RÉFUTATIO.V DE LA THÉORIE DE KANT SUR LES ORIGINES MORALES
caractère de bonté, il peut aussi le subordonner actuellement à d'autres maximes et tirer de là un caractère opposé. La plus haute des perfections:, une volonté libre, est en même temps l'origine, la racine de tout mal. Tout ceci revient à dire que le bien et le mal sont attachés l'un à l'autre dans les puissances humaines. Il n'est pas étonnant que le philosophe qui ne pose d'avance que le bien en puissance arrive à rendre l'origine du mal incompréhensible. C'est ce que
fait Kant. , ^ i
Après avoir admis une disposition orijinuire au bien dans la nature humaine, il est obligé de s'expliquer unpenchont au mal dans la nature humaine. Ce penchant, il le regarde aussi comme mne, tout en s'elforçant d'en délinir la nature et d'en reconnaître l'origme. Mais il traite celle-ci de mystère et ne parvient pas à nous faire pénétrer celle-là. Ce penchant consiste, dit-il, dans le principe subjectif delà possibilité que les maximes soient détournées de la loi morale; mais que pouvons-nous entendre du prétendu principe subjectif, des qu'on nous parle d'autre chose que de la liberté même, laquelle n est point un penchant? Il veut que ce principe ne laisse pas d'être une action, savoir un exercice de la liberté pour adopter dans l arbitre les maximes fondamentales : sans cela le penchant au mal ne nous serait pas imputable, et il n'y aurait plus de péché originel au sens propre de péché. Mais une action de ce genre ne saurait être conçue nulle part comme effective et portant sur l'ensemble de 1 humanité. Qu'est-ce, en effet, quune aciion purement intelligible, non phénoménale, sans condition de temps'} C'est une action qui n'est pas.
Enfin, le penchant ne se trouve pas mieux défini par l'enumeralion des degrés qu'on y observe : fragilité, impureté, dépravation de la nature humaine ; car ces trois caractères se conçoivent aisément comme des manières générales d'exprimer que dans telle conscience libre où des fins de natures diverses impriment des tendances opposées le bien conforme à la Loi morale peut être subordonné souvent , ou mêlé à d'autres, ou habituellement rejeté; mais posés comme attributs d'une sorte de substance du penchant, ils ne nous offrent
plus que de la mythologie. . . . , i
Une explication simple et logique de la nature primitive du mal semblait indiquée, dans le système de Kant. Puisque, d'après lui, le mélange de mobiles étrangers à la Loi morale pure et abstraite, même de mobiles tirés de nos affections de bienveillance et de sympathie, suffit pour ôter tout caractère de moralité à l'acte; et qu'il s'échappe jusqu'à dire en propies termes que le cœur est impur quand des actions conformes au devoir n'ont pas été faites purement par devoir, il aurait pu, ce semble, assigner pour cause du mal les dispositions naturelles de l'amour de soi et de sociabilité, et toutes les affections