne diflèrent de l'homme que par le séjour et la nature ou Tétendue des pouvoirs. Enfin, de simples hommes sont apothéoses, soit après la mort, soit même pendant leur vie ; car les mânes des nobles et des chefs passent pour se mêler aux êtres supérieurs et exercer encore une influence sur les vivants (Touga^ Sandwich) ; et s'il se trouve un homme dont la vie, la puissance ou les œuvres excitent vivement l'admiration, c'est un Dieu véritable, ou tout au moins le réceptacle d'un Dieu : Cook reçut Tapothéose à Haouaî et se prêta sans le savoir aux cérémonies. On a vu même, aux Marquises, un naturel qui vivait dans la solitude être l'objet de la vénération et de la terreur et recevoir des sacrifices humains.
Au reste, à côté de ces divinités bien définies, qui ont quelquefois leurs temples et leurs prêtres^ il existe des croyances plus vagues et plus arbitraires, portant sur les génies bienfaisants ou malfaisants que la superstition fait flotter dans les éléments, et sur l'existence assez indéterminée des mânes, et sur les nombreuses pratiques de la divination^ des charmes, des présages et des jugements de Dieu, Les idées de vie et de rémunération futures sont à peu près nulles dans la plupart des iles. Ce n'est qu'aux Carolines et aux Mariannes, séparées de toutes les autres, et remarquables par un certain développement des notions morales, qu'on a trouvé la croyance à des séjours différents des âmes, et aux peines ou récompenses qui attendent les morts. Aux iles Mariannes, le lieu des tourments était affecté aux morts de mort violente, et, aux Carolines, la destinée future s^envisageait comme directement dépendante des qualités bonnes ou mauvaises des défunts. Le culte des mânes se rattachait naturellement à cette croyance et formait le fond même d'une religion presque toute domestique. Dans ces mêmes iles étaient répandus des mythes sur l'existence et l'intervention antique de certains êtres célestes, ainsi que sur l'introduction de la mort dans le monde par l'action d'un esprit malin. Mais il se pourrait que ces deux traditions fussent d'origine étrangère, peut-être japonaise. Dans cette hypothèse, qui n'est pas sans vraisemblance (bien que sans preuve ethnologique ou philologique suffisante), les Carolins, les seuls insulaires dont Tétat social et religieux ait réellement offert quelque chose de la simplicité et des vertus qu'on aimait autrefois à supposer chez les sauvages, se-
raient un spécimen henreusemeniconservé des antiquités patriareales de l'Extrême- Orient.
Revenons aux Polynésiens. Il ne faut pas leur demander si leurs dieux sont éternels ou engendrés. Quand ils se posent d'eux-mêmes la question, il peut leur arriver .de la résoudre par un mythe dont Tesprit se retrouve dans beaucoup de cosmogonies^ et de nous dire que les dieux sont les fiU de la nuit (Tahiti). Ordinairement, ils se contentent d'imaginer des espèces de théogonies, d'ailleurs peu développées, dans lesquelles l'origine des hommes trouve aussi sa place^ mais où ne paraît point le souci philosophique du commencement absolu. C'est que ce problème est matière de réflexion et non de religion. Ceux qui interrogent naïvement des peuples dont les croyances se taisent doivent s'attendre à n'obtenir que des réponses indivi* duelles, improvisées et sans intérêt aucun. L'homme qui, pour la première fois sans doute, est mis en face du formidable dilemme : ou le commencement absolu ou le procès à l'infini, décide au hasard entre les termes de la contradiction confusément aperçue. Il préférerait s'en tenir aux idées mythiques de Nuit et de Chaos; et Ton est le jouet d'une illusion, quand on croit lui avoir fait professer le dogme inintelligible de l'immuable éternité antérieure. Au reste, quelques missionnaires ont poussé l'illusion encore plus loin, en recueillant de la bouche des sauvages des explications qu'ils leur suggéraient eux-mêmes, et voulant trouver la trinité chrétienne dans une théogonie où figuraient un Dieu père, un Dieu fils et un troisième Dieu descendu sous la forme de l'oiseau (Tahiti, Nouvelle-Zélande).
Des traditions polynésiennes plus authentiques offrent avec d'autres religions un rapport d'autant plus intéressant qu'on ne saurait l'expliquer par aucune communication, et qu'il montre dès lors comment le sentiment religieux peut prendre des voies semblables en des conjonctures différentes. Je citerai d'abord la cérémonie du baptême étudiée par Dumont d'Urville à la Nouvelle-Zélande : c'est une aspersion d'eau sur le front, qui accompagne toute imposition de nom, particulièrement aux nouveau-nés, et qui se fait avec des paroles sacramentelles dont le sens paraît comporter une bénédiction et une recommandation aux dieux pendant et après la vie. Ensuite, tous les voyageurs ont été frappés de la solennité de certains banquets publics, où l'on sert, à Tonga et dans plusieurs autres îles, une boisson enivrante, d'un caractère sacré, le kava. La plante qui en fournit le suc, sans être précisément divinisée, comme le soma des Aryens, est pourtant douée de propriétés miraculeuses. Mais ce qui paraîtra plus curieux, c'est, la consécration des aliments à la Nouvelle-Zélande : ceux des membres d'une tribu qui n'ont pu assister à un sacrifice et prendre leur part de la chair de la victime reçoivent en place une
LES SACRIFICES, l' ANTHROPOPHAGIE 219
nourriture à laquelle a été communiquée la même vertu; et cette communication a lieu par le contact d'un corps tahouéy qui lui-même a été approché de la chair, avec les prières ou invocations convenables. La victime est une victime humaine.
Le dernier trait que je veux citer est d'une autre nature et relatif à Tarchipel de Tonga. C'est un fragment de théogonie dont Tintention rappelle visiblement en partie les données sémitiques: le Dieu qui fit sortir la terre de la mer, selon cette légende, la peupla de ses deux fils et de leurs femmes. L'un d'eux était habile et actif, l'autre paresseux et inutile; ce fut ce dernier, Talné, qui tua son frère et encourut ainsi une malédiction, à la suite de laquelle Tespèce humaine fut divisée en deux couleurs. J'omets d'autres détails qui me semblent suspects, parce qu'on y sent des allusions à la race européenne ; mais le fond est admissible en ce qu'il s'accorde avec une croyance commune à Tonga, celle de l'exil ou des migrations des dieux devenus mortels. Quant à la tradition d'un meurtre primitif, on la retrouve à la Nouvelle-Zélande, avec un caractère moral tout opposé, qu'expliquent les mœurs des indigènes. Là, c'est encore l'aîné qui tue le cadet, c'est-à-dire apparemment le plus faible, et il le mange. L'anthropophagie commence parles dieux, et leur exemple la justifie.
Il me reste à parler des sacrifices. On a pu voir que, dans l'état religieux dont nous nous occupons, le culte se rapporte à peu près exclusivement à des divinités malfaisantes, qu'il s'agit de gagner ou d'apaiser. Un exemple intéressant des pratiques auxquelles peut conduire en pareil cas la croyance nous est fourni par l'usage de la mutilation du doigt, à Tonga : là, les parents ou amis d'un malade cherchent à donner satisfaction à la colère divine en se laissant amputer au moins une phalange ; mais cette nécessité reconnue tombe naturellement sur les faibles, au profit des puissants ; les enfants s'y trouvent soumis plus que d'autres. Les sacrifices humains sont une application du même principe, et les victimes se choisissent aussi parmi les hommes sans défense ; ce sont des vaincus, des esclaves, des étrangers ou d'autres malheureux dont la vie est mal garantie et semble de peu de prix. On a trouvé ces sacrifices partout en Polynésie, si ce n'est dans quelques îles de l'hémisphère septentrional et plus rapprochées du Japon. Une autre coutume très répandue est le sacrifice des femmes et des serviteurs à la mort des chefs ou prêtres de renom. Mais ici dominent sans doute des idées difiérentes de celle du sacrifice proprement dit.
La manducation de la victime parait se rattacher partout au sacrifice. Il est vrai que certaines ofi'randes sont laissées en tout ou en partie à la discrétion du Dieu, et qu'on les lui présente expressément