RI6TNES DE LA COINE
religieuses des deux peuples. Je commence par eux ce tableau des religions, à cause de leur antiquité et de leur isolement, et parce qu*ils offrent une confirmation intéressante de la diversité profonde de ce que j'ai nommé les races éthiques. Les religions dont j'ai parlé jusqu'à ce moment étaient les produits d'un reste de sentiment moral et d'une faible spéculation, chez des familles profondément atteintes par les conséquences du mal initial. Maintenant nous abordons des nations demeurées très nobles relativement, chez lesquelles l'idée du devoir et l'amour du travail se témoignent avec force dès les temps les plus anciens où nous remontons; et nous allons les voir tirer d'un fonds commun de moralité des créations étonnamment ditférentes.
C'est vers l'an 3000 avant notre èreque commence l'occupation progressive du territoire de la Chine parles cent familles. Un peuple pasteur, le />eup/é aux cheveux noirs j comme il se nomme encore, descend des montagnes du nord -ouest, refoule ou assujettit des occupants faibles et peu nombreux, qui ne vivaient que de chasse, passe luimême de la vie nomade à la vie agricole, et fonde dans le cours des siècles, à mesure que ses familles deviennent des tribus et ses tribus des États, une suite de royaumes unis par un lien d'abord naturel et patriarcal, ensuite féodal. Vers 2600 se place, sous le règne d'Hoanti, l'origine d'une chronologie dont la base et les points principaux paraissent véritablement historiques, quoique la division régulière en cycles de 60 ans, et en ans de 365 jours 25, soit l'œuvre postérieure des chroniqueurs, non le produit d'une tenue exacte des anciennes annales depuis le commencement. Des historiens chinois ont fait souvent remonter plus haut leurs traditions, en admettant certains empereurs primitifs (toutefois d'une antiquité encore assez modérée) auxquels ils se plaisaient à rapporter les premières créations sociales, le mariage, l'agriculture, le calendrier, les éléments de Fidéographie. D'autres ont fait mieux ; ils ont imaginé des règnes divins et des époques cosmogoniques. Mais ces dernières fictions sont étrangères aux idées religieuses authentiquement anciennes dans la Chine et peuvent avoir été suggérées par l'exemple de l'Inde. En général, on doit dire des empereurs antérieurs à Hoan-ti que leurs vies fabuleusement longues et les inventions qu'on leur attribue les désignent à la critique comme des légendes de l'établissement civil du peuple chinois.
Les empereurs qui suivent ce même Hoan-ti, jusqu'à la fin du xxTii'' siècle, nous offrent aussi des durées de vie et de règne inadmissibles; les œuvres dont on a déjà fait honneur à leurs devanciers se répètent en leur faveur; mais les fables disparaissent en grande partie et sont remplacées par les détails caractéristiques de l'organisation
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sociale, entendue avec cet esprit positif et réglementaire qui distingua toujours la nation chinoise. On cite avant tout les règlements civils et religieux, les travaux publics, la fondation des écoles et du fameux tribunal des annales, l'introduction des monnaies, signe et conséquence de l'extension du commerce. Un premier effort de concentration du pouvoir se fait sentir, en même temps qu'une disposition des princes à privilégier leurs personnes et à se mettre au-dessus de la loi naturelle. C'est ainsi que la polygamie commence à l'exemple de l'empereur Ti-ko, et les débauches de cour avec son successeur Titchi qu'on nous donne comme ayant été déposé. Malgré les prétentions commençantes de cette autorité impériale que produit le besoin de centralisation, les empereurs sont électifs et restent tels jusque vers l'an 2200. Seulement nous devons comprendre que ni les candidats ni les vrais électeurs ne se trouvaient en dehors de certaines familles. De pareils traits ont vraiment un caractère historique et doivent nous porter à placer l'enfantement de la civilisation chinoise dans la seconde moitié de ce millénaire dont les premiers siècles appartiennent à l'œuvre des pionniers et des planteurs. Au reste, les princes des trois premières dynasties régulières de la Chine, qui s'étendent jusqu'au m'' siècle avant notre ère, étaient regardés comme issus d'Hoan-ti, et les prétentions généalogiques ne sont pas sans valeur chez un peuple qui a toujours porté si loin le culte de la famille. Le fait d'une convergence traditionnelle de tous les souvenirs vers le nom de cet empereur semble bien autoriser pour lui une place authentique dans l'histoire. Des règnes une fois, deux fois plus longs que ne le permet la vraisemblance, peuvent s'expliquer et par l'omission de une ou de deux générations qui marquèrent moins dans la mémoire humaine^ et par la tendance de la postérité à grandir l'âge et la vitalité des ancêtres, dans l'ordre des conceptions patriarcales. L'étude des traditions sémitiques nous ramènera plus loin sur ce sujet et sur un autre qui s'y trouve lié. Je veux parler du déluge.
La période que commence l'empereur Hoan-ti se termine en effet sous trois autres empereurs centenaires, Yao et ses successeurs par adoption, Chun et lu, le dernier desquels est le fondateur de l'hérédité du pouvoir et de la première dynastie. Or le règne d'Yao est signalé par un événement dont l'importance dut être générale en Asie, et dont la date approximative se rapporte trop bien à celles qu'indiquent les annales d'autres peuples pour que nous ne devions voir dans cet accord qu'une rencontre fortuite. Une inondation cruelle et prolongée affligea la Chine : les parties basses de la contrée demeurèrent longtemps sous l'eau, et ne furent rendues à la culture que grâce à une suite de travaux habiles et persévérants qui devinrent la