HISTOIRE DES H APIS
dus aux animaux. Ceci doit achever de nous faire pénétrer au fond de la pensée égyptienne, et cependant nous ne sommes pas au bout : si tout devait se borner là, la religion ne se développerait que dans une sphère encore assez voisine du fétichisme; mais l'Egypte a poussé la spéculation plus loin. L'incarnation de Hésiri, le dieu bon, a sanctifié pour elle le culte du Taureau.
Avant de parler de Hapi, je mentionnerai pourtant la part de latrie accordée à des animaux nuisibles à Thomme. Les affections nobles furent le mobile dominant de Tadoration, mais non le seul. La puissance, même malfaisante, la brutalité, la stupidité, quand elles se manifestaient avec une redoutable énergie, durent avoir un genre de prestige, exercer une fascination, et à titre d'objets de terreur, diraije sublimes (c'est une sorte de sublimité de ces temps)? entrer en partage de la divinité. Sans doute, il fallait aussi conjurer le mal par la soumission et des actes de respect. Mais on remarquera que des deux animaux consacrés les plus monstrueux, l'un, l'Hippopotame, était le type de Séti (Typhon), objet d'exécration en même temps que de culte, et qui n'eut jamais que de petits temples et le strict nécessaire en devoirs rendus ; la critique moderne Ta quelquefois soupçonné de n'être autre que le terrible Bel des Sémites, originairement étranger à l'Egypte; l'autre, le Crocodile, personnifiait cette divinité de Seb, analogue au Kronos des Grecs, un ancêtre des dieux pour les rédacteurs de théogonies, mais dont la religion n occupe qu'une place très restreinte aux époques historiques.
Au reste, le culte de ces sortes d'animaux était localisé (Hérodote), tandis que celui des chats, des chiens et d'un grand nombre d'oiseaux, génies familiers du foyer, s'étendait à presque toute la nation et s'encourageait, s'organisait comme un des objets les plus intéressants de la piété de l'homme. Le nombre des momies de cette espèce que les voyageurs découvrent journellement est en effet très considérable. Il faut joindre à ces animaux privilégiés entre tous le scarabée, dont l'image est partout sur les bijoux et sur les monuments. C'est pour nous une occasion de constater la variété des motifs de divinisation animale chez un peuple dont l'esprit avait pris cette direction, qu'entretenait d'ailleurs son système d'écriture symbolique. Le scarabée n'ayant point de sexe aux yeux des Égyptiens, qui n'avaient pas su lui en découvrir, symbolisait pour eux la vie divine et la perpétuité surnaturelle, dans cette puissance qu'ils lu) voyaient d'engendrer mystérieusement l'existence en faisant naître son germe au sein d'une boule de vile matière stercorale.
En présence du culte populaire et universel du taureau Hapi, sachant d'ailleurs que ses adorateurs s'étaient élevés à l'idée supérieure
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des dieux générateurs ou constructeurs du inonde, la critique avait des raisons de présumer Texistence d'un lien entre ces dieux et les animaux sacrés leurs représentants. Autrement les êtres de chair et d'os, objets d'une telle dévotion, n'eussent été pourtant que de pauvres symboles, et les dieux eux-mêmes auraient perdu quelque chose de leur réalité. Mais déjà les écrivains de l'antiquité nous éclairaient sur cet intéressant sujet en nous apprenant, à travers l'inévitable variété de leurs formules, que les Hapis étaient des images de Hésiri et Hésiri lui-même, Hésiri animant de son âme un taureau et se manifestant aux hommes dans la succession perpétuelle de ces animaux marqués de signes particuliers. Ils ajoutaient que la conception de chacun des Hapis au sein d'une vache avait lieu par la descente d'une lumière céleste. Puis venaient les renseignements si connus sur la durée de la vie d'un Hapi, sacramentellement limitée à vingtcinq ans et terminée par un cruel sacrifice, sur les fêtes de déploration et de funérailles, sur la recherche du dieu successeur et la joie de sa venue. Nous savions, de plus, que la mère de Hapi avait part aux honneurs religieux rendus à son fils, et qu'on donnait aussi des épouses à ce dernier, mais vouées à une prompte mort (le dieu ne pouvant avoir de postérité naturelle).
Les monuments ont confirmé ces connaissances. et les ont rendues plus précieuses en nous livi*ant des formules significatives de l'incarnation de Hésiri (1). Non seulement les noms de Hésiri-Hapi et de Hapi-Hésiri se lisent sur des inscriptions, mais on a sur papyrus des légendes explicatives d'images de taureaux, qui parlent de Hésiri changé de face^ orné de l'oreille du taureau^ figure cachée qui s'est ornée de cornes. On apprend ailleurs que Hapi est invoqué comme celui qui n'a pas de père (charnel), de qui la mère, par conséquent, est demeurée vierge et n'a point conçu du taureau ; ailleurs encore qu'il est le Revivifié de Ptah (trad. de Brugsch), c'est-à-dire que Ptah est l'auteur du retour à la vie et de Tincarnation nouvelle de Hésiri. Cette intervention du grand Dieu-ouvrier de Memphis ne peut s'interpréter qu'en ce sens que la mère de Hapi aurait conçu par le travail, par Vopération de Ptah, comme on a parlé plus tard en voulant rendre un dogme très analogue et transporté de l'animal à l'homme. En effet, le titre de fils de Ptah est donné quelquefois à Hapi, et dès lors il est manifeste que t éclair descendu du ciel sur la vache, et duquel elle conçoit (Hérodote), est le signe ou, mieux, l'acte sensible externe de l'œuvre du Feu constructeur dans le sein de la
(1) Voir les mouograpbies de Mariette sur le Sërapéum de Memphis, qu*il a lui même découvert eteiploré, et particulièrement le mémoire sur la Mère iVApis.