‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 276 sur 291 · RÉCAPITULATION. ÉTAT ACTUEL DES DIVERS PROCÉDÉS · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION. ÉTAT ACTUEL DES DIVERS PROCÉDÉS

tant qu'homme idéal sont deux conceptions qui se rejoignent en partant de points différents^ et qui épuisent tout ce qu'on sait du divin, métaphysique à part. Mais il y a les questions de l'unité de Dieu et du gouvernement du monde.

La pneumatologie n'est pas aussi abandonnée qu'on le pourrait croire, car sans parler des superstitions, de celles des ignorants et de celles de bien d autres qui ne s'estiment pas tels en renouvelant les sciences occultes, il n'est pas très rare de trouver des hommes qui partagent le point de vue de Kepler et du platonisme sur les astres animés. Certaine angélogie ou démonologie appartient au même système de croyances. Le système entier et ses différentes applications trouvent d'autant moins de crédit que la réflexion étend plus son empire et que les méthodes scientifiques gagnent en autorité. En effet, le spiritisme est essentiellement arbitraire dans ses procédés, soit qu'on se forge des êtres de toutes pièces, sans aucun fondement, ou que Ton croie en observer, mais avec des procédés d* observation illusoires; soit qu'on attache des esprits recteurs à des êtres concrets, à des agglomérations de phénomènes dont la personnalité n^est nullement une propriété apparente, et dont les mouvements, la composition, la nature même se révèlent progressivement à la science, et s'expliquent par des lois incompatibles avec les modes d'agir d'une conscience. Or ce^ arbitraire n'est pas excusé par une nécessité de religion, d'autres voies étant ouvertes, et de moins gratuites, de plus générales, pour arriver à concevoir un système intellectuel et moral du monde. L'idée universelle de l'ordre, que la Chine antique a employée pour lier les êtres, sans la déterminer clairement en aucun d'eux, est toujours le grand mystère divin. L'existence et la multiplication des Esprits ne sauraient faire que nous le pénétrions.

Le mode de représentation des dieux par les incarnations et les métempsychoses, tel que l'ancienne Egypte et plus tard l'Inde le comprirent, tient au concept général des âmes plutôt qu'il ne s'offre à nous pour rendre compte des lois causales et finales de l'univers. On peut pourtant le prendre sous ce dernier aspect : alors on imagine la personne ou les personnes divines comme douées du pouvoir de prendre toutes les formes afin d'accomplir toutes les actions et d'exercer toutes les magies. Ce point de vue est loin d'être abandonné aujourd'hui, puisque des millions d'hommes s'y. tiennent et n'en conçoivent pas d'autre. De plus, certains dogmes admis dans la religion des nations les plus rationalisées ont là leurs racines, historiquement peut-être, logiquement tout au moins, quelque épuration qu'elles aient apportée aux formules en repoussant des hérésies. Cependant la raison est contraire à toutes ces idées de métamorphoses, d'unions ou de changements de natures, et de [production de phéno-

588 r]î:gapïtulation. état actuel des divers procédés

mènes, au hasard d'une volonté sans limites. Elle y voit la négation de Tordre, un démenti donné à tout ce que l'observation et Tétude établissent de constant. Le miracle est pour elle une substitution de l'imagination et de ses illusions aux faits véridiques; la magie divine, une démoralisation de la puissance et de Tintelligence par la fantaisie. Ainsi, à mesure que la raison s^étend, il faut que Tessence et l'action de la divinité se généralisent et paraissent de moins en moins localisées dans les phénomènes cosmiques et dans Thistoire.

Le symbolisme a tenu une place considérable dans l'institution des objets du culte. Le concept même du divin n'a souvent porté que sur un symbole. Je crois avoir expliqué ce fait primitif en le rattachant à la nature des signes de la pensée, à l'illusion puissante qui donnait à ces signes un certain être universel, extérieur à Thomme, plus encore une existence personnelle. Le symbolisme est encore aujourd'hui Tàme de cultes très vivaces, qui semblent tout anthropomorphiques, mais que soutient singulièrement l'idée de perfection d'un attribut ou d'un type (par exemple le culte de ïr Sainte Vi^ge). Nous voyons, d'une autre part, des théologiens philosophes nier la réalité externe et le fondement historique de leur religion, en extraire l'essence formelle, poser celle-ci devant eux comme un idéal, réduire ainsi le matériel à un pur symbole, et prétendre néanmoins conserver l'objet de l'adoration et les moyens de la sanctification de l'âme. Tel est le christianisme de Hegel et de son école. On peut aller plus loin, et se faire de parti-pris des symboles qu'on tire des grandes notions intellectuelles et morales, nominalement divinisées, ou môme des grandes existences physiques sanctifiées (exemple les cultes positivistes), Ceiie mythologie artificielle est une source toujours disponible de cultes, auxquels je ne refuserais pas le pouvoir d'être utiles et moralisants, si seulement ils duraient assez pour se rendre sérieux en devenant traditionnels. Mais le même esprit qui les aurait institués ne les amènerait jamais à être devrais cultes de religion. Il leur manquerait toujours de s'adresser à des objets réels, intéressant directement la conduite divine du monde et la destinée immortelle de l'âme. En général, disons qu'autant le symbolisme se montre une méthode religieuse et propre à figurer des dieux, lorsque ni l'inspiration ni la naïveté ne manquent à ses créations, autant il parait froid et sans vertu quand il se connaît lui-même. L'homme qui pose et arrange sciemment des symboles ne voit plus en eux que des signes d'idées abstraites et générales, dont il se sent trop l'auteur, et à Taide desquels il ne saurait parvenir à fixer quelque chose de subsistant par sa vertu propre.

Mais les symboles sont-ils aussi vains que la philosophie et la poésie modernes s'accordent à les faire? Ne se rapportent-ils pas

Page 1