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BERCEAU DES RACES SÉMITIQUES : DOCUMENT ÉLOHISTE

lonnées jusqu'au passage de TËuphrate par les tribus en mouvement : Réhou, Saroug, Nahor. Harran, frère d'Abram, porte encore un nom de ville, comme Nahor son autre frère et Nahor son aïeul. Dans cette hypothèse, Térach serait le premier Hébreu réel, qui, originaire de Our en Chaldée (Chaldée méridionale» cette fois), aurait pris le chemin de la Palestine, vers le milieu du xx* siècle avant notre ère.

Si, au contraire^ Arpaxad et ses descendants sont des personnes réelles, et j'avoue n'y point voir d'empêchement quand il s'agit d'une race aussi peu mythologisante que celle qui a composé les généalogies de la GenèsBy et surtout les fragments élohistes, la même interprétation subsistera sans difficulté. Il serait d'ailleurs difficile de la combattre. Seulement, nous admettrions que les patriarches antérieurs à Térach ont reçu de l'usage et de la tradition des noms en rapport avec les lieux d'où ils venaient ou qu'ils avaient habités. Cette supposition n'a rien que de naturel, et que nous n'ayons sous les yeux dans nos villages et parmi les individus en quelque sorte transplantés de notre population ouvrière. Il est vrai qu'ici les souvenirs de famille ne se conservent pas si bien, mais ils ne sont pas si nécessaires. La transmission orale, en général, n'a pas non plus la même raison d'être, et Ton se tromperait singulièrement si d'après le peu d'exercice et d'importance de la mémoire collective et traditionnelle des modernes^ ou même des nations de l'antiquité à partir d'un certain moment, on voulait juger des efforts qui furent réellement demandés et obtenus de cette mémoire dans les familles brahmaniques de l'Inde ou dans les familles sémitiques, demeurées mille ans errantes avant de s'établir dans le pays de Kanaan, à une époque où le souvenir était la nation même. Plus tard c'est l'écriture inventée, ou du moins vulgarisée dans une suffisante mesure, qui assume la fonction collective de la parole et en vient à représenter seule la vie générale d'un peuple et, pour ainsi dire, son identité.

Admettre l'existence réelle des termes de la série généalogique descendue de Sem, ce n'est pas se condamner à ne voir dans chacun de ces termes qu'un homme. Dans la société patriarcale, le chef de tribu résume la tribu, et celle-ci n'a d'autre nom que le sien. La postérité qui abrège et simplifie peut mettre ensuite à la place d'une famille, c'est-à-dire d'un clan tout entier, le personnage qui en fut le représentant. Puis, s'il arrive qu'une tribu parente, détachée du tronc à une époque quelconque, s'éloigne de lieu, de temps et de mœurs, en sorte que le souvenir des circonstances de la séparation se perde pour la tribu qui demeure, cette dernière désigne l'autre par le nom du chef qui a conduit la sécession, elle l'identifie avec lui, et enfin, à la faveur de l'oubli, sous l'influence des rivalités ou des passions religieuses, elle compose pour ce chef la légende d'une origine, d'une

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génération plus OU moins subordonnée, illégitime ou honteuse. On s'explique aisément ainsi comment les Béni-Israêl ont pu rattacher même anciennement à leurs propres ancêtres immédiats des tribus déjà considérables, telles que Moabites, Ammonites, Ismaélites, Madianites, Édomites, etc.

Jetons maintenant un coup d'oeil sur la distribution des races sémitiques au temps d'Âbram. Elles étaient refoulées au nord, sous la chaîne du Taurus, par des tribus aryennes ou touraniennes qui devaient rester maîtresses du haut pays. Les régions civilisées de la basse Mésopotamie étaient dominées depuis longtemps par des envahisseurs que Bérose appelle des Mèdes, entre les xxiii« et xxi' siècles, et des Chaldéens entre le xxi* et le xvr, mais qui étaient en tout cas des Aryens ou des Touraniens. Le fond de la population était probablement, comme nous le verrons, de sang sémitique, mais mal vu des nomades monothéistes (1), à cause d'une scission morale déjà anciennement accomplie. Ces circonstances, leur rendant les plaines de TEuphrate doublement étrangères^ durent porter les Hébreux à s'écarter des parties méridionales de cette Mésopotamie qu'ils parcouraient, et dans laquelle ils formaient, quand ils le pouvaient, des établissements^ et à s'étendre au sud-ouest, à gagner la Palestine et les bords de la Méditerranée. Mais, là aussi, la terre se trouvait occupée. Ainsi rapprochées de rÉgypte^ les faibles tribus dont nous parlons lui donnaient au besoin la préférence sur la Babylonie, car la Basse-Egypte était alors au pouvoir des Sémites et gouvernée par les Hac-Sasou ou Rois bergers (Hycsos des historiens grecs). Ces Sasou pouvaient être des Phéniciens, comme certains l'ont cru, des Kananéens, ou, de ces tribus arabiques qui ont occupé de temps immémorial le vaste territoire auquel leurs mœurs sont appropriées, qu'elles occupent encore.

Divers points delà Mésopotamie, et de la Palestine même, étaient habités par des groupes sémitiques dont la religion et les mœurs ne s'éloignaient pas essentiellement de celles des fils de Térach. On peut en juger par plusieurs des antiques traditions abrahamiques, conservées dans la Genèse, notamment par la légende de Saraï et d'Abimélek, roi de Guérar, et par l'épisode de la guerre de la Pentapole, où Ton voit Abram, vainqueur de quelques bandes aryennes, rencontrera Salem une sorte de roi sacrificateur, Malkisédek, prêtre de Hel HGélion (le Fort le Haut), possesseur des deux et de la terre. Mais les mêmes documents prouvent surabondamment que la plupart des groupes sédentaires avaient adopté des cultes et des coutumes que les nomades réprouvaient avec énergie. Les Kananéens, c'est-àdire les Phéniciens, ou diverses tribus de même esprit et de même

(1) Voyez la note \ de la page 407 ci-dessus.

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