‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 131 sur 253 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Éléments de ranthropomorphisma, éléments du panthéisme

chez les Aryens.

Revenons maintenant à cette méthode de personnification des phénomènes qui est le fondement de la mythologie aryenne. La critique s'est posée et se pose encore la^ question de savoir si l.eaueoup de noms employés dans le Rigvêdaàoïvei\t se prendre dans le sens de personne ou dans le sens de chose ou qualité (Ij. Mais je crois que la seule existence delà difficulté en indique la solution. Les créateurs de la langue et de la mythologie ne distinguèrent pas d'abord ce qu'il devint plus tard un besoin de distinguer : je veux dire, car il faut peut-être ajouter cet éclaircissement à la thèse avancée dans un chapitre précédent, que, dans cet état primitif de l'esprit (et chez les Aryens surtout), la distinction ne se fit jamais quand l'imn-ination et la passion religieuse se joignirent à la nature du langage pour engendrer la confusion. Elle se fit, et la réflexion vint l'appuyer, partout où la force de l'expéi ience obligea impérieustinent l'homme à considérer des qualités qui ne sont pas celles de sa personne ni d'aucune autre qui lui ressemble. Encore résista-t-il de toutes ses forces lorsque sa croyance fut une fois engagée par l'habitude. Je ne pense donc point que la mythologie soit \wi parce qu'on en vint à entendre d'une personne ce qui avait d'abord été dit d'une chose : il m'est impossible de concevoir comment on en serait venu là si on n'y était venu dès l'origine. Mais je pense qu'on arriva, au contraire, à entendre d'une chose (chose, idée abstraite, universelle, destinée à se déterminer empiriquement pour cliariue cas particulier) ce que l'on entendait primitivement d'un pnsonnage (représentation universelle encore, mais autant que possible modelée sur la représentation passionnelle de soi). A mesure que s'étendit et se fixa le plus

(1) V.)ir un exemple curiem de ca doute daiia la belle préfa-.- >li Biir- Qouf, t. m du Bhagavata-Poimîna, p. i.xi sqq. Le grand philologue se demande El les lroi3 mots vdivawatain yamam râdjânam duivcut se traduire fils de Vivasvat, Yama, oi, ou plutôt fils du soleil, dompteur bnllant. Il s'agit du mythe du dieu de la mort, le grand dompteur.

scientifique de ces deux concepts, la distinction nette de la personne et de la chose entra dans la connaissance. C'est alors que commença ce qu'on appelle l'anthropomorphisme.

Car il n'est pas tout à fait juste de nommer ainsi le procédé mythologique primitif dont j'ai tâché de me faire une idée. La confusion qui en est Tessence s'oppose précisément à ce que le phénomène divinisé cesse d'être phénomène en jouant un personnage. Le dieu ne prend donc pas expressément la forme humaine, ou, si l'on veut, il la prend au point de vue idéal, puisqu'on le doue de passion et de volonté, mais il ne perd pas pour cela sa nature physique. En un mot, pour faire le dieu, le p/i/-rwmène est posé homme idéal, à ce moment de l'esprit; et, au luoment qui suit, ihoitnne idénl est posé phénomène, et cela bientôt, non plus par identité, mais pur causalité. L'anthropomorphisme est propre à cette dernière phase.

Dans la phase flottante et cà h fois la plus féconde de la pure mythologie, dont le Rigvéda nous oflVe le modèle achevé, il n'y a pas encore place pour cet anthropomorphisme dont nous avons coutume de prendre le type dans la mythologie grecque. Ce qui le montre clairement, c'est que l'ordre des parentés, ce caractère si naturellement imposé à toute représentation de personnes humaines en rapport les unes avec les autres, est constitué d'une manière à peu près lixe en ce qui concerne les dieux olympiens; les variantes tiennent à des différences locales de construction et de tradition des mythes. Rien n'approche, au contraire, de la liberté d'imagination avec laquelle les Aryens disposent des titres de paternité, de maternité et de filiation, et les échangent les uns contre les autres, chez les mêmes personnages, selon la rencontre des idées qu'ils veulent rendre par ce procédé mythologique. Par exemple, Aditi, sorte de personnification du ciel souverain, est tantôt mère, tantôt père, quelquefois fils, ou encore la réunion des dieux, tout ce qui doit naître, le ciel et la terre, leurs produits, enfin l'un de ses propres fils, les Adityas : Aryaman, considéré en particulier. Cette même Aditi est tout à la fois la fille et la mère de Daksha, qui paraît être Agni ; et Agni lui-même engendre sa mère ; Soma est le père de son père, etc., etc. On comprend que des familles régulières d'êtres divins ne sauraient s'organiser, sous le pur règne de l'habitude mentale de prendre les rapports généalogiques pour signes de la génération des phénomènes, dont l'ordre de production varie selon le point de vue et peut prendre toutes sortes d'aspects. Remarquons en passant combien de difficultés attendent le mythologue qui cherche à introduire un esprit de système dans le chassé -croisé des divinités qui se subordonnent diversement les unes aux autres, selon les cas des relations physiques que les mythes leur font exprimer, et qui s'élèvent chacune à la supré-

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