‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 194 sur 291 · CARACTÉRISTIQUE DES GERMAINS; LEUR MYTHOLOGIE · texte numérisé non relu

CARACTÉRISTIQUE DES GERMAINS; LEUR MYTHOLOGIE

le Dieu des batailles. L'anthropomorphisme établit, il est vrai, ce dieu sur un trône d'or, dans le Walhalla; ses attributs se multiplient, et ses métamorphoses autorisent des assimilations diverses; mais il est et demeure avant tout, pour l'imagination populaire, le chasseur sauvage qui mène sa meute à travers les nuées orageuses. Donar (Thorr des Scandinaves) descend d'Indra, rappelle Zeus, ensuite n'est plus que le Tonnerre, et fléchit encore en devenant une espèce d'Hercule aux absurdes prouesses. Zio (Tyr des Scandinaves) est, selon l'étymologie, le ciel lumineux^ Dios, mais, par le fait, un nouveau Dieu de la guerre, et encore plus spécial que les premiers, une personnification nationale des Deutsche. (C'est ce Tuisto nommé par Tacite, et dont le fils Mannus rappelle curieusement le patriarche aryen Manou.)

Cependant la guerre n'est pas tout pour la nation la plus belliqueuse du monde : il faut élever des enfants pour la faire, et par conséquent il faut diviniser aussi la paix, le mariage, la fécondité de l'homme, celle de la terre. Le Dieu Fro (le Libre, le Maître) répond à cette idée et possède les attributs solaires et phalliques communs aux divinités analogues de tant de peuples. Après cela, la création mythologique se donne carrière en une multitude de personnages, Dieux et Déesses, dont les aventures symbolisent les puissances cosmiques ou terrestres, la force virile, le charme féminin^ les passions^ la destinée. On y remarque un mélange de brutalité et de grâce, de sentiment et de bravades, même des traits de raffinement et de mélancolie qui tranchent sur la grossièreté la plus énorme ; rien de l'esprit de composition et de généralisation de la Grèce, rien de la sagesse latine, mais un entassement de puérilités, imaginations sans profondeur, tantôt douces, tantôt terribles, presque toujours immorales, d'où nous sont venus les contes de fées, de nains et de géants (1).

Sans doute, nous ne connaissons de tout cela que la décadence, mais cette décadence même, qu'on doit supposer, est bien différente de celle de la mythologie grecque et romaine : dans la première, l'imagination suit son cours déréglé, et dans la seconde, la raison l'interrompt ou le détourne. Si je les compare au Grec et au Romain, qui pensent, qui construisent par la pensée le cosmos et l'ordre de la cité, le Celte, le Germain me semblent de grands enfants contents

(1) Ce n*est pas qu*on ne trouve aussi, dans les mythes qui nous sont parvenus, des traces de croyances plus élevées, eschatologiques par exemple. Mais pour en tirer parti, en les démêlant et les interprétant péniblement au milieu du fatras, produit d*une imagination très désordonnée, il faudrait avoir des dates fixes, antérieures à l'introduction du christianisme chez ces penpic?, et elles nous manquent.

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