‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 201 sur 253 · LA CRÉATION, LA PROVIDENCE, L'ALLIANCE · texte numérisé non relu

LA CRÉATION, LA PROVIDENCE, L'ALLIANCE

mâle et femelle et les nomme Adam {Genèse, i, 1, 26, 27 ; ii, 1, et V 1 2) nies bénit, leur dit de se multiplier, de se nourrir de Iherbe

et dès fruits de la terre et de s'assujettir les animaux (i, 28, 29). Il ouvre les sources du déluge, après que les hommes ont corrompu leurs voies devant lui, mais il fait alliance avec No:ih, homme juste, entier, qui marche avrc Elnhm ; il le sauve des eaux, le bénit lui et ses {çônérations; leur défend de verser le sang humain, et leur livre les habitants terrifiés de l'air, de la terre et des mers pour s'en faire une nourriture, toutefois non sanglante (vi, 9 et suiv.; vu, vin, ;)as-

ùm, et IX, 1-17).

Cette première allianceest suivie de l'alliance d'Elohim avec Abram, de l'institution de la circoncision, de la promesse de générations innombrables et du futur établissement en Kanaau. Lenomd'^ô-ram, Père e/sué, est changé en cq\\x\ à'Ah-raham, Père de la multitude (xvii, 3-27). C'est ici le fondement de la croyance d'Israël en sa naliona'lité providentielle. J'ai dit les raisons qui pei mettent de la reporter à des temps antérieurs au séjour en Egypte.

Jéhovah-Élohim forme Adam de la poussière d'Adama (la terre), souffle la vie dans ses narines, plante le jardin de Héden et intime à l'homme le premier commandement, la première défense. Il forme de la terre les animaux et leur fait donner des noms par Ihomme. Il forme la femme d'une côte prise à l'homme et remplacée par de la chair. Après la tentation et le péché il expulse de Héden le couple qui a voulu attenter à sa science et pourrait aussi prétendre à l'immortalité. Il le condamne à vivre péniblement sur la terre en travaillant, à souffrir et à mourir {Genève, u. 4; m, 24). Jéhovah intervientensuite sur la terre où il reçoiten personne les offrandes des fils d'Adam. II laisse errer Kaïn impuni après son crime, et permet ains la fondation des villes et des arts. Plus lard, en présence de la corruption des voies du monde, il se repent d'avoir fait l'homme, détruit les êtres par le déluge, pardonne à Noah et aux siens seulement, les sauve avec tout ce qui est nécessaire à leur conservation, et respire, satisfait, la fumée du sacrifice d'actions de grâces ^iv, 1-24; vi, i-8; vu, VIII, IX, passim).

Jéhovah descend de nouveau sur la terre, à l'occasion de la construclion de Babel, disperse les audacieux et confond leurs lèvres. Enfin il se manifeste à plusieurs reprises, pour appeler et conduire Abraham dans les épreuves de sa vie nomade, et lui promettre pour l'avenir une grande postérité et la possession de Kanaan. Élohim ou Jéhovah se révèlent au patriarche, à llagar, à Saraï, ses femmes, à des rois liés à sa destinée, tels que Pharaon ou Abimélek. Dans toute cette série, les deux or-Ires de légendes se rejoignent et suivent une marche parallèle. Seulement, la légende de Sodomeet le récit le plus

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complet de la vocation d'Abraham, ainsi que de la grâce accordée à Sarah, appartiennent à la série jéhoviste.

Ce que je veux conclure de ce rappel de textes, c'est la croyance aussi expresse que possible des deux côtés, et aussi ancienne que la tradition hébraïque elle-même, en un êlre supérieur, essentiellement existant, élevé, puissant, anthropomorphe ; qui a fait les deux, la terre, l'homme; qui intervient pour la conduite de son ouvrage; qui punit ou récompense les actions, selon qu'elles s'éloignent de sa droiture ou se règlent surelle, et contracte avec les descendants d'Abraham pour les conduire à la destinée dont ils auront à se rendre dignes. Cet être de forme humaine idéale, indéfectible, opérant sur le monde en qualité de Providence, est défini dans la formule de bénédiction de Malkisédek, le soi sacrificateur de Salem : « Béni soit Abraham par le Fort, l'Élevé, possesseur des cieux et de la terre, » à laquelle Abraham répond, en ajoutant le nom de Jéhovah : « J'ai levé la main vev^V Existant, Fort, Élevé, possesseur, etc. » L'idéede possession comprend dans l'hébreu celles de production, de formation, d'acquisition, naturellement liées, et nous interdit toute recherche métaphysique sur l'acte générateur, qui est ici le titre suprême de la possession.

Une recherche de ce genre est étrangère à l'esprit religieux et ne convient qu'aux époques où la foi cherche à s'appuyer sur un idéal rationnel qui, poussé à l'absolu, se trouve n'avoir plus de base dans les catégories de l'entendement. Rien n'est si vain que la prétention souvent affichée par la critique, soit apologétique, soit offensive, de déterminer la valeur exacte du mot créer (bârâ) au début de la Genèse. L^idée générale de faire, engendrer, produire, suffit Jartrement à la foi primitive; elle établit la si*prématie du créateur et'^la dépendance du créé, sans qu'il paraisse nécessaire de se demander si cet auteur des cho.ses n'a pas toujours eu néanmoins un objectif en regard de lui. Sans doute une idée confuse de préexistence matérielle, élémentaire, chaotique, est au fond de l'esprit, et la Genèse en offre une très forte trace; mais, d'un autre côté, les deux grandes réalités du point de vue primitif, le ciel et la terre, sont simplement dites créées ou faites, et l'on sent bien que l'idéal religieux s'opposerait à toute détermination philosophique d'un véritable être préexistant qui diminuerait l'indépendance ou la virtualité unique du générateur de l'univers.

Ce qui est plus intéressant et plus positif ici que la critique de l'idée de création, c'est celle des rapports entre la créature pensante et son créateur. A cet égard, le concept hébreu est très remarquable, et d'autant plus qu'on le jugera joint à une thèse plus énergique du pouvoir divin. S'il est dit qu'Élohim fait l'Homme à sa ressemblance, il ressort aussi de toutes les légendes qu'Élohim et Jéhovah sont à la

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