DÉFINITION DE LA SOLIDARITÉ SOCIALE
présentes des autres hommes et aux faits sociaux qui en sont des résultantes. Enfin on peut ajouter, pour compléter ces notions, à la solidarité sociale la nature de l'homme en général, à la solidarité personnelle le caractère natif de chaque personne.
On voit que la soli'larité, sans nuire à Timputabilité stricte de Tageot libre, sans supprimer sa responsabilité, réclame et absorbe une part de tout mérite ou démérite, de tout bien ou mal moral et personnel, en tant que certains mobiles essentiels des actes proviennent de causes étrangères à la conscience qui les admet. Et, en effet, la situation et la valeur morales pourraient-elles être les mêmes chez rhomme dont les bonnes actions, accomplies au détriment de rintérèt, se fondent sur les maximes d'un siècle ou d'une famille, et chez celui qui, dans le même cas, s'élève à une notion de moralité générale, indépendante des lieux et des temps ? chez l'homme dont les actions mauvaises, perpétrées à rencontre de la conscience, un peu sourde peut-être, s'inspirent des exemples détestables de sa race, et chez celui qu'on pourrait regarder comme l'auteur réfléchi de ses maximes ? Il s'ensuit de là très clairement que la solidarité doit se compter en moins et de la vertu et des fautes. Aussi, Kant a-t-il prononcé contre l'un des sentiments les mieux établis de l'humanité, lorsqu'il n'a pas craint de dire que la culpabilité ne varie point avec les circonstances dans lesquelles la liberté est appelée à l'acte. La solidarité sociale est toiyours une sorte d'excuse partielle à apprécier dans les fautes, et il en est de même de la solidarité personnelle, hors les cas, il est vrai très nombreux, continuels, où les habitudes acquises, la nature viciée d'un criminel sont imputables à l'exercice antérieur de sa liberté.
Cette origine rationnelle de Vaction vicieuse^ qui, dans l'esprit de Kant, exclut la solidarité du nombre des lois morales, est une pure abstraction et, quant à l'ordre pratique, une chimère. Il n'existe nulle part de liberté pure, absf raction faite de tous mobiles, car il n'y a pas d'actes sans motifs. La Loi morale^ dans le sens du devoir général, abstrait, n'est point d'ailleurs un mobile suffisant dans la vie : on peut légitimement douter qu'aucune action au monde ait été faite exclusivement sous son impulsion ; les hommes l'ont presque toujours ignorée, telle au moins que la pensée philosophique l'envisage, et l'immense majorité d'entre eux l'ignorent encore. L'origine, la nature^ la fin de Tacte dépendent à la fois de la liberté et de ses mobiles, et cela rationnellement comme pratiquement. La liberté est entière (excepté toujours dans le cas où la conscience en est effacée par Tenvahissement définitif des habitudes et l'oblitération de la réflexion, ou dans ces phénomènes que j'ai définis sous le nom de vertige) [Deuxième essaie § XI ei XII); mais elle ne saurait éloigner un mobile