ORIGINE DE LK JUSTICE
une question de mesure dont l'histoire entière de l'humanité n*est que le développement. A posieinori, dans les cas particuliers, les obligations se définissent moins difficilement, encore qu*elles donnent lieu à tous les débats qui font le drame de la vie. Mais enfin les notions d'échange et de réciprocité, la notion positive du devoir coutracté par celui qui a reçu, apportent d'elles-mêmes une grande lumière. Les hommes se sont accordés primitivement, sans aucun doute, à regarder comme obligé celui d'entre eux qui recevait d'un autre, obligé à rendre en peine, en travail quelconque, un effort égal à celui qui avait été fait en sa faveur. De cela seul il résultait que dans la famille^ entre proches parents, là ou l'âge et l'éducation font de l'inférieur un débiteur nécessaire, où des affections naturelles plus vives que les communes sont supposées entre les frères, on admettait des devoirs à la fois plus stricts et plus étendus. Eniin, l'impossibilité de tracer la limite des obligations en général (problème que les hommes des plus anciens temps n'ont certainement pas abordé) n'empêchait pas et peut-être favorisait une conception vague et puissante de la justice. Du seul fait de l'existence d'une sympathie entre des personnes différentes, et de l'idée du juste qui s'y joignait, la conscience se reconnaissait tenue vis-à-vis de la conscience aux deux grands devoirs de l'humanité : la vérité dans les paroles, le service rendu dans les actes. Puis le développement des passions élevait de graves obstacles, la possibilité et le devoir du bien et de la vérité devenaient matière à appréciations, épreuve pour la liberté.
L'observation de l'enfance jette sur ces premières vues une lumière utile. Sans doute c'est l'homme et non l'enfant^ ce sont les passions et les notions de l'homme qu'il faut consulter, quand la question est de se rendre compte des relations d'où se dégagèrent primitivement les idées de réciprocité et de communauté de services reçus et rendus, de devoir et de droit. Ces idées appartiennent à l'homme raisonnable et social, et cependant tout homme a commencé par être enfant, et c'est dans la famille et non dans la société, qui en diffère essentiellement, qu'il a toujours fait ses premiers pas. L'enfant les a donc eues d'abord en puissance seulement, quoiqu'il soit prompt à nous montrer son sentiment du juste quand on lui fait injustice à lui-même (et les meilleurs quand ils sont témoins de l'injustice faite à autrui). Mais ce qu'il nous montre le mieux, c'est le fond passionnel d'où sort le pdcA^ quand la raison, celle d'autrui d'abord, plus tard la sienne, n'en réprime pas la croissance. On voit chez lui une tendance violente à exercer sa volonté irréfléchie, à n'écouter qu'elle, et à prendre les choses et les personnes autour de lui pour de simples instruments de ses appétits. Ce penchant au mal^ cet égoîsme actif ou besoin de se faire des esclaves^ a dû agir chez les premiers hommes dans la