VISIONS ET RÉVÉLATIONS DIVINES
d'Ésav (1). Jacob enfouit sous un térébinthe les Élokim étrangers et les bijoux idolâtriques qui se trouvent dans sa maison ; il voue, au lieu dit Beth-Ël [séjour de El)j un culte exclusif au dieu qui Ta sauvé de son frère et qui le protège encore en jetant la terreur d^Elokim sur les habitants de Séchem. Ëlohim s'y révèle de nouveau à lui sous le nom de £1-Schaddaî, lui réitère les promesses faites à Abraham, et monte après lui avoir parlé {Genèse^ xxxv, 1-15).
La personnalité de Jébovah se marque par des traits plus passionnels et plus détaillés. Rappelons d'abord, sans y insister, Tœuvre plastique de la formation de Thomme, de la femme et des animaux, la plantation clu jardin, les promenades, la voix, les entretiens avec Adam, Eve et Ksun, les habits de peau, l'interdiction de Tarbre de la science et l'expulsion de Héden, les motifs jaloux donnés à ces actes, le repentir d'avoir créé, lorsque la race humaine vient à être altérée par les mariages des fils d'Élohim, la porte de l'arche fermée, la complaisance à respirer l'odeur du sacrifice de Noah, la réflexion, la résolution conservatrice qui suivent, enOn la descente pour voir la ville et la tour des Beni-Adam après le déluge et confondre les projets ambitieux des constructeurs de Babel. Le sentiment dominant de toutes ces légendes est l'approbation de la vie pastorale; par contre, la réprobation des œuvres de science, d'art et d'organisation politique, auxquelles se livraient certaines branches de Télohisme. C'est une invariable loi de l'histoire, que le développement de la civilisation entraîne, en même temps que la complication croissante, ou la corruption ou des espèces nouvelles de corruption des rapports des hommes. Le sentiment pessimiste qui peut inspirer de nos jours la thèse d'un J.-J. Rousseau sur l'influence des sciences et des lettres est celui-là même qui, beaucoup mieux justifié, motivait il y a quatre mille ans la condamnation des établissements civils, prononcée par les pasteurs pieux.
Nous venons de voir que la révélation abrahamique et même une révélation noahtiq'ue antérieure appartiennent aux documents élohistes. Cependant la mention expresse de ce qu'on a nommé la vocation d'Abraham, ou de la mission divine qui lui fait quitter sa famille et commencer sa vie errante, une idée plus large, une forme plus universelle des promesses faites aux familles de la terre dans la personne et la race du patriarche (Genèse, xii, 1-3), distinguent le jéhovisme. A part cela, légendes et croyances, des deux côtés, sont parallèles. Jébovah intervient chez Pharaon, au sujet de Saraï» à peu près comme Élohim chez Abimélek. Rébecca et Sara! ont à l'é-
(1) La rédaction de la légende de la première révélatioa ft Beth-EI est du style jéhoviste, et se retrouvera ci-après.