OUESTIOIV DU MONOTHÉISME SÉMITIQUE
blissenl le caractère universaliste des divinités sémitiques en tout temps la concordance des concepts impliqués dans leurs noms avec ceux des noms divins de la Bible, leur différence d'avec les Dieux de la mythologie aryenne (I). Mais ilne résulte pas de là que les peuples de cette famille, à l'exception d'un seul, et de l'un des moins considérables numériquement, n'aient pu être polythéistes. Ils l'ont été puisque 1 histoire connaît leurs Dieux locaux, leurs Dieux multiples et d attributs divers, et qu'elle ne peut .s'incrire en faux contre leurs titres de race. Il s'agit donc de s'expliquer comment l'esprit a pu fractionner ici la divinité conçue sous l'idée de Seigneurie, aussi bien qu ailleurs la divinité représentée par les phénomènes personnifiés et comment une rencontre a été possible à la fin entre deux procédés contraires en apparence. Le fait est incontestable, et la question ainsi posée n'est pas difficile à résoudre.
En effet, le principe des Aryens n'interdit pas un certain monothéisme, en tendance surtout, puisque l'esprit antbropomorphique croissant, ou de mieux en mieux dégagé de la confusion primitive tel que nous l'avons vu chez les Grecs, arrive à constituer la croyance d un Père des Dieux et des hommes, et que, de son côté, une spéculation dont le panthéisme est la fin compose l'uniléd'uneautre manière A son tour, le principe des Sémites n'exclut pas les déterminations polythéistes de la foi, car les notions qu'expriment les mots El Bel et quelques autres, et que l'habitude a rendues absolues aux yeux des modernes, ne pouvaient se déterminer primitivement que par des relations, et ces relations étaient assez variables pour en-a-er dans la croyance à la multiplicité des cau.^es divines des hommes q^ui cédaient a la pente des imaginations particulières et ne sout naient pas un effort constant pour s'en défendre.
Les rapports dont je parle et qui menaient naturellement à la pluralité des Dieux sont d'abord les divisions locales et nationales. Le Protecteur et Vengeur divin d'un peuple devient spécial aux yeux de ce peuple et des peuples voisins, encore que descendu d'un concept commun, aussitôt que se produisent entre eux des rivalités, des différences de culte, ou seulement de langage : alois, si chaque nation ne fait pas ce que firent progressivement les Israélites, si elle ne conteste pas la valeur du Dieu d'autrui, .si, au contraire, elle laisse introduire, à côté de son culte, des cultes transformés dans un autre sens que le sien, laissant en cela libre carrière à la foi populaire, il est clair que le polythéisme existe. Son droit est reconnu.
En second lieu, l'idée originaire et commune de Puissance a be-
(1) E. Reuan, dans le Journal asialiqiie, t. XIII, 5* série, 1859.
QUESTION DU MONUlUÉIhME SEMITIQUE
soin (Je se tixer par des alliiliuts ; mais par lela inéiiie elle doit se si»écilier, et un Dieu unique, Bel, se trouve ainsi décomposé en plusieurs Dieux, comme Bélitan, Belpéor, Belsamin, etc. Les noms d'attributs distincts, et jusqu'aux noms divers d'un allrihut identique, peuvent aussi produire la multiplicité, au même litre que dans le système aryen, où un seul phénomène admet plusieurs dénominations, et fonde tout autant de per^ionnes divines. Enlin. il arrive que les notions de Force et de Cau>alité, au lieu de rester affectées à des personnes, d'ailleurs indéterminées, comme dans cet laines légendes bibliques, s'attachent à des substances, à <les corps visibles, ou encore à des fondateurs d'empires, auteurs de j,aan'ies leuvres de civilisation matérielle sur la terre. On ne contestera aux empires sémitiques ni l'adoration des dieux éponymes, ni la déitication des grands êtres cosmiques et finalement de la nature en général. Or il est clair que ces cultes, avec les do«^nies panthéistes que la réflexion appelle à la lin à les justifier, ont pu appartenir à un courant religieux dont le point de départ coïncidait avec celui du peuple devenu monothéiste par excellence, et dont le point d'arrivée s'e.><t rencontré avec la doctrine philoso{)hique des nations qui avaient commencé [)ar mettre un Dieu sous le nom de chaque [ihénomène.
Une grande cause du pohlhéisme, sur laquelle l'attention de la critique n'a pa^ été assez éveillée, consiste en ce que les orijçines des religions ont été locales exemples : l'Flfypte, la Babylonie, l'Assyrie, la Grèce), et les religions des giands peuples et dts empires, des œuvres de rapprocliement et de syncrétisme. Au fond il pouvait y avoir quelque chose ou beaucoup du sentiment monothéiste dans un culte tel que celui de Bel-Merodach à Baliylone ou d'Assour à Ninive, avant que ces villes fussent devenues des capitales d'Empires, — outre que le concept de divinité avait son nom propre, son terme universel, impliquant toujours une certaine notion de l'unité divine. — La réunion des cultes locaux dans une religion nationale est le procédé d'une sorte de religion d'État, en même temps sans doute ([ue l'effet d'une contagion et d'une fusion naturelles. De là les panlhéons. Le monothéisme professé est né du refus qu'un petit peuple a fait peu à peu, puis détinitivement, de regarder comme dieu.v les dieux des peuples voisins, adorés sous d'autres noms et d'autres attrii)uts et avec d'autres rites que le sien, son protecteur et son dieu.. Ce jour-là, .son dieu a été pour lui Dieu.
Les tribus nomades chez lesquelles la foi primitive appliquait avec énergie, simplicité et sobriété la notion commune du Fort et de l'Élevé, de TÊlre créateur des choses et régulateur de la conscience, les tribus relativement morales, en un mot, fondèrent leur religion sur les visions et les songes sublimes d'un patriarche, tel qu'Abram ou
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Jacob. Celles-là, grâce à l'action d'une suite prolongée de héros religieux, se dépouillèrent des scories de croyance dont la trace se suit depuis les indications idolâtriques et presque fétichistes qu'on remarque dans la Genèse jusqu'à l'imitation toujours recommencée et toujours réprimée des cultes voisins. Elles donnèrent enfin la victoire au Dieu jaloux ei firent de force, pour ainsi dire, une grande place dans les idées de réflexion au seul dogme monothéiste qui ne fut pas en même temps le panthéisme.
Les tribus fixées et foulées dans les empires, livrées aux vices des grandes agglomérations dhommes, et à ceux qu'elles tenaient plus anciennement des habitudes barbares de leurs esprits et de leurs cœurs, plongées et appesanlies dans la démoralisation par le spectacle de la guerre et de l'esclavrge en grand, condamnées à justifier ce qu'elles pratiquaient et à déifier ce qui les terrorisait, à déifier aussi les voluptés brutales où elles trouvaient l'ivresse et l'oublicelles-là développèrent la même notion commune du Fort et de l'Élevé (non sans adjonction de quelques autres) dans les plus abominables institutions religieuses et politiques dont ce vieux monde ait laissé la mémoire. Encore faut-il que nous devinions ici plus de choses que nous n'en savons; mais nous en savons trop. Rien n'a posé d'un poids plus lourd sur la transformation morale de l'antiquité, et n'a servi davantage à motiver la réaction mystique et ascétique! où faillirent se perdre les grandes conquêtes de la raison, dues à l'ancien esprit de la Grèce et de Rome. Ce n'est pas sans cause que les faits de Babylone et de Ninive, entre tous ceux de l'histoire, sont enfoncés pour nous dans l'inconnu, ou ne peuvent plus nous être révélés que bien imparfaitement, par la lecture des clous gravés sur la pierre. L'humanité n'a eu de ce côté qu'à condamner et à passer. Il lui aurait été trop dangereux de se bien souvenir. Qu'on en juge par la magie et la sorcellerie, vaines superstitions, maléfices imaginaires et pourtant criminels, dont nous avons des restes dans nos campagnes, et qui étaient alors regardées comme des scif-nces; et par la plus rele- V'ée de ces dernières, l'astrologie, exceptionnellement perpétuée à l'état spéculatif, de siècle en siècle, et qui se perpétue encore dans quelques cerveaux obscurs.
Les conditions profondes de la moralité, non les déterminations intellectuelles d'une ontologie unitaire ou multiple, sont les éléments véritables de la scission des races sémitiques. La moralité est la cause, la grande cause. Le fait capital qui en dépend est l'application morale des (y)ncepts de divinité, de sacrifice et, comment dirai-je? de sexualité généralisée. Ce n'est nullement la tendance à unir ou à diviser les objets de l'adoration. Cette double tendance est par ellemême ou par son c(Mé purement intellectuel, innocente, et Ton voit
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les religions monothéistes elles-mêmes avoir des procédés de multiplication de la nature divine, qui rappellent de près le polythéisme; mais le penchant à déiinir de telle ou telle manière les êtres divins et le culte qui leur est du. voilà ce qui est d'une extrême j^n-avit.' et intéresse les fondements moraux de la nature humaine.
Les Sémites des branches corrompues se distinguent des autres en deux points. Ils adorent la force brutale, ou tout au plus manifestée par des œuvres matérielles purement utiles; la règle et le commandement de leurs dieux n'est pas la droiture; et ils expient et supplient par le sacrifice humain : atrocité dont la tradition des Sémites pieux n'otlre que des traces à discuter. Ensuite le concept de génération, qui chez ceux-ci se borne aux applications correctes et pures de la loi de l'animalité, chez les autres, s'étend et se pervertit, donnant lieu à des symboles naturalistes et cosmi-iues d'un caractère immoral, d'où naissent les riles infâmes et des coutumes telles que la prostitution sacrée. Les Dieux du polythéisme sémitique ne sont point primitivement ce qui détermine ces sortes d'idées, mais ce sont ces idées et les mœurs qui déterminent ces dieux ou leurs cultes. Et les Hébreux ne méritent pas tant uneéternelle gloire pour avo'r échapp'au polythéisme en général que pour avoir lutté avec une constance et une énergie, peut être sans pareilles dans l'histoire, contre un certain polythéisme qui avait pour Dieux les Belpéor et les M»!ocli.