CAUSE BE L*ERREUR DE KANT
sans en appeler un autre, ni éviter Tobsession constante de ceux qui l'environnent. Or^ de cela seul que tels ou tels de ces derniers motivent ordinairement et par le fait les déterminations de la volonté, il est clair que les conditions ne sont pas les mêmes pour deux agents dont l'un se détermine dans un milieu naturel et social très développé et très complexe; Tautre, un des premiers hommes qui seraient venus à l'existence, est appelé à agir au sein de la simplicité native de sa personne, de ses semblables et des choses. Kant est donc vraiment déraisonnable, dans la rigueur étrange qui lui fait professer que tout acie libre peut et doit être déclaré, malgré tout, un exercice primi" tifdu libre arbitre.
Le fondement d'une erreur si grave, et de beaucoup d'autres qui s'y rattachent, est parfois cherché dans une idée exagérée que le philosophe se serait formée de la liberté humaine. En cela, on se trompe beaucoup. D'abord il n'est pas possible de s'exagérer le libre arbitre en lui-même, car il est réel ou il ne l'est pas, et au-dessus de la léalité il n'y a rien. La vérité est que Kant, au fond, n'y a pas cru. Comme tant d'autres, il l'admettait dans la pratique, pour le sacrifier à l'édification de la théorie. S'agissait-il de cette liberté qu'il lui plaisait d'envisager hors du temps, hors des phénomènes? il lui attribuait un mobile unique, absolu, la Loi morale, et par là le supprimait, rendant son exercice invariable et nécessaire. Était-il question du libre arbitre effectif, de celui qui intervient dans les phénomènes, phénoménal lui-même ? il admettait la valeur absolue de la loi de causalité comme chaîne des événements dans le temps, et pensait que les actions humaines sont déterminées^ comme tous les phénO'* mènes naturels^ par des lois générales.
Et voici comment les erreurs que j'ai combattues proviennent d'une cause toute contraire à celle qu'on serait tenté de nommer. Lorsqu'il arrive à Kant de considérer le libre arbitre dans ce qu'il croit son essence, il ne peut le séparer de la Loi morale impérative; dès lors comment pourrait-il donner entrée à des mobiles autres que celte loi, trouver une explication du mal, y distinguer des degrés, reconnaître une solidarité quelconque entre l'agent libre et le monde, entre les personnes et leurs propres œuvres. Au contraire, lorsque les faits et l'histoire le condamnent à admettre une liberté qui met en balance la Loi morale avec d'autres mobiles, et préfère communément ces derniers, il se voit forcé de s'expliquer ce phénomène par on ne sait quel penchant au mal dont la nature est incompréhensible et l'origine première décidément impossible.
Ces derniers mots résument le jugement à porter de cette partie de la morale de Kant. Il n'était pas sans intérêt, si je ne me trompe, d'exposer des idées dont les commentateurs font mal connaître