‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 251 sur 291 · DÉTERMINATION ASTROLOGIQUE DES DIEUX · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION ASTROLOGIQUE DES DIEUX

gieuses où elle semble avoir le plus régné. Les Phéniciens, et les Grecs après eux, ne purent introduire l'élément gracieux et doux qu'en transformant le caractère d Adonis, la majesté de la Grande Déesse ayant sans doute paru plus immodiûable à cause de son titre antique de matrice universelle. Alors se composèrent des mythes et s'instituèrent des fêtes qui désarment en partie la critique; mais en même temps le principe corrupteur fut en évidence, et on en vit les fhiits.

Cet Adonis et cette Àstarté, devenus à la fin des personnages d'une fiction mythologique assez particulière, avaient eu d*abord des rôles souverains conformes aux procédés de Tesprit des Sémites. On ne peut douter que le premier n'ait commencé par être le Seigneur par excellence et le Maître unique. L*autre s'éloigna moins de Tidéc originaire, puisque Astarté, aussi bien que les autres noms des Grandes Déesses, couvrit toujours un symbole de la nature, mère de la vie, de cette nature qui n'est elle-même qu'un symbole aux yeux du philosophe. Et pourtant lorsque les prêtres astrologues particularisèrent Astarté, comme Mylitta, comme Baalthis, en l'identifiant avec la planète Vénus, ils la firent évidemment descendre du haut rang et du concept d'universalité qu'elle avait occupé. Cette déesse avait probablement représenté à l'origine un Tsébaoth femelle, l'essence céleste envisagée dans la production de l'armée des étoiles. Le nom d'Aslaroth paraît même n'avoir pas d'autre signification. Mais le mélange des nations et des idées, la tendance populaire à particulariser les cultes, les causes diverses du polythéisme sémitique aboutirent selon les lieux et les temps à une détermination planétaire, lunaire ou tellurique de la mère des astres.

Les noms divins de ces corps sont des noms sémitiques. Le premier de tous est Bel (ou peut-être £1?) Il aurait été affecté à la plus éloignée, à la moins visible des cinq planètes alors connues, à celle-là même que nous appelons Saturne^ si nous en croyons l'assimilation que les Grecs firent de Kronos à Bel, les Latins de Saturne à Kronos, et l'attribution de ces derniers noms à la planète par les astrologues. Des idées d'antiquité, de priorité et de suprématie se seraient ainsi liées à l'adoration de la planète reculée, au point de paraître usurper .en sa faveur ce rang de cause primitive et souveraine qui semblerait plutôt con* venir au Soleil, suivant la tendance commune des autres peuples. Mais il y a lieu de croire que les étrangers confondirent quelquefois des noms sémitiques, de significations différentes, et d'une autre part, les cultes de la Babylonie et de la Chaldée ont certainement varié selon les localités et les temps. Tels cultes primitivement solaires, par exemple, sont devenus planétaires au moment où le système astrolâtrique s'est

DÉTERMINATION ASTtlOtOGIQUE DES DIEUX 499

constitué. Quoiqu'il en soit, il résulte aujourd'hui des documents originaux, que Bel-Merodach (ou Mardouk) a été mis en correspondance avec la planète Jupiter, et non point avec la planète Saturne, dans la relif^ion babylonienne, et que cette dernière planète a correspondu à une divinité, Âdar, ou Samdan, dont le rôle est analogue à celui du Melcarth phénicien (1).

Cette partie de la religion babylonienne, — et assyrienne aussi — constitue au fond ce qu'on a coutume d'appeler le sabéisme et qu'on attribue aux c mages de la Chaldée i». Remarquons encore une fois que ces mages sont plutôt des membres d'un sacerdoce sémitique, qui doit être distingué à la fois des sorciers chaldéens de race touranienne auxquels ils s'allièrent en les subordonnant et des prêtres mazdéens (de race aryenne) qui ne datent, à Babyione, que de la conquête persane. Quant au nom de saàéisme. il est justifié par un radical sémitique, le même que celui du tsébaoth de la Bible, qui exprime comme le cosmos des Grecs, une idée de bel assemblage, particulièrement dans le spectacle du ciel étoile.

La fameuse tour aux huit étages superposés (soubassement compris) qu'Hérodote vit encore à Babyione était consacrée aux sept dieux planétaires. Plusieurs villes de la Chaldée et de la Babylonie avaient construit de semblables pyramides : conception architecturale dont Texécution, commencée quelque part et laissée inachevée, dût être le fondement de la légende de \9i confusion des langues^ appliquée par les Hébreux à la constr ction impie de la tour de BaheL J/O monument que vit Hérodote portait, à son assise la plus élevée, un temple, et, dans ce temple, il y avait une table et un lit, sans aucune statue.

Était-ce un dieu sans forme qui se révélait dans ce lieu, et pouvait y féconder une mortelle [^l) ? était-ce le principe suprême de la lumière créatrice, un rappel de la plus ancienne idée sémitique et du souverain générateur autrefois cherché et adoré sur les hauts lieux? Ou plutôt la statue de Zeus-Bélos (ainsi le nomme Hérodote), à qui Tédifice était surtout consacré, se voyait elle dans Tenceinte intérieure et manquait-elle au sommet, parce que là siégeait invisiblement le dieu lui-même?

On a de la peine à comprendre que l'anthropomorphisme se soit concilié avec l'assimilation des dieux aux étoiles Mais il n*est pas moins étonnant, aux yeux de qui veut assez y réfléchir, qu'il se soit joint à tel ou tel phénomène naturel, ou à telle idée abstraite, ou à la notion de la puissance inflnie, ou à rinûni, et à l'Absolu mêmes. Cette étrangeté ei^t commune à presque toutes les religions, se trouve

(1) Voyez plus loia (cbap. zzix) d'antroB détails sur les dieux planétaires et en générai sur les dieux dialdéo-babylonieDs et sur leurs origines.

(2) Hérodote, i, 181 et suivants.

Page 1