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APPLICATION DE LA PARABOLE DE SAINT-SIMON

occupés de théories scientifiques, adonnés à l'observation et à l'expérience, les ministres de tous les cultes et les missionnaires, les professeurs de toutes les sciences et de tous les arts, les chefs d'industrie, les agriculteurs émérites, les commerçants d'importance et leurs commis principaux, les financiers, tous les administrateurs et tous les ingénieurs, les médecins, les juges, les avocats, les officiers ministériels, les officiers de l'armée, les artistes, tout ce qu'il y a d'ouvriers élevés au-dessus de la routine, enfin tous les hommes qui, sans occuper aucune fonction, ont reçu le degré d'instruction requis pour les professions dites libérales. Quant au matériel, qui suit nécessairement le personnel, supprimons les écoles de toutes les espèces et de tous les degrés, le gouvernement, les administrations, les tribunaux et les églises; on peut consulter les statistiques et s'assurer que la grande majorité des habitants d'une contrée civilisée quelconque actuellement existante survivrait à une pareille exécution ; il ne reste qu'à se demander ce que deviendrait, soit immédiatement^ soit au bout de deux ou trois générations, le pays qui aurait subi ce traitement, — abstraction faite de toute intervention étrangère.

Immédiatement y c'est, ipso facto, l'anarchie, mais tellement radicale et au-dessus de la signification ordinaire de ce mot de la langue politique qu'on s'en fait difficilement une idée; et, au bout de peu de générations^ il me parait d'évidence pratique que les moyens de sortir de cet état n'auront pas pu être trouvés. Quand donc la mémoire du passé sera devenue confuse, ce qui demande à peine le laps d'un siècle, nous devons imaginer un pays tombé dans un étal de division, de délabrement et de luttes intestines, dont l'état féodal, autrefois, n'approcha mémo pas, et de bien loin ; car il y avait en plus, dans ce dernier, le clergé, conservateur d'une partie de la civilisation romaine, des chefs militaires capables de faire la police autant que de la violer, et presque partout des conditions de vie locale qui n'avaient subi aucune révolution brusque. Tout cela manquant dans notre hypothèse et ne pouvant se remplacer que par l'œuvre improvisée, instable, des ignorants, dans les circonstances les plus troublantes : désorganisation du travail et du commerce, famine, excès et ravages de bandes armées, la conséquence dernière doit être la ruine des villes^ la dépopulation des lieux sans défense et la division du peuple en tribus analogues à celles entre lesquelles se partagent les sauvages auxquels nous reconnaissons un caractère ethnique commun et des langues similaires. Ce que deviennent d'ailleurs le langage, les idées religieuses, les traditions, les connaissances techniques, d'oubli en oubli, d'altération en altération, et par défaut d'usage, chez les successeurs de gens qui n'ont jamais rien su ou cru qu'incorrectement, ni rien pratiqué que par routine, et dont l'esprit, au point de départ, était déjà obstrué

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