‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 85 sur 291 · DU SYMBOLE, DU MYTHE ET DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

DU SYMBOLE, DU MYTHE ET DE LA LÉGENDE

Sitôt que rhomme est pris pour symbole, il arrive aisément que l'imagination ouverte aux analogies met en rapport les événements de la vie humaine avec les accidents des objets physiques ou moraux que cette vie est appelée à représenter. L'histoire d'un personnage, dieu ou héros, devient le symbole complexe et prolongé d'une partie de l'histoire de la nature, et quelquefois de la vie de l'humanité. Ainsi se forment les mythes proprement dits; car il conviendrait, afin de ne pas confondre les genres, d'étendre plutôt le nom de légende à ces récits d'un caractère différent que compose la piété religieuse, lorsqu'elle réunit dans une personne réelle au fond, mais idéalisée, les propriétés et les actions qu'on est porté à attendre d'un prophète ou d'un Dieu à une époque donnée. La légende ne suppose point à la rigueur l'existence d'une base historique positive, et elle a l'avantage de ne pas l'exclure. Quoi qu'il en soit de la justesse de ces observations, j'userai du droit de définir, pour distinguer le mythe de la légende en attachant au premier de ces mots le sens d'un symbolisme plus physique et en tout cas plus général, au second, plus particulier, plus moral et ordinairement moins étranger à Thistoire. Mais j'ajoute que ces caractères distinctifs sont loin d'être toujours tranchés ou faciles à établir.

La critique, en parvenant à s'assurer de ce qu'il y a d essentiel à l'humanité dans l'emploi religieux du symbole, au temps du règne de l'instinct et des productions spontanées de l'esprit, incline aisément à une erreur^ qu'explique à son tour la prédominance de la réflexion. On penche trop, sans cependant s'en expliquer clairement, à prendre les symboles pour les produits d'un travail presque volontaire et pareil à la composition allégorique d'un littérateur. Cette illusion de la science est la première difQculté qu'elle ait à vaincre pour approcher de la connaissance de l'humanité irréfléchie et des religions primitives^ aussi bien que de la nature antique du langage.

Une autre erreur a engendré de nombreux systèmes. A peine a-t-on reconnu l'importance du symbole dans l'antiquité que l'on s'est demandé quelle a dû en être la matière. Chaque mythologiste, s*établissant dans un domaine préféré, s'est efforcé alors de montrer à l'aide de rapprochements et d'indices vagues, de monuments interprétés arbitrairement, de commentaires et d'étymologies, enfin en accumulant de faibles ou vaines probabilités, que les hommes en tout temps et en tout pays avaient élevé leurs compositions mythiques sur une base unique. L'astronomie, par exemple, a été présentée comme une clef de toutes les conceptions religieuses possibles. Ainsi s'égarèrent l'esprit si ingénieux de Dupuis, et, à sa suite, l'esprit sagace et méthodique de Volney. Plus tard les études et les mécomptes

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