ASTAROTH ET ADONAÏ
la Phénicie avait opéré une heureuse transformation du concept sémitique commun, le Bel céleste, BaaI-Ghammon, qui parait en être la [^0 racine. Ceci d'ailleurs n'empêcha point le culte ancien d'exister et de
se perpétuer, sous les noms de Baal ou de Molooh, dans les villes et colonies phéniciennes, et cela jusqu*aux derniers temps de Garthage, ^i ; ■ ; . > relevée sous les empereurs romains.
^ r ^ Une autre production mythique, ou, à parler plus exactement,
|^^; symbolique, appartient principalement aux Sémites des rivages et des
iles de la Méditerranée, dès la haute antiquité, quoique certains dieux solaires chaldéo-babyloniens en offrent aussi des exemples : je veux parler d'Adonis et d'Astarté, de leur culte, répandu plus tard en Grèce et dans le monde romain. La religion d'Attys et de Gybèle, analogue à celle-ci, se trouve anciennement dans une autre partie de l'Asie occidentale, chez les Aryens de Phrygie, sans doute fort mêlés d'éléments sémitiques. L'Egypte, à dater d'une époque difficile à fixer, développe dans le même sens la donnée symbolique d'Osiris et dlsis. Que cette double personnification divine descende en Asie des vieilles ' divinités de Babylone, Bel et Mylitta, c'est possible; en tous cas, elle s'inspire du même esprit, c'est-à-dire de cette imagination qui cherche dans le monde une puissance fécondante, un développement dans une matrice, et un rapport entre ces deux principes. L'idée babylonienne était peut-être la plus simple et la plus grossière, de même que la plus ancienne, le travail sacerdotal ne s'y étant que médiocrement appliqué, ou s'étant frayé d'autres voies, sous l'influence «les cultes planétaires. La Phrygie et la Phénicie, moins pénétrées par la spéculation astrologique, s'appliquèrent au vieux symbole, et ces races moins courbées lui donnèrent une forme plus dégagée* plus riante, celle-là même que les Grecs empruntèrent et qui fut déshonorée par les folies orgiastiques des prêtres de la Grande Déesse. L'Egypte, enfin, dont la religion nous a paru assez peu mythologique de sa nature, dut composer son mythe d'Osiris à l'imitation des Phéniciens : j'entends le mythe développé, l'histoire du Dieu démembré et réparé. Les symboles solaires sont spontanés dans une contrée où le culte du soleil est de toute antiquité. D'ailleurs l'importance de ce culte, la grandeur du personnage d'Osiris, ses incarnations, le dogme de l'immortalité donnèrent à l'ensemble de la construction égyptienne une profondeur et une portée que n'avaient peut-être pas les cultes d'Attys et d'Adonis.
Je n'ai point à m'arrêler à des mythes connus et dont le menu détail est dénué d'intérêt philosophique. Le fond commun qui les porte est un Dieu jeune et beau, né au printemps, mort à l'automne de quelque blessure, ou poursuivi par un ennemi. Une Déesse, amante, épouse, sœur ou mère du Dieu, pleure sa perle. Il ressuscite^
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et son existence se partage entre deux sphères dont Tune est le règne de la vie, l'autre le règne de la mort. On sait quelles fêtes touchantes ou brillantes symbolisèrent dans le culte cette simple histoire qui, diversifiée de mille manières, elle-même symbolisait les périodes d*ascension et de déclin, de gestation et de naissance du soleil, de la nature et de la végétation.
L'idée de la Grande Déesse, substance permanente du monde, semble Tavoir emporté, dans cet ordre de concepts, sur Tidée du principe générateur, ardent mais périodiquement éteint, et représenté souvent avec peu de gravité. Les Astaroth et les Gybèle, puissances tantôt célestes^ tantôt tetluriques ou lunaires, tantôt encore mises en rapport avec la vaste matrice humide de la Mer, comme TAphroditè de Cypre, ont un caractère universel devant lequel pâlissent leurs amants/ Elles font plus, elles effacent ceux-ci tout à fait en prenant des attributs hermaphrodites, ainsi que le démontrent la tradition et d'anciens monuments. Mais un fait inverse se produit aussi, et nous apporte une instruction curieuse de la marche des esprits et de la confusion naturelle à ces sortes d'imaginations. Le Seigneur sémitique Adonaî, et le vieux Père des montagnes phrygiennes, le pasteur des astres, Attys, non seulement subissent la castration symbolique familière à certaines cosmogonies, mais tendent souvent à s'efléminer et deviennent hermaphrodites. Cependant le caractère mâle des Déesses dominatrices s accuse mieux et plus anciennement que le caractère ambi^ni des Dieux subordonnés. Il est clair que ces religions ont monstrueusement virilisé le concept de la Mère, pour le rendre plus propre à exprimer l'unité de la puissance génératrice par soi, selon leurs idées. En conséquence, elles ont dû féminiser pour l'imagination le concept du générateur et de l'amant. L'hermaphroHitIsme et la castration qui le simule en quelque manière se sont présentés alors en gui»«e de synthèse, et l'on peut croire que le mélange et l'interversion symbolique des sexes ont favorisé et paru justifier Tinfamie des mœurs et la révoltante obscénité des prêtres eunuques.
Si je comprends bien le principe et la pente de dégradation de ces concepts asiatiques, il faut dire que le culte du pur élément féminin n'y a point la réalité qu'indiquent les apparences; et rien ne serait plus contraire aux tendances que nous leur savons Mais Tidée de la maternité, sous sa forme la plus grossière, ayant pris possession de l'esprit spéculatif, on se forgea une sorte de mère-mâle, de Gybèle barbue, d Astarté phallophore. Il y en a des monuments. La divinité fécondante, à la concevoir séparément, n'avait pu dabord être que virile, et le primitif Adunaî n'était certainement point un efféminé. Ainsi la femme, au fond, était absente des imaginations reli-
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