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ÉLÉMENTS ET PROGRÈS DU PREMIER MAL

dans la conduite d'autrui, la même cause produit un phénomène inverse, et cet homme s'exagère ce qu'on lui doit. Enfin, en supposant la notion du devoir la plus nette et la plus exacte possible dans l'application, il arrivera que, suspendu entre son bien et le bien d'un autre, cet homme manquera à la justice dans un cas de peu d'importance, à ce qu'il croit, puis dans un second cas, ensuite dans un plus grave. L'habitude ira se formant. En même temps, la nature morale exigeant toujours un certain accord entre la conduite et les maximes, cet accord qui n'existe plus se rétablira artificiellement ; la volonté, au service de certaines passions, se fera des lois de fantaisie ; les maximes se régleront sur la vie et non plus la vie sur le précepte, et l'intelligence même la moins cultivée ne manquera pas de trouver des sophismes de justification. A ce moment la nature est pervertie.

On voit, si je ne me trompe, comment l'origine et les progrès du mal sont possibles dans Thomme et comment ils se sont faits. Les moralistes n'ignorent aucune des vérités que je me suis cru forcé de rappeler. Mais le peu de sincérité de leur foi en la liberté^ ou la rigueur avec laquelle ils l'ont opposée au règne entier des passions, ou le prestige antique de l'absolu et des miracles, ont dû les détourner de la solution rationnelle du problème et les portera se forger des données extraordinaires et superflues, un mystère qui n'existe point.

Je ne veux pas dire que le problème de l'existence du mal dans Thumanité soit approfondi et résolu par ces seules conditions ; car elles prennent l'homme sur la terre, c'est-à-dire, autant qu'on en peut juger par induction, dans le mal^ dans un milieu défavorable^ en des conditions discordantes où nous ne saurions imaginer la place d'un établissement normal pour l'exercice premier de la liberté de l^agent moral. J'entends seulement que, sous la donnée de ces conditions empiriques et de ce que nous savons du caractère natif de l'homme terrestre^ il est aisé de se rendre un compte psychologique du péché dans Vhistoire. Mais le péché originel, qui expliquerait ces mêmes conditions et ce caractère, est à chercher quelque part avant notre histoire et avant notre nature. Et c'est là qu'est le mystère (1).

Les simples données de la nature humaine, c'est-à-dire les sensations, les passions, les idées et la volonté, nous ont permis de comprendre la marche morale de l'homme qui, supposé d'abord dans l'état d'inoncence et placé dans les relations les plus élémentaires, devient ou peut devenir, à mesure que ces relations se déterminent dans l'établissement terrestre et social, prudent ou imprudent, tempérant ou intempérant, vaillant ou paresseux, juste ou injuste. Il

(1) Voir le dernier paragraphe du Deuxième essai (seconde édition).

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est saos doute inutile de faire observer que tout homme a dû pécher, c est un fait d'expérience vulgaire et pourlequel il n'y a pas eu exception à l'origine; inutile aussi de rappeler que le bien et le mal ont de très nombreux degrés et peuvent se mêler étrangement dans une même conscience, c*est un autre fait, un fait psychologique. Mais il nous reste à comprendre à quelles extrémités le mal peut arriver rapidement, à une faible distance de son origine; quelle extension et quelles conséquences lui impose la loi de la solidarité humaine; à examiner enfin jusqu'à quel point on peut dire qu'il y a eu progrès ou déchéance pour Thumanité, dans la lutte fatale des passions et dans le développement delà liberté, aux temps les plus anciens.

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