‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 186 sur 291 · ARISTOCRATIE ET DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

ARISTOCRATIE ET DÉMOCRATIE

quelqu'une de ces spéculations historiques sans base, où Ton se plaît à confondre les Pélasges, les Étrusques, les Égyptiens, les Assyriens, et que sais-je encore; mais, laissant aux divers peuples leurs origines inconnues, et ne dépassant pas leurs relations avérées, à poser en fait l'existence très ancienne d'une tendance aux constitutions aristocratiques et quelquefois sacerdotales, chez plusieurs des races de la Grèce et de l'Italie.

Il est toutefois juste, et il est important d'ajouter que, jusque dans ces efforts des nations occidentales pour fixer leur état social, on sent quelque chose que TOrient n'a pas connu, on sent des hommes dont la réflexion travaille et qui cherchent, dans un champ d'expériences variées, à modeler la société d'après la science, et non suivant une révélation primitive immuable. Les Étrusques même, avec leurs fédérations de cités, cause d'affaiblissement et germe de ruine, mais principe de liberté, avec leurs nobles qui se nommentdes roisy et qui paraissent avoir jeté ce nom de roi [rex) dans la circulation des langues, avec leurs prêtres plutôt savants dans la connaissance des temps et l'interprétation des signes divins que dépositaires d'une morale révélée et maîtres des moyens de salut, les Étrusques n'ont connu ni des castes proprement dites, c'est-à-dire infranchissables et consacrées religieusement, ni ce qu'on peut appeler des dogmes, car les mythologies et la science des rites n'en sont pas, ni la séparation du sacer* doce et de l'État^ qui fait la puissance durable des théocraties. Il parait «de la nature des grandes créations dogmatiques de laisser quelque chose au moins dans la mémoire des hommes, après qu'elles ont disparu; et je ne vois point quelles doctrines de ce genre on pourrait supposer ici qui auraient été effacées de la tradition. Rome, héritière directe de TÉtrurie, n'a point eu à en recevoir d'elle et n'a point eu à les rejeter (1).

Nous savons comment, nonobstant l'esprit aristocratique de plusieurs des races helléniques, l'esprit de la Grèce légua au genre humain les produits inappréciables de sa liberté. En Italie, la marche

des choses fut définitivement la même. Rome s'assimila lentement

mais sûrement les cités italiennes; elle y fit triompher partout les

(1) Toutes les inductions tirées de Thistoire des premiers siècles de Rome me portent à regarder la scieace et les offices du sacerdoce, lesquels cousistalent principalement eu secrets et en recettes, comme des privilèges, établis de fait, sans doute, mais contestables en droit par les plébéiens aux patriciens, parce que ceux-ci ne les foudaient pas sur la surhumanité complète de leurs familles. Les Romains des premiers temps n'auraient grandement différé des Étrusques, si je ne me trompe, qu'en ce que la plèbe de Rome fut plus entreprenante, son aristocratie moins exclusive et d'aillenrs plus imparfaitement organisée. En un mot, je crois à une différence de degré plutôt que de nature.

Page 1