L. Méoard, De la rnoni/e avant kapfuioaophen, p. ^«i
PROMETDEE
admissibles, même après que la critique a fait justice de celles qui s'attribuaient autrefois la première place dans le panthéon grec(l).
Je ne citerai qu'un seul des mythes particuliers dont l'explication remonte aux sources philologiques. C'est le mythe de Prométhée, qui peut servir d'exemple à la fois pour la nature des origines et pour celle des transformations.
Les Grecs paraissent avoir résumé dans leur conception des Titans et l'idée des forces primitives, tantôt aveugles et désordonnées, tantôt utiles et bienfaisantes, et celle des ancêtres et premiers éducateurs du genre humain, ainsi qu'ils nous sont présentés dans l'œuvre d'Hésiode. Parmi ces Titans et ces ancêtres, Prométhée occupa dans l'imagination grecque une grande place. Les idées d'invention et de prévoyance étant naturellement liées, et l'invention du feu pouvant passer pour la première et la plus importante dans la condition de l'homme, il put arriver que le nom de l'inventeur du feu, ou du moins de celui qui avait volé le feu aux immortels pour en faire don aux hommes, passât pour signifier le prévofjanty et cette étymologie était plausil)le. Pourtant les racines aryennes et l'analogie des mythes védiques en suggèrent d'autres, et de bien intéressantes. La ressemblance d'Agni avec Prométhée est frappante et s'étend à une foule de traits. Agni est l'ami des hommes comme Prométhée; Prométhée est un héros et un sacrificateur comme Agni. Agni est la vie de tous; Prométhée donne la vie au corps, au limon qu'il a modelé. Agni est un feu dérobé au ciel, caché, enchaîné dans le bois de l'Arani, puis délivré, en même temps qu'il est un premier homme et un égal, un rival des Dieux; Prométhée est aussi une puis.sance tantôt alliée, tantôt en lutte avec les Immortels, un homme, un martyr dans les fers, dont .sonnera le jour de la délivrance. Il ne serait donc pas impossible que le n«)m de Prométhée fût une dérivation grecque de [irahmanaspaliy le maître de la chose sacrée, ou mieux de Pramantlia, le bois dont le frottement donne le feu (2).
Cette dernière étymologie nous fait remonter à la source la plus
(1) Sur la forme et l'origine des mythes f^recs, voir le substantiel petit traité de Max .MUller, Mythologie comparée, dans la Revue germanique, t. Il et III, et les ouvrages traduits postérieurement dans notre langue : La science du langage ; Nouvelles leçons sur la science du tangage; Essais sur la mythologie comparée.
(2) J'ai choisi le type le plus curieu.^ de ce genre d'exégèse des mythes, mais noa pas peut-être le plus sur pour les termes originels. On comprend que la méthode peut être juste (et elle se confirme en effet tous les jours) et comporter dans l'application quelques illusions qu'une étude plus avanc^-e dissipera. Les grandes hardiesses d'interprétation appartiennent jusqu'ici au savant linguiste et mythographe Kiihn.
ZEUS ET TÎIÉOS
profonde du mythe. Si c'est elle qu'il faut préférer, on a le droit d'y voir la figure d'un rédempteur de l'humanité, se dégageant peu à peu de la relî^'ion physique de la divine flamme enfermée dans un morceau de bois. D'un côté, les inductions tirées du mouvement rotatoire, générateur du feu, peuvent n'être pas sans rapport avec l'imagination du char du soleil, aux essieux enOammés; de l'autre, l'idée^'du feu céleste personnifié, descendu sur la terre, éteint, prisonnier dans les corps opaques, miis se ranimant et animant tout, providence des mortels, se rapproche sourdement de ce dogme de la rélemption auquel la mythologie fraya tant de chemins dilTérents.
Quoi qu'il en soit de l'histoire et de la forme primitive d'un mythe particulier, on ne peut guère douter de l'origine védique et du sens fondamental de la grande divinité commune des nations gréco-italiques. Le Zeus et Zeus-pater des Grecs, le Deus, Diespiter, Jupiter des Latins, le Tina des Étrusques, descendent ea ligne directe du grand Déva que l'Arye elle-même appelait déjà quelquefois Diauspitar. Le radical ino désigne le concept du Lumineux, qui était le fond de cette religion fondamentaledu Dieu par excellence. Aussi les attributs de Zeus, "ou Deus,sonl éminemment ceux d'Indra, le premier Déva des anciens Aryens : il lance la foudre et gouverne les météores, donne la pluie et le jour, chasse les puissances des ténèbres. Mais ce n'était pas tout pour les Grecs de nommer ainsi le Dieu dominateur, et de le nommer conformément à la tradition. Il fallait aussi qu'ils se formassent l'idée générale de Dieu, c'est-à-dire qu'ils construisissent la forme attributive du nom. Ici, selon M. L. Ménard. à l'opinion de qui je me range, parce qu'il la motive philologiquement avec beaucoup de force, les Grecs sélevèrent à un bien autre concept. Ils empruntèrent les mots fjs:,- et ()£•:; (qu'il faut alors distinguer de Zsjçet de AT;;, ainsi que du Ihm latin et de ses dérivés), ils les tirèrent, dis-je, de ce ra«iical important de leur propre langue (Oéw, v.^\x') d'où nous avons noi -même pris le mot thèse ti ses composés et qui exprimait tout ce qui concerne la position, l'ordre, l'établissement, la loi, la justice. Si les choses ne se passèrent pas exactement ainsi, on peut croire du moins que la ressemblance des mots favorisa la formation d'une idée parle moyen d'un de ces calembours, qui sont loin d'être toujours futiles dans le fond, et auxquels les mythographes nous ont appris à attribuer l'origine de bien des légendes. C'est encore de cette manière que les idées de Dieu et de Vie (Zsûç, Zp) purent se rapprocher. Les Dieux furent donc représentés comme des législateurs cosmiques et des distributeurs de vie.
Ni cette notion générale de la divinité, ni môme l'attribut capital de Zeus ou Deus, le Jour, le règne dans l'éther, ne s'imposent uni-