‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 181 sur 291 · LES ËIDOLA ET LA PERMANENCE INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

LES ËIDOLA ET LA PERMANENCE INDIVIDUELLE

les &LGfûk2y traduisons fantômes^ images, encore doués de mémoire et de prévision, recevant des impressions^ éprouvant des passions^ assemblant des idées, sous une enveloppe subtile, une impalpable nuée^ une ombrey support réel, quoique insuffisant, d*un reste mal défini de vie organique. Ces images prennent même encore quelque nourriture dans THadès, et elles y jouissent d'une paix, d'une satisfaction relative, à laquelle elles aspirent vivement, lorsque, sorties de corps auxquels les derniers devoirs n'ont pas été rendus par les survivants» elles errent aux abords de la sombre demeure. On a traité trop légèrement cette croyance religieuse, qui, tout en laissant à la vie actuelle et passagère de grands privilèges, donne pourtant satisfaction au principe de la conservation de la personnalité, garde certains organes en relation avec les phénomènes spirituels, et accorde avant tout Timmortalité naturelle aux attributs de Tordre mental.

Je remarque aussi avec intérêt que ce mot erSoiXov, par lequel se caractérise le mâne, est ou le même, ou le même à peu près que ceux que Démocrite et Platon, en des sens peut-être moins différents qu'on ne croit, ont consacrés à nommer ce que nous nommons encore après eux des idéesy et qui pour eux étaient des êtres réels. Cela se comprend. L'erScoXov exprime pour Homère la qualité d'être vu, c'est-à-dire l'image. L'image, c'est l'idée vue objectivement, que l'on sait avoir été identifiée avec la pensée elle-même par la doctrine aisée et indélébile du sensationnisme. La spéculation fait passer le philosophe de l'image, ou idée objective, à l'image ou idée en soi et pour soi, ce qui nous mène aux idoles de Démocrite et aux idées de Platon ; en sorte qu'une racine de l'idéalisme objectif peut être assignée sans exagération dans ce concept homérique : la pensée conservée dans la mort^ avec l'appui de Vimage de ce qui eut vie. Le mâne du mort est Vidée du vivant.

Quoi qu'il en soit, l'erSwXov, dont la cxti^ ou ombre est une autre désignation, renferme un principe de pensée : la ^u^iQ [souffle, spirituSy anima, esprit, âme). L'élément physique de la psychologie homérique est une forme sensible qui subsiste de l'organisme détruit ; et avec cette forme, une existence intellectuelle et morale se perpétue, comme le prouvent les pensées, les passions et les discours que le poète prête aux ombres, après qu'elles ont bu le sang des victimes offertes aux morts. Les critiques et les philologues se trompent certainement, quand ils attribuent à Homère l'opinion de l'anéantissement du principe intellectuel et moral de l'homme. Les épithètes données aux mânes, et qu'on voudait entendre métaphoriquement, doivent se prendre au sens le plus matériel'; elles ne signifient pas que le mort est dénué de passion ou de connaissance, elles signifient que son corps manque de cœur, d'entrailles et de solidité

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