‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 12 sur 253 · RÉFUTATION DE LA THÉORIE DE KANT SUR LES ORIGINES MORALES · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DE LA THÉORIE DE KANT SUR LES ORIGINES MORALES

nous porte par l'instinct à notre conservation propre, à la propagation de notre espèce et à l'association entre nous. La seconde disposition, celle de rhumanité, abstraction faite de la loi morale, comprend cet amour réiléchi de nous-mêmes qui procède de la comparaison que nous faisons de nous à autrui, et engendre les rivalités et les concurrences. Enfin la disposition de la personnalité porte au respect de la Loi morale et l'érigé en un mobile suffisant de la liberté. Tous ces penchants innés sont bons de toute manière. Aux deux premiers se rapportent sans doute beaucoup de vices, vices brutaux, vices cultivés, mais qui nais.'irnt >reu.r->/iéines el n'oni point leurs racines dans les tendances de la nature humaine.

On peut opposer déjà à cette division de fortes olgections. L'humanité et la personnalité ne s'observent nulle part séparées de fait, et, en théorie, nos analyses nous ont montré dans la volonté libre un principe et une condition de la réflexion {Deuxième essai, § IX). Ensuite, c'est affaiblir l'idée du li})re arbitre, que de considérer la personnalité non comme une donnée, mais comme une disposition de rhomme. Se fonder pour cela sur un principe subjeet if qui, en nous imprimant le respect de la Loi comme une règle de conduite, nous achemine à la personnalité et constitue une disposition pour y atteindre, c'est faire appel à je ne sais quelle qualité métaphysique occulte. Mais je nie surtout la bonté attribuée sans réserve aux penchants primitifs. Il est vrai que avant la Loi le mal moral ne saurait exister; mais après la Loi, c'est-à-dire à légard de l'homme raisonnable et libre, les penchants qui étaient indifférents auparavant deviennent bons ou mauvais selon qu'ils secondent ou contrarient dans les cas particuliers la morale. Le langage commun fait foi sur ce point. Je sais bien que, si on envisage ces penchants dans leur nature générale, ils ne contrarient pas la Loi ; mais précisément ils cessent d'être applicables avec une généralité entière aussitôt qu'ils passent sous le règne de la Loi; l'amour de soi ne justifie plus tout ce qu'il justifiait, et pourtant il ne discontinue pas de porter la volonté aux mêmes actes qu'autrefois. Or^ ne doit on pas compter parmi les racines du mal des dispositions d'où naît infailliblement, dans certains cas, la tentation de mal faire, de même qu'il faut les compter parmi les racines du bien, par la raison qu'ils tendent en partie à des fins justes et nécessaires, en partie à d'autres qui ne seraient pas moins irréprochables si l'on pouvait les prendre isolément?

Enfin, la troisième disposition que reconnaît Kant, et qui a pour fin la personnalité, n'est pas non plus bonne en ce sens qu'elle ne saurait produire le mal, puisque la liberté est au contraire un principe essentiel de toute action mauvaise. Le libre arbitre a beau supposer le sentiment moral parmi ses maximes, ce qui lui donne un

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