DIEUX SPECIAUX, DIEUX LOCAUX
fermement aux religions de la Grèce. Le père des Dieux laisse paraître des qualités diverses selon les lieux et les tribus où il est adoré. A Dodone et en Italie, les Pélasges le regardent comme un père nourricier du genre humain; sur le mont Lycée il est surtout un dieu solaire : en Crète, les menteurs du pays, c'est-à-dire les conteurs de fables anthropomorphiques, racontent son histoire comme celle d'un roi et d'un législateur. Presque partout, ce Très-Grand, ce Très-Haut est adoré sur les montagnes : Zeus olympien, Zeuslycien, Zeus dictéen, Zeus etnéen, et il est à la fois le roi de l'éther et le père des Dieux et des hommes. Ce qui n'empêche pas que telle peuplade dont l'imagination est moins occupée des nuages et de la pluie que des tremblements de terre n'imagine un Zeus Pélôros, espèce de géant qui les produit, et telle autre, les brigands cariens par exemple, un Zeus Stralios ou Dieu des armées.
On peut se faire une juste idée de l'antique mythologie des Grecs, en la ramenant à trois tendances distinctes dont l'alliance et le développement forment sa véritable histoire. Ce sont : 1° le sentiment du lien qui unit religieusement les hommes aux phénomènes personnifiés de l'Air, de l'Eau, de la Terre et de ses profondeurs; 2° la notion de la primauté personnelle de quelque être divin plus éminemment directeur; ce dernier dut varier avec les localités, avec leurs conditions, avec l'esprit des tribus elles patronages divins qu'elles croyaient avoir présidé à leurs origines; 3" une pente naturelle à se mettre d'accord entre peuples de même langue et de même génie, soit par l'identification des Dieux locaux à attributs semblables entre eux, soit par la supposition de rapports de consanguinité entre divinités d'attributs divers, objets plus ou moins élevés de la piété populaire.
Si nous considérons d'abord les moindres de ces objets, moindres mais d'un intérêt grand pour des hommes voisins de la nature, nous trouvons les Eaux, les Sources, les Forêts, les Montagnes et les vertes Collines, Dryades et Nymphes, avec leur mère Aphrodite, née de l'Ecume de la mer; nous trouvons les Fleuves et les Vents; plus tard, conception plus spirituelle, les Saisons, les Grâces et les Muses, filles de Zeus, enfantées par Thémis, Eurynome et Mnéaiosyne, ces charmants symboles féminins de la Justice, de la Paix et de la Mémoire.
Si nous entrons au foyer domestique, Hestia, la Vesta italique, le Feu sacré s'offre à nous entouré de la suite des Familiers^ des IniimeSy des Maîtres de maisons : ce sont les Pénates et les Lares de la langue latine, les ancêtres toujours vivantset protecteurs des familles. Ce Feu, Dieu du serment, étend son patronage sur la cité : le peuple veille à son entretien perpétuel et lui offre constamment le premier sacrifice. Mais, en d'autres lieux, prévaut pour l'imagination rehgieuse le Feu