‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 30 sur 291 · ÉLÉMENTS ET PROGRÉS DU PREMIER MAL · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS ET PROGRÉS DU PREMIER MAL

mesure où peut leur être appliquée Tordinaire comparaison que Ton fait d'eux à des enfants (il ne faudrait pas dire ici à des animaux; car Tégoîsme de l'animal ravit, emporte, il ne commande pas, il n'exige pas). Et, de même que réducation de l'enfant, une fois la société formée et développée, a consisté et consiste essentiellement à le conduire ou par la persuasion ou par la crainte, à soumettre sa volonté propre, à lui enseigner la condescendance pour celle d'autrui, à lui apprendre à trouver, sans s'étonner ni se plaindre, des résistances invincibles à faire ce qui lui est défendu; de même l'éducation naturelle de l'homme s'est faite nécessairement par la rencontre des obstacles et l'expérience des conflits, par l'épreuve de la chose impossible et de la chose dangereuse, en présence de la nature et de son semblable. Mais, en même temps, des actions et réactions entre les volontés discordantes a procédé la guerre.

Sur ces données de la nature humaine primitive et de tous les temps, il est aisé de concevoir, en effet, comment les affections bienveillantes ont pu faire place aux mauvais sentiments, l'amour à la haine, la justice à l'injustice, puis les préceptes même du juste aux maximes pernicieuses. Celui qui comptait snr un acte de la part d autrui et à qui cet acte fait défaut, ou qui souffre des suites d'un acte tout contraire, se voit jeté dans un état moral pénible et sujet à de fortes tentations. Se croira-t-il dégagé d'un devoir correspondant, ou encore de tout devoir quelconque à l'égard du délinquant? En viendra-t-il aune indifférence complète, à la renonciation de toute espèce de communauté, ce qui est rarement possible? Voudra-t-il rendre le mal pour le mal? et sera-ce précisément ce qu'il a reçu, ou plus encore? Se fera-t-il, de cette nouvelle et déplorable justice à rendre, une nécessité, un devoir, un orgueil, un plaisir? Ira-t-il dans son égarement jusqu'à punir qui ne l'a point offensé, et sera-t-il injuste envers celui-ci parce que celui-là fut injuste envers lui? Combien d'états et de degrés à marquer entre une conscience qui oppose noblement le bien au mal et une autre qui exulte dans la vengeance ou, bouleversée encore plus profondément, veut que l'humanité entière lui réponde de l'acte d'un seul ! Ils sont tous ouverts à la passion, dans rhistoire de la justice et de la liberté.

Ce n'est pas tout. Le même homme que le refus de ce qui lui est dû jette facilement hors de lui-même est sujet, sur ce qu'il doit de son côté^ à se faire les plus grandes illusions, d'abord à demi volontaires, ensuite naturelles par l'effet de l'habitude. Ce phénomène passionnel tient à un usage insuffisant de la réflexion et à l'empire des appétits dont les moyens de satisfaction s'évanouiraient parla reconnaissance de la dette. Au contraire, quand ces moyens sont aperçus

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