‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 120 sur 253 · LE MYTHE EN GÉNÉRAL ET CHEZ LES ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

LE MYTHE EN GÉNÉRAL ET CHEZ LES ÉGYPTIENS

le puissant système, origine de la doctrine manichéenne. Rien ici ne dépasse la conception naturelle et populaire de la lutte inhérente aux phénomènes de la vie, mais représentée avec les éléments et les couleurs propres de la nature égyptienne. Quand nous aborderons, avec des documents authentiques, le développement cosmique et moral de la lutte des deux principes, telle que l'Éi^yple Tentendit. nous serons en face d'une création religieuse autrement réelle et frappante que les lieux communs symboliques que nous venons d'indiquer; et nous ne trouverons rien cependant qui rappelle les dogmes persans ou manichéens.

Ces symboles peuvent représenter une partie de l'œuvre de l'imagination religieuse en Égyple; leurs nombreuses variantes, qui déroutent les mythologues, peuvent ne la représenter pas moins. Des fictions de ce genre, sur les mêmes divinités et sur d'autres encore, ont été conservées ou perdues pour nous, au hasard des livres qui surnagèrent au naufrage de la civilisation ancienne. Les unes ét:iient authentiques et d'âges divers, peut-être déjà variables et confuses pour un même âge; d'autres sans doute furent altérées, transformées ou même construites de toutes pièces par les curieux de religion qui s'abattirent sur l'Egypte pendant huit cents ans, du roi Psamétik à l'empereur Hadrien; en sorte que, pour mille raisons, nos interprétations rétrospectives ne se font pas en claire et distincte lumière. Mais nous devrions nous bien persuader que notre tendance familière à composer, de tous les débris mythologiques d'un peuple, une mythologie cohérente et une sorte de doctrine unique nous paraîtrait souvent d'autant plus illusoire que nous posséderions plus sûrement et plus complètement tout ce que ce peuple a rêvé, tout ce que ses savants s'efforçaient déjà vainement de mettre en ordre à mesure que le leur livrait l'improvisation de la foi des ignorants ou des prêtres eux-mêmes. Peut-être un jour l'accumulation des papyrus de l'Egypte et leur lecture plus facile nous révéleront des divergences, des contradictions et des hérésies là où le simplisme de notre critique s'attache à construire l'unité.

S'il en est ainsi, l'important est de se pénétrer de l'esprit moteur de chaque religion, d'en distinguer, d'en rechercher les époques, en subordonnant l'étude minutieuse et souvent inextricable des mythes à la détermination des notions plus générales de divinité et de culte, d'âme et de destinée. Néanmoins, la pensée créatrice des mythologies est d'un grand intérêt, même pour nous qui ne saurions prétendre en exposer les produits, si brièvement que ce fîit, dans la multiplicité que leur donne nécessairement le polythéisme. Cette pensée, nous avons à nous demander ici ce qu'elle fut pour l'Egypte. Or, à cou-

le MYTHE EN GÉNÉRAL ET CHEZ LES ÉGYPTIENS 289

sulter la signification transparente des mythes égyptiens que nous venons d'indiquer, il semblerait qu'un symbolisme réfléchi les eût inspirés. Le symbole, tel que nous l'entendons aujourd'hui, et l'allégorie, sorte de symbole complexe en action et en mouvement, comprendraient alors toute la substance de l'histoire de Hésiri. Mais de semblables fictions excluent la réalité de leur matière; quiconque les imagine ou les accepte en ce sens ne peut point en être la dupe; il faudrait donc que l'Egypte n'eût pas cru à l'existence réelle d'Isi et de Hésiri; je parie du peuple, auteur primitif de toute religion, non du prêtre, dont le for intime est inconnu aussi bien que le dogme ésolérique (si un tel dogme fût jamais, ce dont je doute). Ou il faudrait que des croyants naïfs se fussent appliqués froidement à composer pour ces êtres divins une histoire imaginaire, afin de se raconter par figures la vie de la nature et les évolutions régulières des grands phénomènes. A plus forte raison, sans doute, on penserait que les animaux divinisés ont été, pour ces mêmes croyants, de simples symboles des attributs de la divinité. Ces froides hypothèses sont inadmissibles. Les grands corps naturels que la mythologie envisageait et dont elle retraçait la vie, le premier d'entre eux qui est le Soleil, étaient certainement des dieux pour l'Egypte, et leur vie était la vie divine. Et les animaux aussi étaient de véritables dieux. Que l'homme de réflexion en soit venu, à une certaine époque, à connaître le symbole comme tel, et même à le remanier sciemment, cela doit être. Le sens religieux était alors perdu pour lui. Mais si nous tenons à tant soit peu comprendre le génie de l'homme primitif, dont l'instinct crée ce que la raison n'analyse point, et dont la croyance concilie ce que plus tard la raison jugera inconcihable, sachons que Hésiri, aux yeux d'un Égyptien, a pu être et a été eff"ectivement tout à la fois un Pharaon conquérant et assassiné, un Soleil dans les cieux, un Juge chez les morts, un Taureau dans un sanctuaire.

Le mystère pour nous est de concevoir qu'une seule et même histoire ait pu être racontée de la vie du Soleil et de celle d'un personnage humain, sans provoquer ni incrédulité ni besoin de distinguer; bien plus, comme l'expression de la foi naturelle et commune d'hommes nos semblables. Je crois que l'étude de la création intellectuelle chez nos premiers ancêtres aryens, les mieux connus des peuples primitifs et de beaucoup les plus riches en mythologie, nous rendra cet étrange phénomène, je ne dis pas compréhensible, car nous sommes trop changés de ce que nous fûmes, mais enfin intelligible et, ea tout cas, certain. Je me borne donc maintenant à poser le sens originaire du mythe osirien tel qu'il dut être, en ajoutant que les développements où nous sentons se jouer des allégories plus ou moins

INTRODUCTION jg

290 PERSONNAGE DE TAOUT

confuse, aappartinrent peut-être ni -f ""^'i"' "'^^^'j;^*^" nmnre à la relitrion égyptienne. Le culte phénicien d Adon s et d au propre â la reiifcioii "■SJH orobablement sémitique, sou-

trea cultes analogues, d origine très proDao e J,r qu'on

tiennent des rapports trop marqués avec celui d Hes ri P»"-- <1" °" rrîrou I pas conduit à soupçonner des emprunts de la part de ce derrierD™ religion solaire à religion solaire la communication e nLTaUon paraient faciles. Dans cette "ïpolhèse nous ai^ lon^ à 1 Asie 1 Jtiative du mythe composé où >''7«'- °" f ;/f,^ u „ „.nr Ipnuel ré^Yptien, avec son sens plus matériel et ses ten rls^on dtil àle^tains égards fétichistes, semble n'avoir eu

%ToUu^Tn Sr/este certain que ce peuple se distingua par dJ*;:ri; religieux d'unantrena^e^

. , - *• ><.« cAîmir^; pt d(i la dcstmée des âmes, ei ul»

des pérégrmatu ns, des séjours ei ut u crouver-

I ■ •.. r-^e i rhnnianité Dar leurs incarnations ou leurs gouver divinités liées à 1 ^umamt^ P^ ^^ ^^ spéculation

nements ce estes ou infernaux. i.es aeu.\ ui« ... /,^ „'o„ra X!ël peuvent s'entre-mèler sans doute, mais '» f ^"'«^ "»"^* !!, .P„« de la raison le caractère irréparablement ch.me-

la défigurent pas trop.

„ o la trait fondamental commun des autres ^"''°TI^' iCer^i de aper-irication divine. Elle l'a

'^érrï-tTe^^rmais pL - p;---: - -

èmes ap,«.aon. que les antr. A-ns. tout^en per.nn.a^^^^

rr .uXes autres grands objets qui la fj^ppent ceUe r hgion, compara au polythéisme aryen, ne se -">P -' /;' Y/^'J^^'

par le même procédé tous les ph^»— ' "^ '^ '" ^ J^Jus velopper dans une ^rie.nt~^^^^^

à l'imagination, elle est moins muunc, i/ „;„u:i:»a nnP ne

dieux une fois institués, se distinguent par ""«.^'«bilite que ne c rurerguère ceux de l'Inde, par exemple, ce qui - provi nt Pde la réalité palpable qu'ils Uennent de leurs incarnations ammales,

PERSONNAGE DE TAOUT

mais aussi d'une vie ultramondaine du haut de laquelle ils président aux destinées des hommes, sans être, comme eux, sujets aux changements détat, aux transmigrations, à la déchéance. En un mot. la personne de Dieu est constante et en rapport constant avec l'humanité, qui lui a dû ses premiers biens et lui en doit la continuation journalière. Nous verrons que la théologie indienne s'abandonna à de tout autres spéculations et conçut la vie divine elle-même comme un jeu perpétuel.

C'est peut-être ici le moment d'appeler l'attention sur un personnage mythique, un Dieu que nous avons à peine nommé jusqu'ici et qui est le type heureux de la civilisation humaine, un représentant, un garant dans le ciel de tout ce qui fit la grandeur du peuple de l'Égyple : je veux parler de ce Taout (Toth ou Hermès) devenu si célèbre entre les mains du néo-platonisme alexandrin et de la philosophie hermétique.

D'autres peuples ont construit des personnifications analogues de l'intelligence humaine et du génie de la langue et de l'écriture. Mais le Vyasa des Indiens n'eut jamais la haute importance de Taout : beaucoup moins l'Hermès et le Mercure des Grecs et des Romains, dont les attributs sont si mêlés. On trouve dans les Védas, et jusque dans la partie la plus ancienne, des efforts plus intéressants pour établir une sorte de doctrine de ce que le christianisme a nommé le Verbe, mais ces efforts n'aboutissent qu'imparfaitement à des personnifications distinctes et stables. Seul le dieu Poisson Oannès, de la tradition chaldéenne, et, plus directement, le Taout phénicien rappellent le compagnon de Hésiri. Aussi une telle similitude at-elle fait présumer quelque antique transmission (on ne sait encore dans quel sens) de la culture littéraire entre les Égyptiens et les Sémites. La question porte et sur le mythe et sur l'invention première de l'écriture et de l'alphabet. Il y a plusieurs opinions, plusieurs solutions qu'on peut défendre. Ne pourrait-on penser, jusqu'à preuve contraire, que l'Egypte et la Chaldée ont créé indépendamment l'une de l'autre l'écriture figurative, ainsi que l'a fait la Chine avec une incontestable originalité? que l'écriture phonétique s'est dégagée de part et d'autre spontanément, d'ailleurs non sans peine et plus ou moins incomplètement, comme on le voit pour l'Egypte? que les Phéniciens, connus avec certitude pour avoir été les courtiers de lalphabet dans une partie du monde, sont ceux aussi qui ont su donner à l'écriture sa forme la plus utile et la plus propre à être vulgarisée devenue vulgaire, en effet, depuis l'Inde jusqu'à l'Italie? qu'un mythe commun adapté à cet ordre de découvertes a partout accompagné le prestige qui s'y attachait, et qui n'appartenait pas moins aux autres œuvres de l'intelligence créatrice et civilisatrice ? enfin,

Page 1