CARACTÉRISTIQUE DES GERMAINS ; LEUR MYTHOLOGIE
de vivre et de s'amuser, et qui ont besoin que le malheur vienne leur mettre du plomb dans la cervelle.
Il est permis de se demander quelle barrière existait entre l'état de ces races et l'état appelé sauvage, auquel nous font penser malgré nous les caractères signalés par tous les historiens, par Tacite luimême en son tableau systématiquement flatté de la Germanie. Cette barrière, je la trouve dans les qualités de leurs défauts, et, essentiellement, en ce que leur passion pour la guerre est moins motivée par la contemplation des résultats matériels à atteindre sans travail (goût du pillage, paresse, excès de population, etc.), quoiqu'elle le soit très fort, que par le désir de se montrer grands, supérieurs à la crainte et à la mort même, et de déployer la seule activité qui leur paraisse noble. Ils mettent donc le moyen au-dessus du but, triomphent en cela de l'égoïsme, préfèrent la violence téméraire à la ruse qui serait plus sûre, et par là conservent quelque sentiment de la justice, de l'honneur et de la sainteté de la foi donnée (1). On prouverait aisément par des exemples, soit réels, soit légendaires, l'existence de cette espèce de vertu réelle ou idéale chez les Germains et chez les Celtes; mais il y aurait à mettre en regard, pour ces derniers surtout, les hécatombes humaines, les habitations semblables à des charniers, l'atrocité des tortures infligées aux prisonniers de guerre.
Peut-être aussi faut-il déjà reconnaître aux anciens Germains cette liberté intellectuelle qui distingue leurs descendants. N'enviant pas aux Celtes, leurs voisins, leurs tendances théocratiques, ils se répandent en créations poétiques individuelles : nulle nation n'en a plus laissé dans la mémoire du peuple, à travers le moyen âge et jusqu'à nous, pour être recueillies par les mythologues. Au contraire, les tribus celtiques, soumises au gouvernement spirituel des Druides, en grande partie au moins, n'ont pu comparativement produire et transmettre que peu de compositions de ce genre. Ne dirait-on pas, sans paradoxe, que le mouvement aventureux de cette imagination germanique, employée dans l'antiquité religieuse à fournir le cycle des contes bleus dont nous avons des restes, n'a fait que se transformer, lorsque, fécondée par la communication de l'esprit grec, après la Renaissance, elle s'est enfin répandue dans le vaste développement que l'on sait d'érudition et de métaphysique?
Les Celtes ont donc cédé le pas et le cèdent encore aux Germains, pour l'activité franche de l'imagination et les combinaisons variées
(1) Cependant nous savons par des anciens, témoins oculaires, que certaines tribus étaient descendues jusqu'à l'anthropophagie. Celles-là devaient diflerer peu des peuplades que Cook rencontra dans la Nouvelle-Zélande. D'autres tribus avaient fléchi sous des institutions théocratiques, et leur rites pouvaient être analogues aux cérémonies mexicaines.