ESPRIT DES POÈTES : DOMÉRB
tismede leurs temps par un effort d*éneigie individuelle, d*oii jaillit la production poétique. Lorsque le déclin de la foi se prononça, les Arioste, les Rabelais, les Cervantes appelèrent Tironie au secours de l'antique poésie mourante. Or la Grèce nous offre dans son vieil Homère tous ces caractères, atténués et modifiés les uns par les autres. La naïveté, la liberté, le respect, Timagination, la croyance et rironie se rassemblent pour imprimer une physionomie étonnante et charmante à cette œuvre à jamais unique.
L'âge d*Homère n'est déjà plus^ à proprement parler, celui de la mythologie. Je veux dire que le mythe a cessé de se produire avec une entente instinctive de sa propre nature; ou s'il vit encore et va se transformant, dans certaines profondeurs populaires, sans trop s'éloigner de son ancien esprit, Taède du moins le traduit mal, lui donne une forme de pures légendes qu'il embellit et varie au gré de son imagination. Le fait physique exprimé en termes d'un anthropomorphisme très dur cesse d'être en vue. C'est que la distinction du phénomène et du personnage est accomplie désormais. La réflexion a constitué un ordre purement physique, entre lequel et les Dieux elle ne sait plus quels rapports établir. Les mythes déposés dans la conscience du peuple à l'époque de la confusion s'altèrent insensiblement par l'effet de la distinction et se trouvent de moins en moins transparents, d'autant mieux que la langue a souvent laissé s'oblitérer la signification de ses antiques radicaux. Mais alors ils vont ressembler tout à l'heure à des fables; le poète ne croit pas toujours ou ne sait plus dans quels sens et dans quelle mesure il doit croire à des choses qui changent même de physionomie en passant par ses mains. C'est ainsi qu'Homère s'amuse parfois visiblement de son propre récit et joue avec ses personnages divins, même avec les plus sérieux. Mais j'ai assez insisté sur des caractères dont les nuances sont si délicates qu'on risque de les exagérer en voulant seulement les faire apercevoir.
Après tout, si l'imagination poétique se donne carrière dans le détail, elle est maîtrisée quant aux masses et aux grands traits de l'épopée divine. Le problème de la transformation des mythes, ou plutôt de leur première et antique exégèse, a été résolu par l'établissement du royaume divin de la famille olympienne. Zeus, père des Vieux et des hommes^ fils de Kronos et régnant après lui, frère de Poséidon et de Aîdès, qui gouvernent, l'un l'élément humide et l'autre les profondeurs hypogées, Zeus, pasteur des peuples, très haut et très excellent patriarche de l'univers, Dieu du tonnerre et de la pluie, Dieu du Bon et du Juste, Dieu des prières, de l'hospitalité, du foyer et des saintes clôtures, réside sur le mont Olympe et soumet sa famille et le monde à sa volonté souveraine, elle-même conforme à Tordre de ce qui doit