ORIGINE ET CAUSES DE L'ÉTAT SAUVAGE
criminels ou victimes^ qui n'ont pas réussi dans la vie. On peut croire» en prêtant un fond de réalité à des traditions fabuleuses, que des rassemblements d'individus de cette sorte, dans l'antiquité, ont exceptionnellement fondé des cités, puisque les convie/^ modernes n'ont pas été incapablesde coloniser des pays nouveaux (1). Des tribus déplacées et errantes ont pu de même se relever, devenir des peuples à leur tour conquérants, mais on conçoit que, dans le plus grand nombre des cas, à mesure que les parties tempérées et fertiles des continents étaient occupées par des peuples puissants et civilisés, ces tribus ont dû être progressivement rejetées dans les contrées les moins favorables, aux extrémités des continents, dans les iles, dans les régions glaciales, dans des lieux de montagne isolés et sous les climats équatoriaux les plus malsains. Et c'est là, en effet, c'est-à-dire en des stations où Ton ne peut supposer ni qu'ils se sont rendus de leur plein gré, ni que sont venus au monde les premiers auteurs de leurs races, c'est là que les sauvages ont été trouvés en grande partie par les civili£és, quand ces derniers ont commencé à prendre connaissance de la terre et de ses habitants.
Tout ce qui précède n'est applicable aux origines de l'histoire de l'homme que dans la supposition de la famille comme état naturel et initial attaché à son espèce. Mais l'hypothèse de la promiscuité primitive des sexes est très invraisemblable, étant donné le caractère humain en une de ses parties qui ne peut que difficilement avoir varié. S'il ne s'agissait que de cas exceptionnels, on est en peine de dire ce que c'est qu'on aurait le droit de traiter d'impossible, et la polyandrie, par exemple, peut avoir eu son lieu et son heure, quoique le polygynie, pour des raisons faciles à voir, ait dû être et rester un cas infiniment plus fréquent, régulier ou irrégulier ; mais quand il s'agit d'une induction d'ordre général sur les origines, la mieux fondée est celle qui nous est suggérée par l'état dans lequel les documents les plus anciens nous font envisager les ancêtres des races qui ont fondé les principales civilisations de l'antiquité et de celles qui occupent ou gouvernent aujourd'hui la terre. Or cet état est l'état patriarcal.
(t) Ces cas particuliers, s'il en a existé, comme celui de l'origine légendaire de Home, sont à dislioguer profoudémeat des cas de fondation des colonies proprement dites, essaimées par des nations déjà constituées. Les colonies n'ont jamais dû leur réussite qu'aux mérites moraux des colons. Celles de l'antiquité, comme celles, plus rares, de Tëre. moderne, impliquent une civilisation morale des nations mères, quelquefois une supériorité de vertu des émigrants.