CARACTÉRISTIQUE DES CELTES ; LEUR MYTHOLOGIE
personnes (1). De Rome enfin, c'est-à-dire de TEmpire, ils ont aussitôt goûté la savante administration et le droit puissamment formulé, au point de se poser les continuateurs et, au besoin, les suppléants des derniers Romains. C'est en effet ce qu'ils sont devenus, et, parmi les modernes, le principe de l'État fort les a eus longtemps pour représentants.
Mais, pour tout dire et nous rendre justice, il faut ajouter que les Celtes, doués d'une intelligence vive et prompte, non d'une imagination ardente et de passions absorbantes, non d'un caractère entier et tenace, conservent plus que d'autres la liberté du jugement. Ils savent même se juger eux-mêmes. Ils ont Tesprit ouvert, accessible, large, comme ils disent. L'ironie et le doute leur sont familiers sur les choses où vous croiriez que Thabitude et le respect les tiennent le plus. De là une raison pratique remarquable, qui leur permet souvent de se dégager des théories acceptées et de leurs propres opinions ; de là une sympathie réelle pour ce qui n'est pas eux, et une aptitude à retrouver partout le fond de la nature humaine et à s'y accommoder ; de là une supériorité telle sur le convenu et les traditions, que, les premiers dans le monde, émules des Anglo-Saxons et voulant d'un bond les surpasser, ils ont essayé de fonder les rapports sociaux sur la raison pure, inspirée par la fraternité. Mais ne nous déguisons pas une triste vérité ; profitons plutôt à la reconnaître. Notre race est sujette à dédaigner^ puis à violer la justice, en faveur d'une morale prétendue, qu'elle nomme la grande^ et qui n'est que la raison d'État. Et quand elle a fait un effort vain pour tirer de l'injuste le juste^ et de la violence la paix, elle retombe épuisée sous le joug de la coutume et s'empresse de relever les anciennes disciplines.
J'ai jusqu'ici considéré le développement mythologique et religieux de différents peuples comme original, en grande partie, alors même qu'une source commune existe pour eux. La preuve définitive de ce fait résultera, je l'espère, de l'ensemble du tableau que je trace. Les anciens Celtes eux-mêmes me paraissent avoir fait leur œuvre propre du druidisme, quelle qu'en soit l'origine. Pourtant, si une nation a dû se laisser induire à de formels emprunts, et considérables, à quelque autre, ce sera celle qui a le plus parcouru le monde après l'époque de son établissement, et qui, ouverteau commerce sémitique dès la haute antiquité, s'est toujours distinguée par sa facilité à subir toutes les influences. Telle est la nation celtique, et quand les principales divinités qui ont eu son culte portent des noms et un caractère étrangers aux sources aryennes, on se sent très porté à se prononcer. Mais ceci ne veut pas dire qu'il soit aisé d'établir des rapprochements sûrs entre des mythes, encore moins entre de simples noms, également
(1) Cœsar, De bello Gallico, Yl, 13.