ORIGINE ET CAUSES DE L'ÉTAT SAUVAGE
pect pratique des choses, comment des familles déchoient moralement pendant que d'autres conservent une première coutume et une règle de mœurs qui devient consciente et plus sévère par Teffetd'une réaction contre la corruption voisine dont elles sont les témoins et dont elles ont à souffrir. Une opposition du même genre s'établit entre des tribus, qui sont des assemblages de familles. Les livres historiques et les livres prophétiques des Juifs témoignent d'un bout à l'autre de ces antagonismes pour des temps qui sont bien loin d'être primitifs, mais qui le sont comparativement à la condition des empires et des civilisations étendues à de vastes territoires. Les peuples dont nous pouvons suivre, en remontant, les annales jusqu'à des époques où leurs ancêtres vivaient à l'état patriarcal (Aryens, Sémites, Chinois) se montrent à nous, dans ces temps reculés, soumis à des prescriptions minutieuses, à des observances dont l'explication, souvent difficile dans le détail, est très claire, si on les prend en général pour des moyens de distinguer un régime de vie pure d'avec les abandons de la vie licencieuse et pleine de souillures, et de séparer les races nobles d'avec les races dégradées. Quand viennent les grandes agglomérations nationales et les guerres de conquête, le conquérant est toujours le peuple le plus réglé et le plus discipliné, le plus vertueux^ cela peut se dire, de quelque manière qu'il comprenne la vertu, qui est toujours une règle soutenue par une ferme volonté. Après la victoire, il faut nécessairement que le vaincu soit assimilé^ ou anéanti, ou éliminé. Assimilé, il peut Têtre^ mais ordinairement alors de façon à perdre plus ou moins sa liberté (castes inférieures, ilotes, serfs, esclaves); éliminé, c'est-à-dire expulsé, réduit à émigrer, à chercher de nouveaux territoires où il lui soit permis de vivre comme il l'entend, sans maîtres. A quelque époque que de tels faits se soient produits, des peuplades chassées, refoulées à la suite des guerres de conquête et des établissements de civilisation matérielle, ont été, partout où elles se sont réfugiées et où elles sont restées à l'état de division, ce que nous appelons sauvages : non point partout également abaissées ou de mœurs perverses, — car des tribus peu belliqueuses, aux coutumes relativement honnêtes, ont dû, en certains cas, fuir devant des envahisseurs violents qui moralement ne les valaient pas, — mais toujours exposées à la déchéance par faiblesse d'esprit et défaut d'organisation et de solidité.
Cette hypothè.se, pour la résumer, nous fait considérer les tribus sauvages comme prenant leur origine aux époques quelconques où il a existé, corrélativement aux nations établies et de mœurs stables, des groupes sociaux qu'elles n'ont pu ni s'assimiler ni détruire, et qui sont, par rapport à elles, ce que sont, par rapport à une même société donnée, les réfractaires, les bannis, les outlaws, et tous ceux.