‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 193 sur 291 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

De quelques autres peuples aryens : Germains» Celtes, etc.

Les autres peuples d'origine aryenne, dont il me reste à parler brièvement, ne connurent que trop, en un sens, la religion défmie dans le chapitre précédent. Ils la connurent par le côté de Thorreur et de la terreur sacrées, beaucoup moins par celui de l'obligation morale et des devoirs sociaux. Les Celtes et les Germains nous rappellent les Grecs par un esprit de liberté, plus indisciplinée encore; mais le débordement des passions de la guerre n*est point limité chez eux par Tidée souveraine de Tordre. Le droit, dont on les dirait pénétrés, n'est que l'indépendance farouche; et la force, dont letalage les éblouit, leur cache la justice. Aussi la notion de l'État leur est étrangère : les Celtes, influençables et imitateurs, y arrivent par leur contact avec les peuples organisés du midi ; mais les Germains y restent rebelles jusqu'aux jours tardifs où la civilisation leur est apportée avec l'extermination conquérante et la religion forcée. Le péché commun de ces races est le culte de la violence, idéalisée par le courage : tout appartient aux braves; tout est beau, tout est légitime pour quiconque met sa vie au hasard en menaçant la vie ou les biens d'autrui. Ce sont les maximes reçues. D'ailleurs, on fait aux Dieux leur part de jouissance dans la destruction accomplie : grands sacrifices d'hommes et de choses après les batailles gagnées. On apaise leur colère par les mêmes moyens. Eux-mêmes, on se les peint livrés à des combats sans fin et sans moralité, et la prolongation d'existence qu'on rêve pour soi n'est qu'un autre et encore plus libre déploiement des luttes sauvages où Ton s'est complu pendant la vie.

Toute la mythologie germanique, aussi bien que l'histoire, fait foi de ce caractère de la race, caractère acquis, mais profond, et qui faillit rester indestructible. Sous l'influence de cette disposition pivotale, les plus anciens et les plus grands Dieux, quels que fussent les concepts qui les avaient engendrés, convergèrent vers une seule et même figure, celle de la force indomptable. Ainsi, Wuotan (l'Odin des Scandinaves) est d'abord l'esprit, le souffle ; de là, le vent, la tempête ; enfin,

Page 1