VISIONS ET RÉVÉLATIONS DIVINBS
trangerdes aventures analogues. Les vies d'Abraham et d'Isaac servent de thème à des faits semblables et à des rapports tout pareils avec Abimélek, les uns élohistes, les autres jéhovistes. Si dans un rédt, Hagar, chassée de la maison d'Abraham, entend du ciel la voix d'un envoyé d'Élohim, dans un autre récit, Hagar enceinte et fuyant sa maîtresse voit aussi près du puits du Vivant Voyant un mystérieux £*/ Voyant ou de Vision qui est Jéhovah ou son envoyé. Abraham, dont j'ai cité les visions élohistes, invoque le nom de Jéhovah à Beth-EI (séjour de £1); il y dresse un autel. 11 en élève un autre dans le bocage de Mamré, et plante des arbres au puits du Serment, Beer-Chébah, en l'honneur du même être. Un envoyé de ce dernier lui parle à Jah* véh-iiréh (Jéhovah y pouvoira), retient le couteau levé sur Isaac, et substitue un bélier à la victime demandée par Élohim. Les visions et révélations jéhovistes d*Abraham et de Jacob sont plus développées et plus pittoresques que leurs analogues élohistes, sauf pourtant la lutte de Jacob, mais n'apportent pas de changement grave dans la manière de se représenter la divinité en ses manifestations.
Une légende non moins intéressante que celle de la lutte avec Élohim est la légende de Yéchelle des envoyés. Le curieux mélange qu'on y remarque entre les deux vocabulaires divins montre en quelque sorte leur point de suture et prouve l'identité de l'imagination religieuse sous sa double forme, au moins à dater d'une certaine époque. Jacob, parti de Beer-Chébah pour Haran, se couche en voyage, avec une pierre pour chevet. Il songe, et voit une échelle qui pose sur la terre et monte jusqu'aux cieux. Les envoyés d'Élohim vont et viennent sur les gradins. Jéhovah se tient dessus et dit : c Je suis Jéhovah, Élohim de ton père Abraham, Élohim d'Isaac^ etc. ; je suis avec toi, etc. » Là se répètent les promesses connues, et Jacob dit en se réveillant : « Jéhovah est ici et je l'ignorais. » 11 éprouve la terreur sacrée et dit encore : « C'est la demeure d'Élohim et la porte des cieux. » EnGn il fait ce vœu : t Si Élohim est avec moi, me garde, me nourrit et me ramène, Jéhovah sera mon Élohim » {Genêsey xxviii, 10-22). C'est à Beth-El que la scène se place, aussi bien que la révélation élohiste après le crime des fils de Jacob. Chacun des deux documents rattache à la vision qu'il rapporte l'origine du nom de ce lieu sacré, qui, ainsi revendiqué par les Hébreux des deux cultes, resta pour eux tous également un séjour de l'être S
suprême, jusqu'au temps de l'édification du temple à Jérusalem, j
Deux visions jéhovistes d'Abraham, dont l'une se développe en se liant à la légende de Sodome, achèveront de nous instruire de la religion sémitique dans l'étal patriarcal. La première porte avec elle la preuve intrinsèque d'une composition postérieure à l'Exode, puisque
LE CULTE PRTMtTIP : LE HAUT LIEU, L' ARBRE, LA STÈLE 475
les quatre siècles de durée de l'asservissement en Egypte y sont prophétisés. Mais la situation de Tâme religieuse y est peinte en traits frappants dont quelques-uns ont un caractère indépendant du temps. Abraham converse en songe avec Jéhovah, qui lui promet protection, récompense et un héritier sorti de ses entrailles. Jéhovah le fait sortir et lui montre les étoiles du ciel, innombrables comme la postérité promise. Abraham croit, et le croire lui est compté à droiture (réflexion dogmatique et que Ton jugea difficilement primitive). Néanmoins il demande un signe de la vérité. Alors, à Tissue d'un sacriGce étrange, une vision nouvelle et plus imposante se produit. Le sommeil et la terreur envahissent l'âme du patriarche, au soleil couchant, pendant qu'il chasse les oiseaux de proie abattus sur les cadavres qu'il a faits ; une voix intérieure lui révèle l'avenir du peuple hébreu; un four fume dans les ténèbres; un brandon de feutra* verse les membres épars des animaux sacrifiés {Genèse, xvi, 1-17).
La l^encje de Sodome, précédée de Tapparition de trois hommes divins à Abraham et à Sara! dans le bocage de Mamré, est remarquable par le mélange naïf d*un anthropomorphisme on ne peut plus accusé et de cette espèce d'indétermination si naturelle dans les phénomènes de vision religieuse, où celui qui les éprouve ne saurait fixer toujours exactement ses idées, à moins de sortir de son état par la réflexion, ni celui qui les raconte ne sent le besoin de faire ce travail, tant qu'il est avant tout croyant, et que son impression Toccupe tout entier. Trois hommes reçoivent l'hospitalité de la tente ; ils parlent au pluriel, ils parlent au singulier; puis c'est Jéhovah qui converse avec Abraham et avec Sara. Abraham accompagne les hommes se dirigeant vers Sodorae et se tient, dit le texte, devant Jéhovah, qui vient de descendre pour s'assurer du fondement de la clameur arrivée jusqu'à lui au sujet des villes impies. Là se place le dialogue célèbre àeadnqtuinie justes, entre Jéhovàhei Abraham. Puis ils se retirenttous deux, et la légende de Lot et de la pluie de feu commence par la mention de l'arrivée des deux envoyés à la porte de Sodome {Genèse y xvni entier et xix, 1). Nulle analyse psychologique ne vaudrait la lecture attentive de ce chapitre pour faire sentir l'état de croyance forte, arrêtée^ confuse pourtant, dans lequel vivaient les auteurs de ces récits légendaires, ainsi que le genre des représentations divines qui frappaient leurs âmes.
La communauté de nature de l'homme et de la divinité est un principe essentiel des religions antiques, admis d'autant plus naïvement qu'on se rapproche de l'état primitif dans chaque série religieuse. Chez les Chinois, et sous cette forme de croyance qu'on a quelquefois nommée le chamanismcy ce sont des Esprits moteurs ou anima-