MORALE DES CHINOIS
OU au moyen d'une plante particulière à l'usage des devins. Les caractères de VY-kifly avec leurs différentes dispositions préalablement interprétées, paraissent avoir été les patrons auxquels se comparaient le plus souvent les figures obtenues par la pratique augurale. D'ailleurs on contrôlait volontiers les procédés les uns par les autres, la plante chi par la tortue^ ou réciproquement; car les hommes s'arrangent volontiers dans leurs superstitions de telle sorte que le hasard ne contrarie pas trop le verdict de la réflexion. EnOn les songes distribués en catégories, mis en rapport avec les avertissements des Esprits supérieurs et avec les positions des astres, interprétés par des livres spéciaux^ donnaient un nouveau moyen et des plus importants de décider les cas douteux ou de vérifier les indications des augures. On ne prenait point de résolution grave sans avoir consulté et au besoin contrôlé le sort conformément aux rites. Nous voyons dans le Chou-kin que l'ensemble des procédés divinatoires avait reçu cette même sanction sociale et ce caractère de raison d'État que nous lui connaissons chez les Grecs et les Romains, dont le système augurai était pourtant si différent. Les empereurs pieux, les princes réformateurs qui invoquaient l'esprit de la sainte antiquité regardaient l'auguration comme une des colonnes de la tradition et du bon ordre des gouvernements et des peuples (liv. IV, ch. vu).
L'ancienne religion de la Chine était si peu dogmatique et théologique que la morale n'y prit point, comme chez d'autres peuples, une situation dépendante, c'est-à-dire subordonnée à la mythologie. Des croyances, des pratiques systématisées simplement et sans presque spéculer, telles que nous venons de les exposer, ne se prêtaient pas à la conception d'une révélation impérieuse faite par un Dieu et ratifiée par des prêtres. Et ces prêtres d'ailleurs n'existaient point. Les sacrifices n'ayant pas non plus pour objet l'expiation, pour origine la volonté déclarée d'une divinité qui ordonne qu'on l'apaise, il était naturel que la bonne conduite de la vie ne fût pas davantage regardée comme une pure obéissance aux commandements de cette divinité. Sans doute, on parlait des décrets et de l'ordre du Ciel ; mais l'ordre s'entendait dans le sens d'harmonie encore plus que dans celui de volonté impérative, en sorte que l'éthique était moins une loi légiférée qu'une conformation rationnelle de la vie aux lois intimes et pourtant manifestes de l'univers et de la société.
On trouve dans le Tcheou-li, bien avant Koun-fou-tseu par conséquent, cette morale philosophique dont la Chine instruite s'est toujours si peu écartée. Elle y est avec ses mérites frappants, et aussi