‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 2 sur 291 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

ginos asiatiques des races aryeanes viendraient à être révolutionnées par certaine critique nouvelle qui change le sens des émigrations et prétend les conduire d'Occident en Orient, dans ce cas extrême^ ma géographie, ma chronologie, mon histoire auraient à être amendées en bien des points que je n ai pu éviter de fixer, pour n'être pas dans le vague de l'espace et du temps, mais je crois que ma philosophie de l'histoire subsisterait tout entière. Les découvertes chaldéennes ne pouvaient, à plus forte raison, porter aucune atteinte à mes idées principales. Mais elles m'ont fourni un sujet de plus, de grand intérét) à mettre en rapport et en accord avec ceux dont j^avais traité sans le connaître.

Il convient que j'insiste sur ma totale absence de prétentions personnelles touchant les sujets spéciaux d'étude accessoires à la philosophie. Tout ce qui est érudition dans mon livre est matière d'emprunt. Je tâche de ne puiser qu'aux bonnes sources, et je laisse le mérite, s'il y en a, à qui veut le prendre. Je ne cite mes références que là où je les crois utiles pour rinformation du lecteur. Autrement, mon livre aurait changé de nature et comporté un immense développement. Soit qu'il s'agisse de religions, soit qu'il s'agisse de systèmes de philosophie, lorsque ceux-ci me viennent dans le cours de ma revue générale des idées humaines, je n'écris nullement l'histoire. Je relève les doctrines des philosophes et les croyances des peuples; j'étudie leurs liaisons et leurs suites dans ce qu'elles ont d'essentiel, pour les discuter, les mettre à leur place dans la vie et dans la pensée de l'humanité, et faire sortir d'un tableau général les inductions qui peuvent paraître les plus justifiées sur les origines et sur les destinées. La vérité philosophique elle-même, proprement dite, est partout impliquée pour moi dans les jugements que je porte et dans les conséquences que je tire. Je n'aurais pas compris qu'il pût en être autrement.

Voilà ce que j'entends par la philosophie de l'histoire. Les idées des hommes, sous la double forme, foi et systèmes, sont les matériaux historiques de cette philosophie qui embrasse l'histoire de la philosophie et, si je l'ose dire, la philosophie de la philosophie avec celle de la religion. Les faits n'y entrent que pour la donnée empirique des temps, pour la succession des civilisations et des Etats, à mettre en

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rapport avec les stations et les révolutions de l'esprit. Hors de là, le fait n est que l'accident, pour lequel il ne peut y avoir de philosophie. C'est parce que je n'essaie pas de composer avec les faits groupés imaginairement une série de termes à aboutissement forcé que ma philosophie analytique de this^ toire ne ressemble pas à ce qui s'écrit le plus souvent sous le nom de philosophie de rhisioire, et quelquefois aujour'd'hui de sociologie. Le plan de travail que je me suis fait ainsi ne pouvait convenir à aucun philosophe attaché à l'un des dogmatismes qui se disputent le terrain des idées avec Tambition A^ organiser y comme chacun dit, les uns religieusement , les autres scientifiquement, toute connaissance et toute croyance. Seul, le criticisme, qui est une philosophie de la croyance rationnelle, se place au point de vue qui permet de classer et de juger les produits de l'intelligence et de la passion de l'homme appliqués dans le cours des siècles à pénétrer la vérité que fuit la certitude, afin de régler sa vie, de créer ses institutions, et de préparer ses fastes futurs conformément à ce qu'il pense et à ce quil croit ou espère de lui-même et de Tordre du monde.

Perpignan^ 15 mai 1896.

A LA

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