RÉACTION DE L*A1I0UR CONTRE L'INJUSTICB
OU du moins tout à fait pastorales, et qui restèrent telles longtemps encore après leur établissement définitif, en Grèce par exemple. Il est naturel de penser qu'elles renfermaient l'élite des hommes de ces temps, et qu'elles avaient plus que d'autres gardé le pentiment et le culte du Juste, ces populations qui devaient plus tard créer la science libre et la loi, et organiser les premières républiques. La cause essentielle de leur migration en Occident dut être, par conséquent, l'énergie morale, qui leur fit préférer la vie errante et ses dangers à la perte de la liberté et à l'abandon de la conscience.
Nous venons de voir la lutte et la scission, touchant le principe de la moralité, commencer par l'opposition du bien subjectif el du bien objectif, je veux dire du dictamen du Juste, dans la conscience indépendante^ et de l'autorité externe, qui prétend déterminer et prescrire autant que possible tous les actes, sous la sanction du respect contraint et de la terreur. Une seconde opposition va se manifester à la suite de la première, et toujours au détriment de la justice. Elle apparaîtra par intervalles jusque dans les systèmes philosophiques, mais surtout donnera lieu à la production de phénomènes religieux de la plus haute importance dans la vie de l'humanité.
Il semble, au premier abord, que la réaction de l'énergie morale, dans les sociétés livrées à la force et au mensonge et parvenues au dernier degré de l'abaissement, devrait se produire par un retour à la justice et à la liberté; mais il n'en est rien : sous la pression de pouvoirs si bien établis qu'ils font corps avec l'apparente nécessité des choses, et si indestructibles que les mêmes passions qui les renversent quelquefois les relèvent aussitôt, les. hommes désespèrent de la justice et ne retrouvent la liberté que dans les profondeurs de la conscience isolée du monde. C'est alors par le cœur et non par la raison que la moralité renaît. Elle renaît de ses cendres, et la loi qui la ramène est celle qui lie les extrêmes dans la passion humaine et les fait sortir l'un de l'autre, au grand étonnement des observateurs superficiels. On voit la force gouverner les événements : on se voue à la passivité. On voit la vie emportée, sur les hauteurs sociales, par une activité sans frein, qui ne produit rien de durable, et usée dans les bas-fonds par les misérables soucis de l'existence à soutenir : on embrasse la vie contemplative. On plaint la triste multitude empressée à la recherche des plaisirs qui se fondent en amertume : on renonce au plaisir, on renonce à la sensation même et au sentiment de soi, s'il était possible. On se dit : tout est mensonge et l'injustice règne : je renoncerai à la parole et à l'action, et j'ignorerai l'injustice; j'ignorerai jusqu'à la justice. Enfin, le souverain principe du mal étant évidemment de se faire centre de tout, et de sacrifier