DES PRIVCIPAUX ATTRIBUTS DIVINISÉS
joint, et amène les divinités femelles. Mylitta, Astaroth, Atargatis, Baaithis, Tanit, etc., répondent chez différents peuples à une seule et même notion de matrice divine et de production des êtres, ou spontanée ou après fécondation. Tantôt ces Déesses sont mises en rapport avec des Dieux, tantôt elles-mêmes s'élèvent à l'absolu. Elles s'identifient avec la Terre, ou bien avec la Lune ou avec la planète Vesper, ou bien elles grandissent jusqu'à représenter la féminité cosmique universelle. Leurs attributs s'échangent et se confondent sans cesse, au désespoir du mythologiste. Et il en est de même des attributs et des formes de Bel. L'unité se retrouve dans le concept général de maître et seigneur attaché au Dieu, de maîtresse et souveraine attaché à la Déesse, et désigné par les noms d'Adon, d'Adod, de Moloch et même de Baal, et, au féminin, de Baalthis, de Méléket, etc. On la reconnaît aussi dans les images consacrées de la production et de la destruction. Mais ces images fiottent dans le monde, cherchant où se prendre et s'attachant à ditïérents objets, suivant les inspirations locales. La confusion s'accroît de ce que les superstitions populaires divisent et multiplient, pour un but d'adoration anthropomorphique, toujours nécessaire, les mêmes divinités qui seraient spéculativeraent identiques. On rencontre, par exemple, un BaaI-gad, un BaaI-zédek, un Baal-bérit, lesquels ne seraient en théorie ^ue le Dieu suprême comme donnant le bonheur, ou distribuant la justice, ou contractant l'alliance avec le peuple, mais dont le culte et la coutume ont fait des Dieux particuliers. 11 y a lieu de croire aussi que les Baal solaires se distinguaient plus que l'unité de doctrine n'eût voulu, selon que le culte s'adressait au Dieu du ciel, au Dieu- feu, Baal-Chammon, ou à VŒU de Baal, Inibal, ou à tout autre. L'Hercule tyrien Melcarth, quoique Dieu-soleil aussi, était certainement une divinité nationale. Enfin, la pratique avait établi des religions distinctes pour des Baaiim localisés ou spécialisés. Le Dieu des mouches de la ville d'Ekron, Baal-Zébub, est un de ces derniers.
L'importance acquise au principe de la génération physique produisit chez les Sémites un résultat singulier, je veux dire l'accord entre l'espèce de symbolisme auquel pouvait mener cette voie spéculative, et la plus basse affectation de culte que jamais tribus aient pu adopter. Dans le BaaI-péor, Dieu-organe viril des Moabites et des Ammonites, on voit en effet se rencontrer une définition de la force divine que la pensée sacerdotale acceptait, et une détermination simple et grossière propre à contenter les instincts d'adoration les plus concrets. Les Grandes Déesses avaient de leur côté l'organe féminin pour symbole ; toutes au moins paraissent l'avoir pris dans un temps donné ; en sorte que leurs cultes s'ouvraient aux plus bas esprits, et les abaissaient encore, tandis que le dogmatisme se repaissait
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de l'idée d'une matrice universelle du monde. Mais la souveraine unilé que cherchent les doi,nnes n'était pas encore atteinte. L'hermaphroditisrae ne manqua pas de se présenter pour la construire. Certaines divinités prirent le doulile organe. Le symbolisme s'exerça sur ce nouveau sujet, en même temps que les mœurs y trouvaient matière à donner la couleur religieuse aux plus infâmes enivrements.
L'élat inférieur des cultes du feu, du soleil et de la puissance génératrice dut être le lot des peuplades sédentairoe et corrompues, qui participaient aux vices des grands empires, et n'avaient pour les coiriger ou les ennoblir jusqu'à certain point ni des mobiles daclivité nationale, industrielle ou conquérante, ni le travail des sacerdoces, ni ces pompes el ces fêtes savamment organisées qui élèvent la pensée indépendamment même des dogmes adoptés. Les traits les plus forts de subveriion morale (lé^iendaires, sans doute, mais, en un sens et par cela même hisloriqucs) qui nous soient parvenus concernent les anciens habitants de la région de la mer Morte, et plus tard certaines branches de la famille Téracbite, avec lesquelles Israël se vit à la fois en rivalité et en danger llagrant d'immixtion et d'absorption. Il est probable que Babylone el l'Assyrie, indépendamment de quelques emprunts qu'elles purent faire à l'esprit aryen, trouvèrent dans le déploiement de la civilisation matérielle un ressort qui manqua aux petits peuples, et une compensation aux fatales conséquences de la politique des empires el tle l'esclavage des masses populaires. Ce que l'organisation politique et religieuse, les guerres d'expansion el les communications plus étendues donnèrent d'élévation relative aux grandes nations, les Phéniciens et leur aristocratie marchande le durent au travail, car le commerce en est un, et à lardeur entreprenante qui lauça leurs vaisseaux dans tout l'Occident, sous la protection des dieux Kabires et de l'aventurier cosmique Melkarlh.
Cet Hercule de Tyr a été identifié avec l'Hèiaklès grec par quelques critiques, d'après une ressemblance approximative de lecture des noms. Mais il est difficile d'admettre que la transmission d'un nom divin ait eu lieu par l'écriture, plutôt que par la voie orale, même quand il s'agit des introducteurs de l'alphabet en Grèce. Quoi qu'il en soit, le caractère héroïque, essentiellement humain, de l'Hercule des Hellènes est établi pour une haute antiquité. Et lorsque, remontant plus haut encore, aux sources aryennes, on cherche le point de départ des mythes naturalistes antérieurs au concept anthropomorphique du héros, on n'est pas en peine d'assigner une étymologie grecque de son nom. Mais comme, d'un autre côté, il est
MELCARTH, HERCULE PUÉNIGIEN
très croyable que l'Hercule des Phéniciens a été connu dans tous les lieux où le négoce conduisit ces grands navigateurs ; comme on ne nie point l'influence qu'ils exercèrent sur la civilisation grecque, et notamment dans la liéotie, où exista le culte des Kabires, où se forma le njythe de Kadmos (1), où la tradition fit naître le fils d'Alcmène, on a de fortes raisons de rapprocher Hèraklès de Melcarth.
Mais il ne résulte de là ni contradiction ni difficulté. Le syncrétisme, en effet, ne commence pas à la fois partout. Avant l'époque où se fit le travail général d'identification des Dieux de diff'érentes nations, dans le monde occidental, il y eut des rencontres partielles et des assimilations nées de ces rencontres. L'esprit grec n'éprouvait aucune répugnance à confondre ses divinités avec celles de l'étranger (l'histoire d'Hérodote en offre la preuve, pour ainsi dire, à toute page, en ses premier et deuxième livres); il n'en poursuivait pas moins son propre développement mythologique, altérant ce qu'il empruntait, croyant avoir emprunté ce qu'il avait créé, et mêlant toutes les origines. A mesure qu'il devenait moins apte à construire et même à comprendre son œuvre mythique particulière, le syncrétisme faisait un pas nouveau, et le sens oriental prévalait sur le sens hellénique. C'est ainsi que l'Hercule héros céda enfin la place à l'Hercule solaire, qui s'était depuis longtemps rencontré avec lui en Béotie.
Au reste, si les Grecs, partis des mythes aryens, avaient anthropomorphisé les Dieux de la façon la plus décisive, et Hèraklès entre tous, les Phéniciens s'étaient rapprochés aussi du concept d'un Hercule terrestre, en prenant le Baal-Soleil, qui parcourt les cieux comme dominateur et vainqueur, pour en faire un Baal-Melcarth, c'est-à-dire un Seigneur delà ville, un prolecteur de la nation, puis en allégorisant, parles courses victorieuses de l'astre-roi, les expéditions lointaines du peuple de Melcarth. L'idée humaine et héroïque qui est le fond de tous les Hercules, se retrouvait là. Il ne faut s'étonner ni de ce qu'une telle idée s'est produite spontanément chez plusieurs nations, ni de ce que leurs communications les ont conduites à des emprunts partiels dans un sujet si fécond, ni de ce que ces emprunts ont pu apporter de confusion et de trouble dans les traditions originales.
La nature du type de Melcarth prouve que Théroïsme marchand de
(1) Ce nom du fondateur mythique de Tlièbes peut désigner des liommes venus de l'Orient (Beni-Kédem). Il peut aussi avoir été emprunté à un Dieu phénicien, à un de ces Kabires inventeurs ou révélateurs des arts, qui faisaient partie du système sémitique polythéiste et qui ne nous sont qu'obscurément connus. Alors il signifierait Cancien, celui d'au delà (au delà des temps, au delà des phëres planétaires). Voir ci-dessous pour ce qui concerne les Kabires.