‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoire [microform]. Les idées. Les religions. Les systèmesChapitre 210 sur 253 · ASTAROTH ET ADONAÏ · texte numérisé non relu

ASTAROTH ET ADONAÏ

et son existence se partage entre deux sphères dont l'une est le règne de la vie, l'autre le règne de la mort. On sait quelles fêtes touchantes ou brillantes symbolisèrent dans le culte cette simple histoire qui, diversifiée de mille manières, elle-même symbolisait les périodes d'ascension et de déclin, de gestation et de naissance du soleil, de la nature et da la végétation.

L'idée de la Grande Déesse, substance pennaneute du monde, semble l'avoir emporté, dans cet ordre de concepts, sur l'idée du principe générateur, ardent mais périodiquement éteint, et représenté souvent avec peu de gravité. Les Astaroth et les Cybèle, puissances tantôt célestes, tantôt telluriques ou lunaires, tantôt encore mises en rapport avec la vaste matrice humide de la Mer, comme l'Aphrodite de Cypre, ont un caractère universel devant lequel pâlissent leurs amants. Elles font plus, elles effacent ceux-ci tout à fait en prenant des attributs hermaphrodites, ainsi que le démontrent la tradition et d'anciens monuments. Mais un fait inverse se produit aussi, et nous apporte une instruction curieuse de la marche des esprits et de la confusion naturelle à ces sortes d'imaginations. Le Seigneur sémitique Adonaï, et le vieux Père des montagnes phrygiennes, le pasteur des astres, Attys, non seulement subissent la castration symbolique familière à certaines cosmogonies, mais tendent souvent à s'efleminer et deviennent hermaphrodites Cependant le caractère mâle des Déesses dominatrices s'accuse mieux et plus anciennement que le caractère ambigu des Dieux suhordonnés. Il est clair que ces religions ont monstrueusement virilisé le concept de la Mère, pour le rendre plus propre à expiimer l'unité de la puissance génératrice par soi. selon leurs idées. En conséquence, elles ont dû féminiser pour l'imagination le concept du générateur et de l'amant. L'hermaphroditisme et la castration qui le simule en quelque manière se sont présentés alors en gui<e de synthèse, et l'on peut croire que le mélange et l'interversion symholique des sexes ont favorisé et paru justifier l'infamie des mœurs et la révoltante obscénité des prêtres eunuques.

Si je comprends bien le principe et la pente de dégradation de ces concepts asiatiques, il faut dire que le culte du pur élément féminin n'y a point la réalité qu'indiquent les apparences; et rien ne serait plus contraire aux tendances que nous leur savons Mais l'idée de la maternité, sous sa forme la plus grossière, ayant pris possession de l'esprit spéculatif, on se forgea une sorte de mère-mâle, de Cybèle barbue, d Astarté ph.dlophore. Il y en a des monuments. La divinité fécondante, à la concevoir séparément, n'avait pu d abord être que virile, et le primitif Adon;.ï n était certainement point un efléminé. Ainsi la femme, au fond, était absente des imaginations reli-

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