IDÉE GÉNÉRALE DE DIEU ET DE L^ORDRE
mois, le jour, les étoiles et planètes, les périodes astronomiques; 5"" le pivot du souverain, c'est-à-dire la conduite morale exemplaire du prince; 6* les trois vertus, Droiture, Force et Douceur; 7° les sept pronostics obtenus dans les cas douteux par l'examen de divers phénomènes ; 8® les cinq météores, pluie, beau temps, chaleur, froid et vent ; 9° enfin les cinq félicités et les six infortunes : longue vie, biens, santé, sagesse, euthanasie; vie courte, pauvreté, maladie, afflictions, méchanceté, faiblesse.
L'exposition de ces sortes de catégories est entremêlée de préceptes pour recommander au prince d'imiter le Ciel, au sujet d'imiter le prince, et persuader à tous que l'harmonie de la nature ou le désordre des éléments sont des conséquences de l'harmonie morale de la vie ou du désordre de la conduite (1). Cette croyance dont la famille chinoise fut si profondément pénétrée motiva les pénitences fameuses de ses rois aux époques de disette. Elle nous rappelle les habitudes d'esprit toutes semblables de la famille Israélite. Mais ce dernier peuple attribuait fermement aux modifications de volonté d'une personne suprême les phénomènes naturels, ce qui ne fut jamais explicitement ad mis dans la Chine. Il est vrai que de nombreux passages du Chou-kin nous montrent le Mandat du Ciel donné ou retiré aux rois. On voit même quelque part le Ciel user de longanimité vis-à-vis d'un prince, en considération du mérite de ses ancêtres {IV, 48). Mais ni le sentiment ni les expressions anthropomorphiques ne prouvent clairement, ce me semble, que Tanthropomorphisme monothéiste fût passé à l'état de dogme formel.
C'est un défaut commun des mythologues et des exégètes d'exiger des idées religieuses de la haute antiquité (et toute époque primitive d'une religion est antique en ce sens, fùt-elle relativement récente) cette précision, cette détermination exacte dont l'habitude de lanalyse fait contracter le besoin. Lorsque les Chinois commencèrent à s'interpréter eux-mêmes et à philosopher, ils se demandèrent si leur Thien-tiy \e Seigneur-Ciel, éidiii un Esprit directeur universel ou un principe premier nécessaire, non déterminé comme personne. Les missionnaires chrétiens en Chine se posèrent à leur tour la question, qui était pour eux d'un grand intérêt, et se partagèrent entre les deux opinions, comme les commentateurs du pays s'étaient partagés plus de vingt siècles auparavant. La même difficulté avait lieu pour l'explication du terme Taï-kiy Grand-Paîte, Grand-Comble, employé très anciennement pour désigner ce qui domine tous les phénomènes. Selon qu'on en voulait décider, les Chinois devenaient des athées ou des théistes. La vérité est que le sentiment religieux
(1) Chou'kin, p. IV, c. IV ; c est le chapitre dit de la Grande Doctrine.