‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 128 sur 253 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Mythes principaux et culte de 1 Arye primitive.

f,i ,lit que le procédé de l'esp.il dans la milhologie du Ihgvéda était clair, autant qu'étonnant à nos yeux. On peut s'en convaincre en prenant un hymne au hasard. On y verra, d'un inslanl al autre et d'un mol an suivant, le même phénon.ène naturel, le feu ou le vent, par exen>ple, qualifié, décrit d'après sa nature sensible, av c ••.■ I , J ,.iT„i« cnnnu'i nuis aussitôt considère comme ses propriétés et ses ellets connus, puis au-».

une personne qui entend, voit, veut, nnrc lie, mange, «l av^e qm l'homme fait de vérilaldes contrats, ollrant '^,7""""';."" ^^2„ son du sacrifice et réclamant la protection en échange L ."l P~ de l'Idée de divinité s'étend ou se réir.cil au besoin dans a mesu e des distinctions apportées entre les phénomènes ; et une d"'' "<^''°n quelconque a le pouvoir de faire un dieu. Et «e " est pas seulement l'imposant spectacle des grands ,.„ ,.- de univers et des forces de a nature, ce n'est pas même la si,„,lo "«'7". '''"" ""f '^";^' ^l'". ^ f privilège de suggérer la personnification divine : fout ce que 1 imagination envisage avec intérêt peut être appelé an même .Ole, par Lemple le SacHfice, e, ii.qu'au. ustensiles don, le --«-'-;^^ usage; et la Parole qui v.. trouver les dienx la Pnere), e la L qucur sacrée qui, versée dans les libations, répare et entretient leurs fo es. Toutefois, les dieux <,u'engendrent ainsi la sensation, 1 admiration la puissance mst.nctive du langage ne sauraient prendre dans le monde une existence adive et permanente, sans que es 'lames hommes qui les ont créés pensent aies compter ; il n est donc pas étonnant que quelqu'un des hymnes où cette création se donne libre carrière mentionne en ra>.aiit un nombre fixe de divimles ( ,« - ,,„,S nombre bien dépa..é dans la pratique, et, ailleurs, t,o,sm,Ue lro.s o-nl irentcneap. ). Mais tout se borne là, sans classification et sans hiérarchie. Plus tard on voudra ramener les dieux a trois ordies le Feu, l'Air et le Soleil, et ces trois à un seul ; alors on .rera part de tel passage dun liji.me, fùt-il démenti par cent autres, et les commentateurs découvriront dans le moindre mot le dogme qu ils ont présent à la pensée.

DIVINITÉS MÉTÉORIQUES DE L'aRYE

Il n'y a point de hiérarchie : chacun des dieux agit dans sa sphère naturelle, en accord ou en lutte avec les autres, ainsi que se corn-' portent les phénomènes, sans qu'aucun règne en maître comme dans ce palais éthérien que la mythologie de l'Olympe nous a rendus fa^ milier. xVIais il y a une idée divine dominante, l'idée générale du feu et de la lumière en ses innombrables applications. Les dêvas sont proprement les Lumineux, et c'est le radical div de ce mot Dêva qui e.st l'élément encore reconnaissable des formes variées du mot D'œu^ et quelquefois aussi du mot Jour, dans les langues grecque, latine et néo-latines, dans la nôtre pour ne nommer ici que celles-là. Un dieu continuellement invoqué dans ]e Rigvéda est le Feu lui-même (Agni, ignis)y comme le premier agent du bien de l'humanité sur la terre, faisant place à l'homme et à ses travaux au sein des forêts, qu'il détruit impétueusement^ ami du monde, gardien du foyer, prèlre et sacrificateur, minisire chargé de convoquer les autres dieux qui assistent avec lui au sacrifice et prennent, comme lui, leur nourriture de la main de l'homme. On voit que ce feu n'est point un feu céleste et mystique ; c'est expressément le Fils de la forcp et le Fils du bois frotlr, un dieu de la terre, que Manou, le premier patriarche, institua pour présider au culte, c'est-à-dire au repas sacré de la famille.

Indra et la troupe violente des Vents (Maroulas) déploient dans l'air, pour le bénéfice de l'homme, une énergie terrible et victorieuse comme celle d'Agni sur la terre. Indra, dont la plupart des attributs développent l'idée la plus vaste possible du domaine éthéré, ou de l'air en tant que lumineux, ou enfin du ciel, si nous attachons à ce mot sa plus haute et sa plus pure signification météorologique, Indra est la forme universelle et bienfaisante de l'Igné céleste. Tout brillant d'or, traîné par des chevaux d'azur, il porte, il lance la foudre contre les démons de l'obscurité, les nuages; il ouvre au soleil sa voie, il répand Teau sur la terre et se manifeste ainsi comme le maître de la vie, le multiplicateur des troupeaux, l'auteur de toutes les richesses. Il a pour compagnon le dieu Vayou à la grande voix, c'est-à-dire l'air comme souffle^ et les Vents particuliers, les puissants Maroutas, qui chassent devant lui les nuées. Gc dieu, dont le caractère atmosphérique est si accusé^ n'est pas moins celui de tous qui peut-être a la personnalité la plus éclatante. C'est un souverain, un maître sage autant que fort, et toujours jeune, qui protège les descendants de Manou, entend leurs prières, ses épouses, est flatté de leurs louanges, leur envoie des fil?, des chevaux, des vaches, des récoltes, lutte et triomphe avec eux dans les combats et vient tous les jours s'asseoir sur la pelouse du sacrifice. Car il aime les mets, il est altéré de toutes les libations, surtout de cet enivrant Soma, la Liqueur-Dieu, qui.

310 mviNiTi's MrTFORTorr.s de l'arye

elle aussi, donn^ le hofnmn: D'autres <liviiiités sont, pivse,.lées tantôt comme bienfaisanles et tantôt comme nuisibles dans les mythes ou elles ont d-s rôles on ce qui lourlie les inté.èls humains. Elles ne se classent point par r. r .,-, t.To, tant Tobser-vation et la traduction mythique do> fuis - ui at.no.pliônques domm-it 1-^^ ^.'nt>-

menls du bion et du mal. M.is la divinité d'Indra, dont, au surplus, la prééminenco no remonte pas aux temps pnmitit.s. est invanal)lemont favoral)lo. L'œuvre capitale qui e^t la sienne, la d.d.vranc,^ d.-s « vaches céleslos» .Ion I nnas verrons tout à l'heure lo cens, met In.lra enlîèremeul à i> n t <!•'> au'rcs dieux.

la plupart do ce.^ derniers appartiennent à Tordre des conceptions m.'léoriques. LeS.leil hn-n.ôme ^Sourya, A^lil va. Mitra, Savitn, etc.), .ons l i muKitude <le ses no.n<, n'^^sl pa^ C(;t astre, ce corps toujours le môme qne voit l'homme devenu plus ou moins observateur et astronome : c'est un véritable météore que l'imagination personnalise distinctement pour cliaque état que lui prêtent les sens, par exemple levant ou couchant, visible le jour ou invisible la nuit, ou pour chaque fonction qu'il semble remplir dau^ l'almosphi-re. Au milieu de c(^ labyrinthe de notions souvent obscures pour nous, se trouve quelquefois nor.imé b' dieu soalre Virbnou, destiné à devenir l'être adoré d'une religion liion dillérente, sous la prétention de ridentité. Un dieu rival de. v!i ■ i. rt ^\'un(^ illustration non mo;ndiv dans l'Ind-s Siva, n'oppa.1;. .. davanlane au cvcle ancien. Il est vrai que Rou-

dra. un des mou.s .1. Siva, ligure daii^ iv'< livmnes; mais le Roudra primitif parait n'être qu'un chef, un père des Vents dont la fougue est un aéau. Quand le concept renfermé dans son nom se généralise, ce dieu, ffui f'"i plnt,',^r, devient la personnillcation vague de tout ce qui apporte la mort aux hommes et aux troupeaux, ((uelque chose comme Nirriti, autre symbole, cette fois féminin, du Mal et de la Mort; mais son caractère ne trahit rien du culte que les Indiens vouèrent à la Nature dévorante, à l'époque où Siva, divinité d'origme étrangère, usurpa le nom védique de Roudra.

Au reste, la terreur n'es! point un mobile religieux des Aryens

primitifs. L'ordre d'idées et d'images où se complaît leur poésie est

presque toujours aimable. Ou en jugera, par exetnpie, d'aprèsla place

qu'y occupent les Aurores et ces Cavaliers jumeaux (les Asvinas) dans

lesquels se personnitient les premières clartés matinales. La naissance

du jour est, pour les auteurs des hymnes, une source intarissable de

sentiments d admiration et de reconnaissance. Puis leur pensée se

porte sur le Soleil, sur Indra, sur les Vents et sur les Ondes. Mais,

avant l'aurore même, ils ont pensé au Sacrifice; ils ont fait naître du

Bois le Feu terrestre, dieu chargé de leur amener les autres dieux

autour du Foyer, sur le Gazon; ils ont nouni la Flamme avec ce

MYTOE d'INDRA ET DES ASOURAS

nu

Soma beurré dont lesémanations réparentles forces divines, montent au ciel et se réunissent aux sources de la vie.

Je m'arrêterai peu sur les mythes du Rlrpéda, qui ne semblent d'ailleurs ni bien lixés ni bien développés, mais à l'état naissant, pour ainsi dire, et sujets à ces incohérences où se trahi.'îsent l'imagination improvisatrice et l'absence de dogmes formulés. Les variantes et les contradictions sont de l'essence d'une mythologie œuvre du peuple, et inhérentes au procédé mythologique en lui-même, à cause du croisement continuel des phénomènes et des idées qu'ils sont aptes à symboliser. L'élude des mythes aryens primitifs ne présentera un véritable intérêt général que lorsque la crili(iue sera parvenue au point de les tous expliquer philologiquement, d'en présenter les séries sans esprit de sy.^teme, avec ce désordre et cet enchevêtrement qui font partie de la vérité, et d'y rattacher^ soit par filiation, soit à titre de similitude naturelle, les produits comparables des autres nations. C'est un travail que l'on peut dire avancé, si l'on considère le peu de temps écoulé depuis que la science l'a entrepris, mais non pas malheureusement eu égard h la carrière à parcourir. D.ins l'état, la plupart des mythes ou des courtes légendes que je pourrais rapporter auraient moins de prix en eux-mêmes que pour confirmer ce que j'ai dit d'une plia.se de l'esprit humain, principalement chez les races aryennes, et de l'étonnante naïveté des conceptions primitives. Mais les traits qu'il m'est donné d'indiquer en passant atteignent ce but autant que le permet la l)rièveté.

Toutefois, je ferai exception en faveur d'un mythe que les hymnes du R'igvf'da reproduisent souvent ou, pour mieux dire auquel ils font de continuelles allusions. Son importance, en tant (pie forme préférée et familière de l'inspiration et des sentiments religieux à cette époque primitive, s'accroît encore par ce fait que d'autres notions doivent nous l'otTrir à leur tour et sous des modes diversement spontanés ou élaborés. Je veux parler du combat de la puissance divine contre les Titans. Ici la lutte est de l'ordre naturel et atmosphérique, elle concerne les grands météores desquels dépendent la fécondité de la terre et la conservation de la vie humaine : les rayons solaires, la pluie, les vents, les nuages, la foudre qiii semble les déchirer. Le Nuage est le personnage titanique dont le Maître du tonnerre entreprend de punir l'audace et craint un moment de ne pas triompher. Et pourtant il se rencontre là une de ces anomalies ou plutôt de ces nécessités de l'esprit mythologique, si différent de l'esprit logique. Ce même Nuage, qui d'ordinaire est peint comme l'ennemi, paraît en d'autres occasions envisagé comme un être bienfaisant, puisqu'il porte dans son sein l'eau fécondante. Alors il partage avec le rayon lumineux la

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