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DIVINITÉS DE THÈSES

talion de ce dieu, aussi bien que de Ptah son père, et, plus tard, de Hor, le ûls de Hésirî, autre personnification du soleil. La famille osirienne et le mythe qui s'y rapporte semblent n'être pas formés à répoque où nous sommes. Le rôle de divinité tutélaire des morts^ qui revint plus tard au grand Hésiri, appartient encore au seul Ânoup {Anubis)y un dieu Chien qui conduit et garde les âmes défuntes. Cependant le culte de Hapi remonte à la seconde dynastie, et ce Taureau» dans toute la suite de son histoire qui se déroula pendant des milliers d'années, passa pour une incarnation du dieu bienfaisant, du patron populaire de TËgypte et des races royales, Hésiri. De plus, la qualification de roi osirien est donnée au roi Menkaoura par l'inscription de son sarcophage ; il est donc probable que dès lors Hésiri était le nom, le type, et nul ne sait s'il faut dire le souvenir du plus ancien et du plus excellent de tous les rois, modèle divin de la puissance appelée à régir les peuples.

Cette même inscription funéraire, la plus ancienne que nous possédions, nous révèle une divinité-femme chargée de représenter le Ciel, par une conception bien difiérente de celles des autres peuples : € 0 toi, roi osirien Menkaoura, vivant éternellement, enfant du Ciel, né de la déesse Nout..., que la mère Nout s'étende sur toi en son nom de Mystère du Ciel, qu'elle accorde que tu sois un dieu et que tes ennemis n'existent pas, toi, roi Menkaoura, vivant éternellement! » (Trad. du D"" Brugsch.) L'interprétation peut offrir encore des difficultés et des différences graves, selon les bases qu'adoptent les traducteurs ; mais le caractère de la déesse Ciel ne saurait être douteux, quand on la voit représentée sur des monuments postérieurs, avec une suprême naïveté, sous la forme d'une femme au corps allongé et voûté, que le suleil et les autres astres parcourent en bateau, comme autant de navigateurs de l'océan céleste. C'est à ce titre de personnification de l'une des notions essentielles et primitives du monde physique que la déesse Nout (identifiée au besoin avec d'autres analogues^ Ma, Bouiô, etc.) a pu prendre place dans les théogonies comme épouse' du premier dieu, mari de sa mère. Mais la spéculation n*entra pas toujours dans celte voie. Il semble même que le principe féminin ne fut pas introduit aux premiers rangs dans les listes de dynasties divines qui nous sont parvenues, listes d'ailleurs variables, imparfaitement fixées jusqu'à ce jour et difficilement conciliables entre les historiens et les monuments. Nous verrons que d'autres symboles furent imaginés pour représenter l'idée de l'existence sans origine.

Si le témoignage de Plutarque pouvait valoir pour l'antiquité égyptienne, nous croirions que le nome thébain s'était distingué des autres en s'abstenant du culte des animaux et ne reconnaissant point de

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Dieux mortels. Cette curieuse déclaration prouve seulement que les Diospolitains en étaient venus, dans le l^^ siècle de notre ère, à répudier la partie la plus originale de leur religion, et peut-être aussi que le sacerdoce de Thëbes avait été l'un des plus actifs dans l'éla-* boration des dogmes métaphysiques. Mais le dieu Noum (Clinoum, Cneph, Cnoubis), Dieu immortel inengendré, comme le nomme Plutarque par opposition aux Hapis, avait été un dieu local de la Nubie et de la Haute-Egypte, bien des siècles avant de devenir Vlntelli" gence incréée des chrétiens gnostiques. C'était alors un dieu Bélier, une personnification, une incarnation de la force génératrice. Probablement plus ancien qu*Amoun, le grand dieu de Thëbes, il dut à cette circonstance de rester mystérieusement placé au-dessus de lui dans la théologie du collège sacerdotal qui Taccueillit, et de servir les vues de ceux qui, cherchant et raffinant toujours, pensaient résoudre le problème du monde en reculant de dieu en dieu jusqu'à l'inintelligible.

Amoun (ou Amoun-Ra, par suite d'une fusion des cultes ammonien et solaire) était, comme Chnoum lui-même, un dieu Bélier. La cérémonie essentielle de son culte consistait en l'immolation d'un bélier, dont la toison servait à revêtir la statue divine, tandis que le corps recevait les honneurs du deuil et de l'embaumement. Ajoutons que les habitants de Thèbes s'abstenaient de la chair de mouton, et il devient difficile de croire que la conception première différât ici beaucoup de ce qu'elle était dans les nomes qui adoraient le plus ouvertement le bouc ou le taureau. Enfin, il n'y avait pas jusqu'à la salacité naturelle de.ce dieu de .la génération qui ne reçût une consécration religieuse, puisque, à certaines époques, une femme devait coucher dans son temple (comme ailleurs dans le fameux temple de Bel à Babylone) et lui offrir sa virginité.

Tous ces renseignements nous viennent d'Hérodote (liv. I, .184, et liv. II, 4j2), et nous rejettent fort loin de l'exégèse spiritualiste qui commença plus d'un siècle après cet historien, sous les successeurs d'Alexandre, et prit progressivement faveur à l'approche de notre ère. Le dernier trait est particulièrement intéressant. Ce n'est pas qu'il ajoute quelque chose à ce que nous savons de la religion de la fécondité et de ses organes ; cette religion fait en effet partie de tous les grands cultes de l'Egypte, et les processions ithyphalliques en portaient témoignage. Mais nous apprenons ainsi que le premier des dieux, Amoun lui-même, pouvait, selon les Égyptiens, avoir un corps et se manifester personnellement en homme ou en animal. Ni lui ni les autres n'étaient donc ce que la philosophie hermético-platonicienne devait les faire un jour, des abstractions ou de purs symboles. La foi populaire, la foi sacerdotale qui ne peut s'en distinguer essentiel-

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ment en tant qu'avouée, avaient pour objetsdes êtres véritables. S'ils passaient pour des incarnations de certaines vertus ou essences supérieures, il n'y a rien dans ce dogme pris simplement qui déûnisse la divinité autrement qu'on ne définit les êtres naturels, par la distinction vulgaire de l'âme et du corps, du principe animateur et des formes animées. Les dieux, exerçant des fonctions et des influences dans l'univers se trouvaient, en conséquence, réaliser de certaines idées qu'on pouvait dégager de leurs notions. Il ne s'ensuit pas de là qu'ils ne fussent point de vrais personnages, liés entre eux par la génération et par les mythes historiques, liés au monde par les métamorphoses que permettait leur nature, notamment par ces incarnations particulières et répétées qui les faisaient résider dans des espèces animales ou même végétales prises en leur entier et, plus spécialement, dans les animaux que des signes sacrés, des marques natives désignaient pour habiter les sanctuaires.

Le culte d'Amoun monta à la plus haute faveur auprès des dynasties diospolitaines, et surtout delaXVIIP dynastie, lors de l'éclatante réparation nationale qui suivit l'expulsion de ce peuple sémite, les Hycsos, dont l'occupation prolongée pendant des siècles avait mis l'Egypte si près de sa perte. Dix siècles plus tard encolle, quand commencèrent les relations des Grecs avec les Égyptiens, une colonie de prêtres d'Âmoun dans le désert libyque et l'oracle qui s'y rapportait, attirèrent peu à peu l'attention du monde. Un dieu élevé à une telle renommée, et que tes titres antiques portaient au rang suprême, ne put que s'identifier à la fin avec le grand Zeus- Jupiter des Grecs et des Romains. Rien pourtant dans la théogonie ni dans Jes légendes n'eût permis une telle assimilation si la critique y avait eu part. Nous verrons ailleurs l'origine et l'histoire du dieu Zeus. Quant à celle d'Amoun, le protecteur et le père des monarques de Thèbes, nous ajouterons seulement que le travail théologique proprement égyptien qui se fit sur ce dieu l'enferma dans une trinité appelée à représenter la génération divine. Amoun, sous le nom de Khem, fut l'époux de sa mère Nout et engendra Cbonsou (Chon, Chonsou, Khons), dieu-enfant et symbolisé comme tel dans beaucoup de représentations monumentales, mais ensuite important par lui-même et analogue à Ptah, le démiurge de Memphis. Aussi la Grèce crut reconnaître dans Chonsou son Hercule-dieu; distinct d'Hercule le héros, dont elle se sentait parfois honteuse.

Cette grande trinité de Thèbes n'était pas un obstacle à ce qu'on adorât dans le même lieu les dieux des nomes influents ou voisins, par exemple Athor, la grande mère, et Taout, le dieu des lettres et des arts, et Ptah que, par une cosmogonie qui semble rivale de la première, on faisait sortir d'un œuf soufflé de la bouche du dieu nu-

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bien Noum, et surtout la famille osirienne. 11 y avait certainement des luttes, et il s'opérait des transactions ou des fusions à la suite desquelles le sacerdoce entreprenait de ces travaux d'exégèse, qu'un peu de bonne volonté, un but édifiant rendaient toujours facile. La distance des siècles a fait longtemps illusion à la critique, en lui nomtrant un dogme unique et invariable et un peuple hiératiquement immobile dans cette Egypte où Tai-deur des passions religieuses n'a pu manquer de produire ses effets ordinaires. Mais les monuments rétablissent à nos yeux la vérité de l'histoire.

C'est ainsi que nous voyons vers la fin de la XVIII« dynastie (1500 avant notre ère) un Pharaon, qui avait été prêtre du Soleil sous son nom de Ra, déclarer la guerre au culte d'A.moun et^ par conséquent, à l'œuvre de conciliation théologique dont la dénomination double, Amoun Ra, est restée le symbole victorieux. Ce roi, par un retour manifeste à la simplicité primitive et au temps où les prêtres ne quintessenciaientpas les croyances^ ne reconnut qu'une religion, celle d'Atenra^ c'est-à-dire du Soleil-Disque du soleil sous sa forme la plus matérielle. Fils d'un Amen-hotep, il voulut se nommer Chou-n-aten, Splendeur du disque y et fit représenter le dieu son patron par la grossière allégorie des rayons terminés par des mains. J'omets les curieux détails donnés par Tauteur de la découverte des monuments deChou-n-aien (Lepsius), en remarquant toutefois ce qui nous est dit de la laideur des personnages et de la bassesse toule particulière des actes d'adoration figurés dans les œuvres d'art du nouveau culte. Au reste, la religion du Disque vivant n'eut que la durée d'un règne, et le nom d'Aten fut martelé partout sur les inscriptions, comme celui d'Amoun l'avait été passagèrement.

Les grands dieux de Memphis et de Thèbes n'étaient pas les seuls à prétendre à la suprématie. Bien plus, et malgré l'unité de dogme et l'ordre de hiérarchie que la postérité découvrit, au delà de ce que les contemporains en avaient su jamais, il n'y avait pas de divinité maîtresse d'un siège important qui n'affectât la primauté universelle. Les inscriptions et les dédicaces luttent partout d'emphase, élevant au suprême et à l'absolu le titre divin de l'être adoré quel qu'il soit. C'est que la dévotion ne croyait jamais accorder trop à son objet, ni pour l'indépendance et l'antériorité d'origine, ni pour l'autorité et le commandement. La tolérance mutuelle des cultes et des temples, sauf exception^ était un effet naturel de cette division polythéistique de populations unies d'ailleurs par le sang et par les intérêts ; et la politique pouvait d'autant mieux la maintenir que les postes supérieurs du sacerdoce et de l'armée appartenaient généralement aux mêmes familles. Il est donc facile de s'expliquer

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