HÉSIODE ET HOMÈRE
être (ATaa, Moïpa). Son épouse, ses fils et ses filles se partagent les attributs de la puissance et de l'intelligence, et le culte des mortels. Ceux-ci leur sont unis souvent par les liens du sang; ils peuvent Têtre aussi par ceux d'une piété particulière. Ils deviennent donc les objets de l'activité et des passions divines, que la justice ne règle pas toujours. Mais jamais le libre arbitre humain n'est atteint dans sa racine; jamais non plus un démenti n'est donné au mystérieux arrêt de la Destinée qui règle les grands événements.
Telle est| chez l'interprète le plus autorisé de l'esprit de la Grèce, ce que je nommerais volontiers l'exégèse populaire des mythes incompris du premier âge. Autre et plus profonde en apparence, plus chimérique au fond, est l'exégèse des prêtres et des savants, dont un essai contemporain ou à peu près des temps homériques nous est parvenu avec la Théogonie d'Hésiode. La fiction du riant Olympe y est obscurcie par une foule de divinités cosmiques, dont les mythes primitifs se changent en symboles plus ou moins transparents et en allégories plus ou moins suivies. La légende affiche des prétentions philosophiques. L'histoire des Dieux est une explication du monde et de son origine, à demi symbolique, à demi physique, un prélude des nombreuses tentatives que fit la philosophie au berceau^ pour se rendre compte de la naissance et de l'évolution des êtres.
Je réserve pour une autre section de cet ouvrage l'exposition de cette partie des doctrines grecques, qui suppose un usage avancé de la réflexion, une élaboration systématique de la théologie. Ce n'est pas que chez un tel peuple le caractère réfléchi ne remonte à des temps bien anciens, que l'époque d'Hésiode ne précède la chronologie positive, qu'Homère ne soit lui-même un penseur profond autant qu'un naïf chanteur, et qu'ainsi ma division n'ait un peu d'arbitraire, comme presque toutes les divisions en ont. Il est pourtant vrai qu'Hésiode ouvre pour nous une série différente de celle des rhapsodes homériques. Ceux-ci sont les représentants de la pleine spontanéité poétique, les collecteurs de légendes, non pas neuves assurément, mais travaillées sans règle et suivant l'impulsion du sentiment populaire. Anthropomorphistes à peu près purs, ils séparent la période du symbolisme volontaire et artificiel, qui va paraitre, de celle où l'instinct personnifiait tous les phénomènes et n'éprouvait pas le besoin de donner des caractères tranchés et distinctifs aux personnes symboliques et aux personnes réelles. Ils commencent à distinguer, quoique sans parti pris, de même que sans scrupule, et c'est sur la personne réelle du dieu qu'ils appuient, ne se sentant pas obligés pour cela d'effacer ce que la tradition leur apporte d'éléments visiblement mythiques, incompatibles avec la représentation anthropomor-