MORALE DES CHINOIS
avec son vice radical, l'absence de la notion du droit. Ce livre nous offre, en effet, les catégories de la vertu et de la bonne pratique, à propos de l'éducation des princes et de l'insiruction même de l'empereur, confiées à un magistrat spécial (liv. XIII, xvi sqq.). 11 énumère trois vertus : la Droiture, base de ta bonne voie, on entend l'intention droite par laquelle s'établit l'accord du Ciel avec les sentiments de l'homme capable de régler son cœur, sa famille ou l'empire; la Vigilance, base de la pratique, c'est-à-dire le caractère et la fermeté; la Piété filiale, par laquelle on aime son père et sa mère; et trois pratiques : d'abord la Piélé /iliale, qui se répète en ce lieu ; puis VAmilié, vouée aux hommes sages et distingués; puis l'Obéissance, vis-à-vis des maîtres et des personnes qui l'emportent par l'âge. Une distribution analo^'ue des vertus se rencontre dans un des chapitres les plus anciens et les plus vénérés du Chou-kin (IV, iv), avec une variante qui semble préférable, en ce que la piété filiale, au troisième rang, est remplacée par la Douceur mise en contraste et en complément de la force qui est la seconde vertu. Enfin le Li-ki nous oiïre (ch . vni) une distribution de la justice en dix parties. Le traducteur dit Justice, el se croit apparemment le droit de rendre ainsi le caractère idéographique du texte, mais les dix vertus ou devoirs classés sous ce titre se rapportent tous aux bons sentiments réciproques de celui qui commande et de celui qui obéit. Le Juste, en tant qu'obligatoire fct revendicable, est une notion absente.
Le caractère patriarcal de cette morale qui subordonne la conscience au respect de la paternité, de Tàge et des magistratures, était inévitable chez une nation dont toutes les institutions tendirent à modeler l'État sur la famille. La plus juste idée qu'on puisse en effet se former de la société chinoise est celle d'une famille devenue assez vaste pour ([ue l'autorité du père se délègue à de nombreuses séries d'instituteurs, de surveillants et de correcteurs. L'État est un domaine privé démesurément agrandi, avec une vaste police et une administration étendue à tous les besoins qu'il est possible de prévoir. Le peuple est conseillé, dirigé en toutes choses, d'aussi près qu'il se peut sans anéantir la propriété individuelle et réduire à rien l'initiative des chefs de famille secondaires. L'agriculture surtout est un objet de soins et de calcul à un degré qu'on n'a point vu ailleurs : on détermine les genres et les procédés de culture selon les climats, les contrées et les ans; on transporte au besoin les populations et les villes. Les mariages sont sévèrement réglés. Tout repose, comme de raison, sur un état civil tenu avec rigueur, sur des dénombrements répétés, sur une enquête continuelle de tout ce qui est et de tout ce qui se fait. Cette patriarchie, concentrée de proche en proche dans les mains d'un prince, aurait engendré le despotisme le plus absolu;