DEFINITION DE L ESPRIT ANTHRGPCMGRPUIQUE
humain parfait : le Grec avec l'idée de la pluralité et des lirpites, l'Hébreu avec celle de la puissance une et absolue.
Les pères des Pélasges, des Hellènes et de quelques races voisines encore imparfaitement déterminées et douteuses dans quelques cas (Thraces, Gètes, Phrygiens, Lydiens, Gariens, etc.) émigrèrent vers l'occident avant l'époque, et plusieurs peut-être à l'occasion des progrès les plus marqués du dogmatisme et du sacerdoce au sein de la famille aryenne. De nombreuses tribus portèrent alors dans l'Asie Mineure, en Grèce, en Italie et dans les lies, les éléments d'une sorte de civilisation mêlée d'héroïsme et de brigandage : l'agriculture, les animaux domestiques, le travail des métaux, la navigation et le goût tout à la fois des demeures fixes et des expéditions militaires, la grande aptitude aux fondations coloniales. C'étaient des familles multipliées qui se désignaient chacune par le nom de quelque ancèlre mémorable, plus ou moins légendaire et qui, variant beaucoup par les mœurs et les habitudes contractées, allèrent séloignant encore plus les unes des autres, depuis la barbarie du Gète et la vie de rapine du Lélège jusqu'à la grandeur politique du Dorien, à l'élévation intellectuelle et morale de l'Ionien, à la mollesse de certaines races de l'Asie occidentale.
On ne sait trop si les Pélasges gagnèrent la Grèce par l'Asie Mineuie et la mer Egée ou en traversant la Thrace ; mais leurs grands établissements de l'Arcadie, de l'Épire et de la Thessalie ne sont pas moins certains que leur diffusion sur les côtes de l'Asie et les iles de l'Archipel. Plus tard, quatre races parentes des Pélasges (Achéens, Éoliens, Ioniens, Doriens) descendirent des parties septentrionales de la Grèce et foulèrent de tous côtés leurs prédécesseurs. Ces derniers venus, qui devaient s'avouer tous un jour de la même famille en se nommant /ï/s d'Hcllen, sans pour cela mettre fin à leurs incessants combats, manifestèrent une rare puissance d'expansion et projetèrent à l'occident et à l'orient des colonies florissantes. Leur objectif fut surtout cette Asie Mineure, que leurs ancêtres avaient autrefois traversée peut-être, et que du moins occupaient en grande partie leurs parents^ devenus plus ou moins barbares aux yeux de ces nouveaux hommes de la langue grecque. Cette contrée futdès lors et pendant longtemps le lieu de rencontre, de lutte et d'influence, de l'esprit qui avait ^jrévalu en Orient et de celui dont les Hellènes sont les immortels auteurs.
Le principe générateur de l'esprit grec est le culte de l'homme idéal, de l'homme, sans doute, comme force, courage et beauté, mais aussi et de plus en plus, dans l'élite de la nation, de l'homme comme bonté et justice. En religion, ce culte est l'anthropomorphisme.
Il est vrai que les divinités pélasgiques et helléniques sont primi»
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DEFINITION DE L KSI'RIT A.NTlIRUPUMOUPUiyUE
tivement, de même que celles de l'ancien ne Arye, des personnifications de phénomènes terrestres et atmosphériques. Mais si haut que l'on remonte par les monuments et les traditions sûres, on voit ces êtres divins tendre à se dépouiller des voiles de la nature, pour prendre la forme humaine, et devenir les auteurs ou les modérateurs de forces avec lesquelles ils ne se cunt'ondent plus. Si, plus tard, lorphisrae et les mystères dirii^^èrent ce mouvement en sens inverse à plusieurs égards, ce ne fui qu'une prétention doj^'matique de quelques hommes, et une illusion de l'exégèse des philosophes, de faire remonter celte théologie nouvelle aux plus anciens temps, et au delà d'Homère. Ce point est aujourd'hui tout à fait acquis à la critique. D'ailleurs, entre le symbolisme savant des à^^es récents cl l«'s mvllics populaires confus de l'âge primitif, il n'est plus permis de contbndre. Dans l'intervalle de ces deux époques singulièrement différentes, quoique liées par la nature des choses et par la tradition des symboles, s'étend la période du polythéisme naïf et des mœurs et des œuvres qu'il inspira.
Ileraarquons, aussi, ce qui est essentiel, et ce qu'on oublie trop, que l'abandon et le dédain des croyances anthropomorphiques durant quelques siècles furent le fait exclusif de ([uelques tètes pensantes du monde gréco-romain; mais la masse croyante persévéra dans le culte des dieux de l'Olympe aussi longtemps que dans sa religion elle-même. Les philosophes dirigeaientau panthéisme et la spéculation et le symbole, ce qui ne les empêchait pas toujours de reconnaître dans le monde une série d'âmes divines, c'est-à-dire de dieux intellectuellement et moralement hommes. Le peuple, lui, sacrifiait aux personnes réelles, c'est-à-dire humaines de Zeua ou Jupiter, de HéraouJunon, etc., en Grèce ou en Italie, comme ils faisaient en Judée à la personne réelle, c'est-à-dire humaine, de Jéhovah le Dieu aloux.
En dehors du panthéisme, la divinité ne perdit les attributs du corps humain (corps incorruptible et glorieux) que pour revêtir de plus en plus formellement les attributs de l'esprit humain. En cela, et à l'unité ou multiplicité des personnes près, ce qui sans doute est important, mais ce qui n'est pas tout, Juifs et Grecs arrivèrent à un accord ; le jour où la foi monothéiste triompha, le polythéisme eut la vertu d'obtenir une certaine restitution du corps humain à Dieu et la reconnaissance d'une certaine pluralité de personnes en Dieu. La tendance anlhropomorphique des Grecs se fit ainsi accorder une forte part dans la détermination du dogme.
On voit que j'entends par anthropomorphisme une croyance moins particulière que celle qu'on a coutume de nommer ainsi. Sa généralité même crée au philosophe et à rhistorien le besoin de la définir.
DÉFINITION DE l'eSPKIT ANTUROPOMORFilIyUE
11 a convenu à des théologiens, placés à un point de vue tout doctrinal, d'appliquer celle dénomination aux sectaires qui, suivant eux donnaient à l'Être suprême une nature ou des passions par trop humaines, un visage, ou la colère, par exemple ; mais le droit subsiste de l'étendre à foute théologie qui, admettant une divinité personnelle, lui rapporte par là même les attributs de l'unique personne connue qui est l'homme. Or les attributs, la forme de l'homme sont la volonté, l'intelligence, la passion, la sensibilité et les organes. Toutes les doctrines philosophiques ne sont donc pas anthropomorphiques, mais toutes les vraies religions le sont. Elles le sont à différents degrés, et souvent beaucoup plus que leurs docteurs ne veulent l'avouer. Celles de la Grèce l'ont été au suprême degré, de la manière la plus complète et la plus résolue, parce qu'elles ont envisagé dans 1 existence divine, non seulement la puissance, l'entendement, l'action et la passion, mais encore la pluralité, comme dans le goure humain, et la perfection dans le fini, l'être corporel unlà l'être intellectuel et élevé comme lui à l'idéal.
On pourrait croire que cette direction religieuse fut la cause du haut développement de la personnalité dans la civilisation grecque; et cela est vrai, en effet, grâce à la réaction de la religion sur la morale. Mais les dispositions morales précèdent elles-mêmes les déterminations de la théologie et en dirigent les transformations. Il faut donc étendre nos vues et dire que, si les Hellènes, partis de la mythologie commune des Aryens, arrivèrent si décidément à définir leur croyance nationale par la conception des dieux olympiens, ces hommes immortels, c'est qu'une forte culture de l'esprit et du corps les amenait en même temps à sentir dans l'homme, dans sa vertu, dans son indépendance, dans sa beauté, dans ses travaux, la matière la plus sublime que l'homme lui-même puisse mettre en œuvre pour représenter le Dieu. Les moralistes elles hommes religieux, quand ils touchent ce sujet, ne manquent point de remarquer le vice qui balanyait les nobles qualités de ce grand peuple. Je ne parle pas de reproches qui atteindraient avec la même justice toute autre nation et, à vrai dire, 1 humanité essentiellement. Les Grecs, en leurs pires erreurs, dans la paix et dans la guerre, n'ont pas valu moins que d'autres peuples, et, en ce qu'ils ont eu de bon, ils ont été meilleurs. 11 s'agit seulement de leur caractère national eu égard à la religion universellement parlant, et des vues qui leur étaient familières sur Dieu le monde et l'homme. Or, il est vrai que le culte de la beauté et l'acceptation du principe de la lutte dans l'ordre de l'univers (sorte d'optimisme pratique) les éloignait du sentiment du pécivi, inséparable d'une religion supérieure et d'une morale profonde. Mais, en acceptant pour eux ce reproche, on ne doit pas oublier qu'il atteint
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