SENS RÉEL DE LA DISTINCTION DES KOUSCHITES
cond laisse à expliquer un polythéisme visible enté sur la religion d'une race dont l'exclusivisme en matière d'adorations serait en quelque sorte une propriété essentielle.
C'est résoudre la question par la question, que de distinguer un caractère kouschite différent du caractère sémitique, et cela sur le fondement d'une définition rigoureuse de ce dernier. En effet, pourquoi ne pas plutôt raisonner ainsi : la critique établit que Kousch et Kanaan dépendent de Sem ; le caractère de Sem est donc autre et plus complexe que celui qu'on serait tenté de lui attribuer en ne considérant que les Hébreux?
Mais le vice philosophique de ces spéculations sur les races consiste avant tout à se faire de la race un concept psychique et moral exclusif, absolu, tandis que l'histoire nous montre des peuples de même langue et de même sang arriver à la longue à se faire des manières d'être et de penser très diverses, et des nations radicalement différentes à se donner la môme foi et les mômes institutions. La vraie race qui joue un rôle dans les faits de ce monde n'est jamais celle qui fut produite primitivement : cest celle que les impressions, les actes, les habitudes ajoutés à la nature, puis les mœurs et les croyances invétérées, enfin les institutions, les événements et Tusage de la réflexion et de la liberté ont formée el amenée à une existence historique.
Cette race éthique, ainsi que je l'ai nommée ailleurs, doit subir l'influence morale des autres. Elle se modifie quelquefois par ses communications, plus gravement par des mélanges et des alliances. L'une et l'autre de ces dernières causes ont sans doute agi sur la branche Kouschite des nations sémitiques. Les Sémites s'étendaient de l'Arménie à l'Abyssinie et furent en contact, d'un côté avec les tribus aryennes, de l'autre avec l'Egypte et avec les races noires. Ceux d'entre eux qui adoptèrent les religions et soutinrent les empires de Babylone et de Ninive, quelque part que d'eux-mêmes ils eussent prise à ces grandes fondations (car c'est un point encore bien obscur), en laissèrent du moins une considérable à l'étranger. Les autres, ou demeurés nomades, ou tardivement fixés, protestèrent contre une civilisation qui se résumait à leurs yeux par l'esclavage en grand et les mœurs infâmes des peuples.
GHAPITllE XXIV
De l'antiquité patriarcale chez les Hébreux.
La reconnaissance de la faculté mythologique de l'homme et l'étude des produits de l'esprit mythique, soit aux origines de Ihistoire, soit a des moments relativement récents, mais dans des états sociaux, chez des classes populaires non parvenues encore à l'état rationnel et pour ainsi dire historique, sont à compter au nombre des grandes conquêtes de la critique à notre époque. Mais il y a eu de 1 abus dans 1 application des interprétations mythiques aux traditions. Même quand les traditions sont mêlées d'éléments inadmissibles, et renferment une part visible de légendes, on n'en saurait lé-itimement conclure que la composition légendaire ne s'est pas foiJée autour d un noyau de réalité. C'est le contraire qui est vraisemblable. 11 existe deux écoles de savants adonnés à l'étude de l'ancien Orient • dans 1 une on admet, jusqu'à preuve contraire, ce qui est traditionnel et passait autrefois, couramment, pour historique; mais, dans l'autre on se croit permis d'éliminer purement et simplement de l'histoire tout ce qu, est rendu suspect par un mélange de fables et de miracle, et I on recourt à des constructions mythiques, appuyées d'hypothèses et de rapprochements incertains, pour expliquer la formation des lecits traditionnels. Le logicien doit donner, ce me semble, la préférence a la première de ces méthodes, à la condition de se mettre en état : lo de discerner et de rejeter les éléments incompatibles avec les principes rationnels de la critique historique; et 2» d'éviter, dans I explication a donner des formations en partie mythiques ou légendaires, ces suppositions trop particulières, - arbitraires, par conséquent, - qui ont discrédité, et souvent même ridiculisé cette méthode d exégèse biblique si mal nommée a rationaliste », à laquelle conviennent mieux les qualifications d'anecdoUque et imaginaire (1).
(1) Ce prétendu ratioaalisme inauguré en Allemagne au siècle dernier et
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432 DE l'antiquitk patriarcale des hébreux
La méthode, non pas rationaliste, mais rationnelle et logique que je viens de définir est celle que j'ai suivie dans la partie de ma critique qui concerne la tradition du déluge dit universel et les récits légendaires des vies des patriarches post-diluviens. J'ai d'ailleurs abandonné à des mythes sémitiques, d'origine probablement babylonienne, mais encore bien obscure, matière à constructions hypothétiques et compliquées, les dix patriarches antédiluviens de la Bible, parallèles aux dix rois fabuleux de la tradition chaldéenne.
L'habitude, si ce n'est d'accepter les explications mythiques au-dessus delà portée commune, au moins d'étendre à la totalité d'une antique tradition les doutes que l'école mythologique y a répandus en soumettant à son mode favori d'interprétation la fable des vieux récits, doit porter inévitablement beaucoup de mes lecteurs à juger ma critique trop favorable à l'authenticité des plus anciens souvenirs du monde hébreu. Mes grandes raisons, qu'il est bon de résumer, sont les suivantes :
lo Le sentiment historique et chronologique qui a de tout temps distingué les Hébreux et qui s'est appliqué à la conservation des généalogies, dans les familles, avec un réalisme que comportait le régime patriarcal dont la durée pour eux a été si longue. 11 est vrai que, chez eux, comme au surplus chez les Grecs, ce n'est point une génération individuelle mais bien un caractère ethnique (et dans certains cas tout suppoaitif) qui est réellement désigné par tels et tels noms des descendances traditionnellement admises; mais ces sortes de filiations fictives sont à distinguer de l'existence des lignages dont on conçoit sans peine que les membres aient gardé la mémoire tout en la liant à des vues hypothétiques ou imaginaires sur les origines de leurs races et des races plus ou moins apparentées à la leur,
2o C'est un fait qui est parfaitement avéré par les études orientales (spécialement indiennes, dans la tradition brahmanique où l'écriture n'a été introduite qu'à une époque relativement si tardive) que la merveilleuse conservation de récits textuels, conservés sans altération pendant de longues suites de générations successives. Les mêmes résultats ont certainement été obtenus, par un semblable culte de la mémoire, chez les anciens Sémites, avant que la vulgarisation de l'alphabet eût donné aux nomades eux-mêmes l'usage de l'écriture. Cet usage, en tout cas très ancien, a dû, bien avant qu'il pût être question de livres proprement dits, s'appliquer à une sorte d'enregistrement de récits, de dires et de chants, qui se rapportaient aux plus vieux souvenirs des familles hébraïques.
3» Enfin, après qu'on a mis toute la rigueur voulue à éliminer la part légendaire des récits de la Genèse, en ce qui concerne la descendance d'un personnage antique, Abram fils de Térach, venu d'Our
DE l'aMIQUITÉ patriarcale CHEZ LES HÉRREUX 433
en Chaldée et des pérégrinations de cette famille et de se. r.
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