‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 158 sur 291 · DIVINITÉ ET DOCTRINE DU SOMA · texte numérisé non relu

DIVINITÉ ET DOCTRINE DU SOMA

dénomination étrange et flatteuse de vache et de vacke célestey qui appartient à tout ce qui est bon et utile et, par exemple, au Sacrifice, à la Prière, à la Libation, aussi bien qu'au Rayon ou au Nuage.

Mais le plus souvent les nuées se prennent pour des météores malfaisants qui retiennent emprisonnés les rayons ou les ondes si ardemment désirés ici-bas. C^est Bala, c^est Tavare Pani, ce sont les enfants de Pani, c'est Souchna le desséchant, c'est surtout le noir Vritra, avec la troupe des Asouras, qui gardent au fond d'une caverne du ciel les vaches célestes injustement enfermées. Ahi, le Serpent-Berger, les fait paître. Mais Indra, le dieu puissant, fortifié par les libations de l'enivrant Soma que lui versent à toute heure les Angiras (patriarches sacriGcateurs), Indra s'élance avec les impétueux Maroutas (les vents), foudroie les gardiens de la caverne, détruit les maisons des Asouras, terrasse Vritra et les autres ennemis et délivre les vaches. Le tableau se termine par la joie de la terre arrosée. On voit que les hommes ne sont inutiles ni au combat ni à la victoire, puisque, par leurs sacriGces, ils entretiennent la vigueur de leurs dieux. Et ceux-ci se réjouissent à l'égal des hommes, parce que, comme eux, ils se sont alarmés de l'invasion des puissances de Tobscurité.

J'ai nommé deux fois le Soma. C'est encore un mythe qui appelle l'attention. Ou plutôt c'est plus et mieux qu'un mythe, car on y voit l'imagination suivre d'abord sa marche ordinaire en personniûant une liqueur sortie du filtre et du pressoir, puis conduire au ciel les vapeurs des libations faites dans le feu et les employer, par une sorte de physique ou de physiologie àVanlique, à poser le principe créateur et animateur du monde. Ce dieu-Liqueur (Indou, c'est son nom) doit sa naissance au sacrificateur qui le prépare et devient ainsi l'agent du salut universel. Dans un autre sens, il est le fils du Nuage et descend du ciel avec les Ondes ses sœurs, nourricières des plantes. Cueilli et fermenté, c'est dans le Mortier, sous le Pilon, que son existence commence avec un corps grossier (1). Mais bientôt il revêt un corps puriGé et glorieux sur le GUre de laine où il laisse sa vieille dépouille. Alors il se joue dans le vase de t>ois et devient le courage des héros et la mort des ennemis.

C'est surtout mêlé avec les produits gras de la vache et versé en libation dans les flammes que Soma atteint sa haute personnalité

(i) Ce vin de l'Arye antique s'obtenait par la fermentation des tiges et des baies de VAsclepias acida ou SarcosUmma viminaliSf mêlées & Torge et conyenablement humectées. On joigoait an breuvage du miel et du beurre. I! paraît qu'on regardait VOnde môme du Soma, VHumide, comme propre à nourrir le feu, indépendamment des corps gras qu'on y ajoutait (voy. le Rigvéda, passim).

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divine. Comme Agni, qui lui est d'ordinaire associé dans les invocations, il part de la terre et s'élève au ciel, dans le séjour des eaux fécondantes, des feux et des lumières que gardent les dieux souverains. De là le nom de dieux intermédiaires que les mythologues donnent quelquefois à ces dieux du sacrifice. Ainsi divinisé, Soma ne s'asseoit plus seulement au milieu des autres dieux sur le gazon du sacrifice : messager auprès dlndra, ardent comme lui, il lui communique sa force; il se confond en lui, et en Vayou, en Mitra, en Varouna (dans l'Air, dans le Soleil, dans l'Eau céleste). Enfin ce nom de Varouna (Couvrant touty d'où le grec ojpavéç) est aussi son nom; il siège dans le Ciel, il est le Ciel même, considéré en sa qualité de fluide primitif ou Maître des eaux. Encore un pas, le fils du sacrificateur va devenir le père du monde. Il en est la vie, comment n'en serait-il pas l'auteur? Se jetant au sein de Vêtre qui soutient les hommes et les dieux y enivrant le Ciel et la 7 erre , allumant les flambeaux ce' lestes^ enfantant la lumière du Soleil, quel autre que lui aurait pro^ duit les plantes et les vaches ? Il est donc naturel que le poète passe de ridée d'entretenir la vie à Tidée de l'engendrer et en vienne dans son exaltation à poser ce Soma qui voit tout, qui soutient tout, comme celui qui le premier a enseveli r Obscurité dans la Lumière, qui a fait le Ciel et la Terre, qui les a séparés, qui a nourri ce couple de son lait et lui a communiqué une force invincible. Dans les mêmes hymnes, suivant un autre ordre d'idées, on voit le dieu garder son rôle de nectar ou d'ambroisie : nourriture céleste, breuvage par excellence, les hommes s'en promettent la jouissance pour une vie ultérieure, où il atteindra son état définitif de croissance et d'exaltation de qualités ; ils lui demandent l'immortalité et tous les plaisirs, dans la demeure lumineuse qui ne finit point.

Le Soma tient une place considérable dans le Rigvéda, et non pas seulement dans les parties qu'on juge les moins anciennes. Tout ce qui précède n'est qu'un centon de passages extraits de ces hymnes. Le culte et l'importance dogmatique de ce dieu paraissent s'être maintenus, étendus même pendant quelque temps. On le trouve présenté dans un autre Véda (le Samavéda) comme un sauveur qui se soumet au martyre, à la passion du mortier et du pressoir pour le salut du monde, se purifie de ses souillures terrestres dans les eaux de la fermentation, renaît jeune et brillant, épouse la flamme, expire, enfin ressuscite dans le Ciel où il se confond avec le Feu-Constructeur et avec le Feu-Soleil, Agni-Touachtri , Agni-Sourya (voir Langlois, Mémoire sur Soma),

La religion du Soma semblait donc appelée avec celle d'Agni à poser le fondement de la théologie de l'Inde et à tenir lieu de ce qui fut le brahmanisme. Mais il en advint autrement. On serait d'abord

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