‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 142 sur 291 · DOGME ET CULTE DES ANIMAUX DIVINS · texte numérisé non relu

DOGME ET CULTE DES ANIMAUX DIVINS

nité, dont il porte en son propre cœur sa part înamîssible. Peut-être en aviverions-nous quelque trace en rappelant la mémoire de nos impressions enfanti es, et les interprétant dans un sentiment philosophique primitif, oibliant nos doctrines et nos habitudes d'esprit, pour nous perdre ui moment dans la contemplation des admirables attributs de la béte : tendances constantes, fins assurées, passions tantôt douces, tante t fougueuses, toujours simples, droites, toutespuissantes, transmis es sans variations à l'inflexible et identique postérité; et cette prédominance des deux grands appétits, l'alimentation, le sexe; cette suprême naïveté dans la colère ou dans Taffection ; ce machinisme sublime d'un amour qui s'évanouit au moment précis où l'intelligence lui deviendrait nécessaire; ce fatalisme, celte innocence, ce sérieux continu^ cette imperturbable sagesse. L'homme des anciens temps put bien trouver quelque chose d'imposant et de merveilleux dans cette béte aux voies infaillibles qu'il comparait à lui, être déjà complexe, incertain, agité, et le merveilleux, l'imposant, œuvre de la nature ou nature même, il put bien l'appeler divin, et le divin, c'est ce qu'on adore. Lorsqu'on même temps cet être, entré dans la carrière d'une lutte pénible pour s'assurer des ressources alors si chancelantes, avait conscience de l'indispensable secours des animaux coopérateurs, comme le Taureau ou le Chien, et aussi de ceux-là qu'il voyait à l'éfat de guerre sans trêve avec ceux qui lui eussent rendu la terre inhabitable, l'intérêt et la reconnaissance se joignaient à ses autres sentiments et contribuaient à lui suggérer la notion du divin dans celle du bienfait reçu.

Ainsi naquirent sans doute les cultes du Chat, de l'Ibis, etc. et l'on comprend que les mêmes motifs aient agi pour certains végétaux éminemment utiles et populaires, causes très efficaces de la multiplication humaine sur une surface donnée; comme aussi que les diversités locales aient amené des préférences de culte, et des rivalités, et jusqu'à des luttes sanglantes. L'histoire en a mentionné, même encore sous l'administration romaine. A peine ai-je besoin de dire que la puissance des habitudes devint un jour la cause à peu près exclusive de ce que des sentiments spontanés avaient autrefois produit. Mais parmi ces sentiments, je ne dois pas omettre celui qui certainement se maintint jusque très tard et alimenta l'esprit des cultes toujours populaires des animaux générateurs. La génération et la fécondité, concepts enfermés dans les emblèmes concrets du Taureau ou du Bélier, réunissaient sous un point de vue religieux commun l'humanité, l'animalité, toute la nature vivante, puisque le principe de la vie est inséparable du mystère de sa propagation. Ainsi, le sentiment de la nature comme divine, en celle de ses manifestations qui est la racine des autres, inspirait le premier et le plus fêté des cultes ren-

Page 1